Gautier in der Rätemateng

Mais une heure de matin venait de sonner, et, à cette heure Dusseldorf dort un sommeil paisible. Nous voilà engagé à travers les rues obscures, longeant les facades éteintes et cherchant quelque hôtel, quelque gasthaus ouvert. Tout en errant au hasard, nous pensions que Dusseldorf était la patrie de Henri Heine, et que peut-être nous passions, sans le savoir, par cette rue Bolker où il vit le jour pour la première fois, et ou il apprit à écrire avec de la craie sur une porte brune. Nous nous étonnions de ne pas apercevoir à travers l`ombre le fou Aloysius danser sur un pied en psalmodiant les noms des généraux francais, et l`ivrogne Gumpertz se vautrer dans le ruisseau en chantant Malbrouck. Tous les détails sur Dusseldorf dont l`auteur des Reisebilder et de l`Intermezzo a semé sa délicieuse fantaisie du Tambour Legrand nous revenaient à la mémoire; mais, comme ils étaient plus poétiques que topographiques, ils nous ne servaient pas à grand`chose. Enfin nous débouchâmes sur une espèce de place qu`un noir fantôme équestre, l`électeur Johann Wilhelm, à cheval, busqué dans sa cuirasse et coiffé d`une longue perruque de bronze, nous fit reconnaître pour la place du Marché; ce qui n`avancait pas beaucoup nos affaires. Près de la statue, nous discernàmes un objet de cinq ou six pieds de haut, carré à la base, pointu au sommet, découpant dans la nuit la vague silhouette d´une guérite; mais, en nous approchant, nous vîmes que la guérite était un soldat prussien dans sa capote grise, et surmonté du casque à paratonnerre: nous avions pris le contenu pour le contenant, le fruit pour l`enveloppe, – voilà tout.

Gautier passiert die Loreley

Le ciel s`était couvert; des amoncellements de nuées opaques rampaient sur ces noires murailles sillonnées, ravinées, s`avancant jusque dans l`eau. Un bateau sombré dont les mâts seuls paraissaient encore, formant des remous d`écume dans le fil du courant, disait que, si les burgraves n`étaient plus à redouter, le fleuve l`était encore; – du reste, on ne saurait s`imaginer combien sont nombreux ces nids de faucons féodaux; pas une pointe de roc, pas un escarpement qui ne porte le sein protégeant ou plutôt menacant un passage, un bourg, une petite ville. Ils sont littéralement les uns sur les autres, presque aussi près dans la réalité que sur la carte. Vus du fleuve, ces bourgs présentaient à peu près le même aspect, et il serait malaisé d`en rendre les différences par la description; d`ailleurs, le bateau, sous la double impulsion de la vapeur et du courant, file si vite, qu`à peine a-t-on le temps de les apercevoir. Au Schloss-Rhenstein succède le Falkenburg, puis viennent le Sonneck, le Heimburg, le Rhindiebach, Bacharach avec son château de Staleck et sa chapelle de Saint-Werner, tout cela sur la rive gauche du fleuve. Il faut bientôt se retourner. Le Pfalz, un espèce de bastion hérissé d`une foule de clochetons et de tourelles en poivrière, émerge du Rhin à droite, au pied des ruines de Gutenfels. Le Pfalz dépassé, voilà que, sur l`autre bord, se dresse le Schonberg, et qu`on vous signale Oberwesel. Ne regardez plus Oberwesel, vous laisserez passer sans les voir les Sept-Jeunes-Filles. Diable! ce serait dommage! Sont-elles jolies, ces Sept-Jeunes-Filles. Ce sont sept rochers à fleur d`eau sur lesquels ne se peigne aucune ondine, aucune elfe aux cheveux verts. Bon! voici le Lurleifelsen, dont la roche s`avance comme un promontoire dans le fleuve. La Concordia salue en passant, d´un coup de canon, l`écho célèbre du lieu, qui répond en honnête écho incapable de tromper la confiance des voyageurs et de la compagnie.

