La Pêche miraculeuse

In den Gallica-Archiven finden sich die Contes des bords du Rhin von Erckmann-Chatrian (Paris 1878), die offenbar bisher nicht ins Deutsche übersetzt wurden. Ein Schätzchen. Hier daraus:

La pêche miraculeuse

I
Un matin du mois de septembre 1850, le vieux peintre de marines, Andreusse Cappelmans, mon digne maître, et moi, nous fumions tranquillement notre pipe à la fenêtre de son atelier, au dernier étage de la vieille maison qui forme le coin à droite de la rue des Brabançons, sur le pont de Leyde, et nous vidions un pot d`aele à notre santé réciproque.
J’avais alors dix-huit ans, la tête blonde et rose; Cappelmans approchait de la cinquantaine; son gros nez rouge prenait des teintes bleuâtres, ses tempes s’argentaient, ses petits yeux gris se plissaient, de grosses rides bridaient ses joues brunes; au lieu de la plume de coq qui faisait jadis sa gloire, il venait d’orner son feutre d’une simple plume de corbeau.
Le temps était superbe. En face de nous se déroulait le vieux Rhin; quelques nuages blancs nageaient au-dessus dans l’azur: le port avec ses gros bateaux noirs, la voile pendante, dormait au-dessous, le soleil miroitait sur les flots bleuâtres et des centaines d’hirondelles fendaient l’air.
Nous étions là, rêveurs, l’âme noyée de sentiment; de grandes feuilles de vigne, encadrant la fenêtre, frissonnaient à la brise, un papillon s’élevait, une volée de moineaux criards s’élançaient à sa poursuite; plus bas, sur le toit de l’échoppe, un gros chat roux s’arrêtait et regardait en balançant la queue d’un air méditatif.
Rien de calme comme ce spectacle, et pourtant Cappelmans était triste, soucieux.
«Maître Andreusse, lui dis-je tout à coup, vous avez l’air de vous ennuyer?»
- Mi’est vrai, fit-il, je suis mélancolique comme un âne qu’on étrille.
- Pourquoi? Le travail va bien ; vous avez plus de commandes que vous ne pouvez en remplir, et voici la kermesse qui vient dans une quinzaine.
- J’ai fait un vilain rêve!
- Vous croyez aux rêves, maître Cappelmans?
- Je ne suis pas sûr que ce soit un rêve, Christian, car j’avais les yeux ouverts.
Puis, vidant sa pipe au bord de la fenêtre:
«Tu n’es pas sans avoir entendu parler de mon vieux camarade, Van Marius, dit-il, Van Marius, le fameux peintre de marines, qui comprenait la mer comme Ruysdaël comprenait la campagne, Van Ostade le village, Rembrandt les intérieurs sombres, Rubens les temples et les palais. Ah! c’était un grand peintre; en face de ses tableaux, on ne disait pas: «C’est beau!» On disait: «Que la mer est belle!… qu’elle est grande et terrible!» -
On ne voyait pas le pinceau de Van Marius aller et venir; mais l’ombre de la main de Dieu s’étendre sur la toile. Oh! le génie… le génie… quel don sublime, Christian!»
Cappelmans se tut, les lèvres serrées, le sourcil froncé, les larmes aux yeux.
Pour la première fois je le voyais ainsi; cela m’étonnait.
Au bout d’un instant, il reprit:
«Van Marius et moi, nous avions fait ensemble nos études à Utrecht, chez le vieux Ryssen; nous aimions les deux soeurs; nous passions ensemble nos soirées à la taverne de la Grenouille, comme deux frères. Plus tard, nous vînmes à Leyde, bras dessus bras dessous.»
Van Marius n’avait qu’un défaut, il aimait le genièvre et le skidam plus que l`aele et le porter.
Tu me rendras cette justice, Christian, que je ne me suis jamais grisé qu’avec de l`aele; aussi, je me porte bien. Malheureusement, Van Marius se grisait avec du genièvre. Encore s’il n’en avait bu qu’à la taverne, mais il s’en faisait apporter jusque dans son atelier; il ne travaillait avec enthousiasme que lorsqu’il en avait une ou deux chopines dans l’estomac et que les yeux lui sortaient de la tête. Alors il fallait le voir, il fallait l’entendre hurler, chanter et siffler. Tout en mugissant comme la mer, il brossait sa toile à tour de bras: chaque coup de pinceau soulevait une vague; à chaque sifflement on voyait les nuages approcher, grossir, s’entasser. Tout à coup il prenait sa brosse au vermillon, et voilà que la foudre coulait du ciel noir sur les flots verts, comme un jet de plomb fondu… et dans le lointain, au-dessous de la voûte sombre, au loin, bien loin, on découvrait une barque, un cutter, n’importe quoi, écrasé entre les ténèbres et l’écume… C’était épouvantable! – Quand Van Marius peignait des scènes plus calmes, il se faisait jouer delà clarinette par le vieil aveugle Coppélius, à raison de deux florins par jour; il coupait son genièvre avec de l`aele et mangeait des saucisses pour représenter des scènes champêtres. Tu conçois, Christian, qu’avec un régime pareil, il devait se détériorer le tempérament. Combien de fois ne lui ai-je pas dit:
«Prends garde, Jan, prends garde, le genièvre te jouera un mauvais tour!» (…)