Rheindampfschifffahrn! (3)

Gautier beschreibt im Verlaufe der Reise vornehmlich, und mit Schwerpunkt auf ihr modisches Auftreten, die zusteigenden Passagiere, darunter ein seltenes südamerikanisches Pärchen und kommt schließlich auf den Schiffsjungen: „N`oublions pas le garcon du bateau, vêtu d`un habit noir, cravaté de blanc dès l`aurore, qui, dans cette journée, fit au moins douze ou quinze lieues en allées et venues, portant à celui-ci du café, à cet autre du jambon, à un troisième des cigares ou de l`eau-de-vie, et qui, pâlissant de fatigue, mélait sur sa figure truitée les perles de la transpiration aux taches de rousseur. A la fin de jour, il était livide et ressemblait à ces laquais fantastiques décrits par Achim d´Arnim, et qui se remettent en service après leur mort, parce qu`ils doivent quelque petite chose aux vers. (…)“ Am Ende widmet Gautier sich einer armen alten lahmen Dame, und dann erst der (Stadt)Landschaft: „Le Mein se jette dans le Rhin presque en face de Mainz, que nous appelons Mayence, par suite de ce système absurde de traduction des noms qu`on devrait bien abandonner. – Cependant jambon de Mainz ferait un singulier effet! – C`est toujours un beau spectacle que la rencontre de deux grands cours d`eau dont l`un absorbe l`autre et l`entraîne à la mer en lui ôtant son nom: – ainsi l`homme débaptise la femme qu`il épouse. Mainz ou Mayence fait une assez bonne figure sur la rive du Rhin avec ses lignes de remparts denticulés, ses tours à échauguettes, son quai d`hôtels, son dôme gigantesque aux quatre campaniles, à la coupole mitrée, au clocher brodé de sculptures; ses églises aux nombreuses aiguilles, et la flotte de puissants bateaux à vapeur et d` embarcations de toute sorte amarrés à son quai. – Ce premier plan de navires, de barques, de kopps, entremêlant leurs tuyaux et leurs mâts, produit toujours un bon effet, et l`aquarelliste regrette que le Dampfschiff passe si vite. Un immense pont de bateaux traversant le Rhin, fort large à cette place, relie les deux rives du fleuve; en aval du pont, treize moulins, rangés en file, font tourner leurs grandes roues à aubes, comme les bateaux à vapeur, et l`on est étonné de les voir rester immobiles. Il semble qu`ils devraient descendre le Rhin avec vous. Lorsque le pont, en s`ouvrant, a donné passage au Dampfschiff, on a en face de soi, sur le quai, de grands bâtiments de style Louis XIV, ennuyeusement classiques, dont la couleur, d`un rouge aviné, est désagréable à l`oeil; le gris seul convient aux lignes sobres de cette architecture trop souvent imitée en Allemagne au XVIIe siècle. Mainz dépassé, le Rhin se tachète d`îles et se borde de villes et de villages si rapprochés les uns des autres, qu`à peine a-t-on le temps de chercher leurs noms sur la carte. Les rives, plates jusque-là, tendent à s`élever. A Bingen, situé au confluent de la Nahe, commence le Rhin des burgs et des burgraves, la partie véritablement pittoresque du voyage; les collines s`escarpent en montagnes, et les rochers presque à pic reserrent le cours du fleuve, qui s`étrangle et devient plus rapide. Au milieu des eaux bouillonnantes, se dresse sur un écueil, le Mausethurm, ou Tour de la Souris, presque en face les ruines d`Ehrenfels, fièrement perchées au sommet de la montagne. Cette entrée est du charactère le plus grandiose. Les hautes pentes de schiste et d`ardoise jettent leurs ombres sur le fleuve profondement encaissé; on se sent dans un endroit dangereux, dans un lieu sinistre aux naufrages et aus tragédies. C`était, en effet, un coupe-gorge de vingt heures de long que toute cette partie du Rhin.“

Rheindampfschifffahrn! (2)

Unter der trockenen Kapitelüberschrift “Ce qu`on peut voir en six jours” beginnt Gautier seine Rheindampferfahrt, schätzungsweise bei Mannheim: “Lorsque le temps daigne ne pas être trop hostile, que les nuées ne vident pas leurs outres de pluie, que le soleil illumine à propos le décor, et que le vent ne vous jette pas à la figure l`écume du fleuve, rien n`est pas plus amusant qu`une journée passée ainsi. Il faisait ce jour-là „une jolie température,“ suivant l`expression favorite des philistins. Quelques légers bancs de nuages flottaient dans la sérénité du matin, et les rivages se dessinaient sous un rayon de lumière favorable. Le Rhin s`étalait largement entre des berges peu élevées contre lesquelles moutonnaient des longues vagues produites par les sillages du bateau à vapeur, qui faisait danser les petites embarcations. – Il y avait encore peu du monde sur le Dampfschiff, mais chaque fois que l`on passait devant une petite ville ou un bourg, la Concordia, opérant une évolution sur elle-même, se rapprochant de l`estacade, ou, brassant l`eau à rebours, se laissait rejoindre par des barques chargées de voyageurs et de paquets. La navigation du Rhin n`est pas autrement dangereuse, mais elle exige de l`attention; le lit du fleuve change souvent de niveau, quelquefois il se hérisse de roches où une coque pourrait se découdre, et s`obstrue de bas-fonds sur lesquels on s`engraverait; aussi une inscription trinlingue, comme celle de Rosette, enjoint-elle en allemand, en anglais et en francais, de ne pas parler au pilote, qui ne quitte pas une minute la roue du gouvernail, imprimant à propos de légères déviations au docile pyroscaphe. D`escale en escale, le pont se peuplait: il y montait des mères de famille allemandes, suivies de deux ou trois fillettes et d`une Gretchen naive, n`ayant pas l`air dame de la femme de chambre anglaise, encore moins l`air soubrette de la femme de chambre francaise, mais rappelant le type de Marguerite dans les illustrations de Reschz; des groupes d étudiants coiffés de la petite casquette aux couleurs de leur pays, qui devrait bien remplacer partout l`affreux chapeau moderne; des instrumentistes se rendant à quelque ville d`eaux et portant sous le bras des cuivres que leur fourreau de percaline verte faisait ressembler à des boas empaillés; des Anglais exacts de tenue, comme au bal; des Russes parlant toutes les langues, et que, sans cette faculté polyglotte, on eût pris pour des Parisiens.”

Rheindampfschifffahrn!

“Quelle charmante manière de voyager que la navigation fluviale! le bateau à vapeur file comme le flèche, sans tangage ni roulis, entre deux rives assez rapprochées pour que vous en discerniez les détails. Vous pouvez vous asseoir, vous promener, descendre dans la cabine, remonter sur le pont, vous transporter de la poupe à la proue, fumer, lire, rêver, vous mêler aux groupes dont le costume ou la conversation vous intéresse. Vous marchez vous-même sur un plancher qui marche, et vous n`êtes pas réduit comme dans les autres modes de locomotion, voiture, diligence ou chemin de fer, à l`état inerte de colis. Vous avez tous les agréments et tout le confort du vaisseau, moins les indéfinissables angoisses et les avilissantes nausées du mal de mer. Nulle gêne, nulle souffrance, nulle fatigue. C`est le loisir occupé, le repos moins l`ennui.” (aus: Théophile Gautier – Loin de Paris)

Der Rhein als Rhône

In seinen Reisebeschreibungen „Loin de Paris“ von Mitte des 19. Jahrhunderts sieht Théophile Gautier, bei seinem Aufbruch nach Nordafrika, den Rhein, bzw sowas wie eine französische Variante davon, nämlich den Rhein in der Rhône (ein paar hundert Seiten später wird er den tatsächlichen, absolut echten Rhein stilecht dampfschiffbereisen): „Le lit du Rhône est plus profondément creusé que celui de la Saône; la tranchée qu´il s`ouvre vers la mer sépare en deux de hautes collines d`abord, des montagnes ensuite. – Sur ces pentes, chauffées par le soleil méridional, mûrissent le vin de Côte-Rôtie et celui de l`Ermitage. Le mont Pilat se présente et disparaît. – Tournon et son château en ruine restent bientôt en arrière. Déjà le mont Ventoux dessine sa croupe à l`horizon lointain. L`Isère verse ses eaux d`un gris sale dans le Rhône, dont la rapidité s`accroit en raison des affluents qu`il absorbe. – Cette ville, c`est Valence; ces murailles effondrées perchées sur le haut d`un roc inaccessible, ce burg qui ne serait pas déplacé sur les rives du Rhin, c`est le château de Crussol. Le Rhône est une espèce de Rhin francais; ce que les guerres et les années ont émietté de châteaux et de fortresses dans cette onde qui ne s`arrète jamais est vraiment prodigieux; à chacque instant, une tourelle ébréchée, un pan de rempart démantelé s`ébauche dans un rayon de lumière; un reste d`enccinte gravit en zigzags désordonnés les flancs d`un tertre abrupt; une poterne s`ouvre en ogive sur le cours du fleuve; les villes mêmes, à part quelques rares taches de maisons blanches, ont conserve l`aspect qu´elles devaient avoir au moyen âge; et l`illusion serait complète si une foule d´affreux ponts suspendus, que le tuyau du bateau à vapeur est obligé de saluer, ne venaient la déranger.“