Auguste Duméril sur les bords du Rhin

Copie d’une lettre que j’ai écrite à Joseph Fabre, après mon voyage sur les bords du Rhin, en 1846, et qui peut servir de journal abrégé de ce voyage.

Le soir du jour où vous m’avez embarqué au chemin de fer, c’est-à-dire, lundi 14 Septembre, je suis arrivé, à 2 h ½ environ, à Bruxelles, et là, suivant le conseil de M. V. Cumont, je me fis immédiatement conduire à la diligence de Namur, qui allait partir, et je me trouvai le lendemain matin à Namur, à 6 h.: à 6 h ½, une autre diligence, se mettant en route pour Liège, je m’installai sur une banquette surnuméraire, adossée au cabriolet de l’impériale, et de là, comme d’un observatoire, d’où ma vue pouvait s’étendre de tous côtés, j’ai parfaitement joui de la vue des bords pittoresques de la Meuse, dont la grande route suit presque constamment le cours, de sorte que je n’aurais pas mieux vu, je crois, à bord du bateau, si j’avais suivi mon premier plan, qui était d’aller par eau, de Namur à Liège, où je ne serais arrivé que le mardi soir, tandis que j’y étais à une heure, et qu’à 5 h, je me trouvais à Aix-la-Chapelle, où je me mis en rapport avec M. Darancourt, qui ne savait pas l’Allemand plus que moi. Nous passâmes notre soirée au café de la source Elise, au théâtre, et à la redoute, où nous ne vîmes pas de joueurs trop acharnés, mais où je pus prendre une idée de ce que sont la Roulette et le 31. Le lendemain matin, nous avons visité l’hôtel de ville, la cathédrale, dont je fus très frappé, car c’était le premier exemple que je voyais de cette architecture byzantine, dont je devais voir de si beaux échantillons à Bonn, mais surtout à Mayence: les fameuses reliques, et la jolie montagne du Louisberg. Ce même jour, nous avons visité Cologne, dont j’ai extrêmement admiré la magnifique cathédrale, malheureusement inachevée, mais pour laquelle on dépense maintenant 500 000 F par an: si elle est jamais achevée, ce sera, je crois, une des plus belles églises gothiques qui se puissent voir. L’Eglise Ste Marie du capitole, curieuse par des restes de constructions romaines; l’église des Jésuites, richement ornée, surtout par un banc de communion, de marbre blanc, couvert de charmante sculpture, et l’église de St Pierre, où se voit le curieux tableau de Rubens, représentant le crucifiement de St Pierre, qui est vu la tête en bas. Le soir de ce même jour, nous vînmes coucher à Bonn. Ici, commence le magnifique spectacle qu’offre le Rhin, et la matinée du jeudi, passée, ainsi que je vais vous le raconter, a été pour moi pleine d’enchantement. Nous prîmes un guide, et après avoir visité, dans la ville, la cathédrale, d’un aspect particulier, et la statue de Beethoven, nous nous dirigeâmes, en voiture, vers le Kreutzberg, montagne élevée, où existe une église, avec un escalier de marbre, qui ne se monte qu’à genoux, et dont un caveau contient des moines momifiés, par la sécheresse du lieu, et l’absence complète pendant des siècles, du contact de l’air extérieur: physiologiquement, c’est un fait, qui ne manque pas d’intérêt: la peau est parfaitement intacte et dure, comme du cuir tanné. De là, la vue est déjà belle, mais elle est plus belle encore, du Godesberg, où nous allâmes ensuite, et où se voient des ruines assez considérables: elle l’est certainement davantage, sur le Rolandseck, où se voient quelques ruines, et d’où la vue plonge sur le Rhin, et sur les îles considérables qui existent dans ce point, et sur l’une desquelles est construit un grand bâtiment qui, de monastère qu’il était autrefois, est devenu un hôpital.

Après être descendus, nous avons traversé le Rhin, en bateau: il a, dans ce point, une largeur extrême: sur l’autre rive, est la haute montagne du Drachenfels, que nous avons également gravie, et d’où nous avons joui du plus admirable point de vue, car on a, autour de soi, les autres monts; qui forment ce que l’on nomme les 7 monts, le Rhin, et, de l’autre côté, les monts qui bordent la rive. En redescendant, on arrive à la petite ville de K, où mon compagnon de voyage me quitte, pour prendre le bateau à vapeur, qui devait le conduire à Coblentz, et moi, je traversai le Rhin, sur un pont volant, pour rejoindre la voiture qui me ramènera à Bonn, que je ne voulais pas quitter sans avoir visité l’Université. Les 6 heures environ passées dans cette ravissante excursion, si elles furent accompagnées d’une assez grande fatigue, qui me dura 2 ou 3 jours, furent vraiment délicieuses, car je n’avais jamais eu encore l’occasion de voir la nature sous un si magnifique et si imposant aspect; mais je ne savais pas encore quels enchantements m’étaient réservés, pour le lendemain. A Bonn, tous les professeurs étaient absents: je visitai cependant avec assez de détails Cl., ancienne résidence d’été des électeurs, où se voient une belle collection d’anatomie, mais surtout, de magnifiques collections d’histoire naturelle, renfermées dans des salles, de l’aspect le plus grandiose. J’ai visité la clinique d’accouchement, composée de 12 lits, d’une collection curieuse de bassins vicieux, et d’instruments d’obstétrique, qui me furent montrés par l’aide de clinique du professeur Kilian. Il y a là une douche ascendante de 2 mètres ½ environ de hauteur, pour les accouchements prématurés: il paraît qu’on obtient de bons résultats de ce procédé, qui n’est jamais mis en usage chez nous, à ce que je crois.

(Quelle: http://correspondancefamiliale.ehess.fr/)

Melville in Köln

“I intended taking the boat at 10 1/4 in the morning, & so slept sweetly dreaming of the Rhine.

Sunday Dec 9th 1849 Cologne Sallied out before breakfast, and found my way to the famous cathedral, where the everlasting “crane” stands on the tower. While inside was accosted by a polite worthy who was very civil pointing out the “curios”. He proved a “valet de place”. He tormented me home to the Hotel & got a franc out of me. Upon going to the Steamer Office I learnt that no boat would leave that morning. So I had to spend the day in Cologne. But it was not altogether unpleasant for me so to do. In this antiquated gable-ended old town – full of Middle-Age, Charlemaigne associations, — where Rubens was born (Anm.: Rheinsein sah Rubens Geburtshaus in Siegen, aber dieser Rubens hier ist ja nicht näher spezifiziert) & Mary de Medici died – there is much to interest a pondering man like me. — But now to tell how at last I found that I had not put up at the “Hotel de Cologne”, but at the “Hotel de Rhin” – where my bill for a bed, a tea, & a breakfast amounted to some 2 Dollars, in their unknowable German currency. – Having learnt about the Steamer, I went to the veritable Hotel de Cologne, (on the river) & there engaged the services of a valet de place to show me the sights of the town for 2 Francs. We went to the Cathedral, during service – saw the tomb of the Three Kings of Cologne – their skulls. The choir of the church is splendid. The structure itself is one of the most singular in the world. One transept is nearly complete – in new stone, and strangly contrasts with the ruinous condition of the vast unfinished tower on the one side. From the Cathedral we went to the Jesuit`s Church, where service was being performed. Thence to the Museum & saw some odd old paintings; & one splendid one (a sinking ship – with the Captain at the mast-head – defying his foe) by Schefferen (?). Thence, to St Peter`s Church, & saw the celebrated Descend from the Cross by Rubens (Anm.: nuja, offenbar doch näher spezifiziert; Doppelgeburt?). Paid 2 Francs to see the original picture turned round by the Sacristan. Thence home. Went into a book store & purchased some books (Views & Panorama of the Rhine) & then to the Hotel. At one` o`clock dinner was served (Table d`hote). A regular German dinner & a good one, “I tell you”. Innumerable courses – & an apple-pudding (Anm.: Rievkooche met Äppelschlot?) was served between the courses of meat & poultry. I drank some yellow Rhenish wine which was capital, looking out on the storied Rhine as i dined. After dinner sallied out, roamed about the town, going into churches, buying cigar of pretty cigar girls, & stopping people in the streets to light my cigar. I drank the very vital spirit & soul of old Charlemagne, as i turned the quaint old corners of this quaint old town. Crossed the bridge of boats, & visited the fortifications on the thither side. At dusk stopped at a beer shop – took a glass of black ale in a comical flagon of glass. Then home. And here I am writing up my journal for the last two days. At nine o`clock (three hours from now) I start for Coblentz – 60 miles from hence. – I feel homesick to be sure – being all alone with not a soul to talk to – but then the Rhine, is before me, & I must on. The sky is overcast, but it harmonizes with the spirit of the place.”

Lederstrumpf am Rhein

In der Einführung zu seinem Roman The Heidenmauer berichtet Lederstrumpf-Autor James Fenimore Cooper von seinen raschen, historisch inspirierten rheinischen Einsichten: „At Aix-la-Chapelle we bathed, visited the relics, saw the scene of so many coronations of emperors of more or less renown, sat in the chair of Charlemagne, and went our way. The Rhine was an old acquantaince. A few years earlier, I had stood upon the sands, at Katwyck, and watched its periodical flow into the North Sea, by means of sluices made in the short reign of the good king Louis, and, the same summer, I had bestrode it, a brawling brook, at the icy side of St. Gothard. We had come now to look at its beauties in its most beautiful part, and to compare them, as far as native partiality might permit, with the well-established claims of our Hudson. Quitting Cologne, its exquisite but incomplete cathedral, with the crane that has been poised on its unfinished towers five hundred years, its recollections of Rubens and his royal patroness, we travelled up the stream so leisurely as to examine all that offered, and yet so fast as to avoid the hazard of satiety. Here we met Prussian soldiers, preparing, by mimic service, for the more serious duties of their calling. Lancers were galloping, in bodies, across the open fields; videttes were posted, the cocked pistol in hand, at every hay-stack; while couriers rode, under the spur, from point to point, as if the great strife, which is so mennacingly preparing, and which sooner or later must come, had actually commenced. As Europe is now a camp, these hackneyed sights scarce drew a look aside. We were in quest of the interest which nature, in her happier humors, bestows. There were ruined castles, by scores; grey fortresses; abbeys, some deserted and others yet tenanted; villages and towns; the seven mountains; cliffs and vineyards. At every step we felt how intimate is the association between the poetry of Nature and that of art; between the hill-side with its falling turret and the moral feeling that lends them interest. Here was an island, of no particular excellence, but the walls of a convent of the middle ages crumbled on its surface. There was a naked rock, destitute of grandeur, and wanting in those tints which milder climates bestow, but a baronial hold tottered its apex. Here Caesar led his legions to the stream, and there Napoleon drew his corps d`armée on the hostile bank; this monument was to Hoche, and from that terrace the great Adolphus directed his battalions. Time is wanting to mellow the view of our own historical sites; for the sympathy that can be accumulated only by the general consent of mankind, has not yet clothed them with the indefinable colors of distance and convention.“