Le Rhin (2)

A M. DE LAMARTINE.

Au premier coup de bec du vautour germanique,
Qui vient te disputer ta part d’onde et de ciel,
Tu prends trop tôt l’essor, roi du chant pacifique,
Noble cygne de France, à la langue de miel.
Quoi ! sans laisser au moins une plume au rivage,
Gardant pour ta couvée à peine un grain de mil,
Des roseaux paternels tu cèdes l’héritage ;
Et sur l’aile de l’hymne agrandi dans l’orage,
Du Rhin tu fuis jusques au Nil !

Ah ! qu’ils vont triompher de ta blanche élégie !
Que l’écho de Leipsig rira de notre peur !
Déjà l’or de ton chant transformé par l’orgie,
Dans l’air m’est renvoyé comme une balle au cœur.
J’écoutais l’avenir dans ta voix souveraine,
Au joug harmonieux me soumettant d’abord ;
Mais la douleur m’éveille au sein de la syrène ;
Ma lèvre, en pâlissant, repousse encore pleine
La coupe où tu verses la mort.

Ne livrons pas si tôt la France en sacrifice
A ce nouveau Baal qu’on appelle unité.
Sur ce vague bûcher où tout vent est propice,
Ne brûlons pas nos dieux devant l’humanité.
L’holocauste n’est plus le culte de notre âge.
Comme Isaac pliant sous le glaive jaloux,
Pourquoi tenir courbé ce peuple sous l’outrage ?
Est-ce pour l’immoler, sans revoir son visage,
Que vous l’avez mis à genoux ?

Si patrie est un mot inventé par la haine,
Tente vide, en lambeaux, que l’amour doit ployer ;
S’il faut des nations briser la forme vaine,
Arrache donc aussi la famille au foyer !
De tout champ limité condamne la barrière.
Maudis le jeune hymen dès que son temple est clos.
Au lare domestique interdis la prière ;
Tous ensemble, au hasard, mêlant notre poussière,
Fraternisons dans le chaos.

Regarde ! dans ton vol, les cieux que tu visites,
Par des rivières d’or divisent l’infini.
Ces royaumes profonds dont tu sais les limites,
Désertent-ils l’azur que Dieu même a béni ?
Le Bélier au Verseau cède-t-il sa frontière ?
Au vain rugissement de l’Ourse ou du Lion,
Quand vit-on reculer le sanglant Sagittaire,
Ou fuir les deux Gémeaux s’inclinant : jusqu’à terre,
Dans la cité du Scorpion ?

L’humanité n’est pas la feuille vagabonde,
Sans pays, sans racine, enfant de l’aquilon.
C’est le fleuve enfermé dans le lit qu’il féconde,
Parent, époux des cieux mêlés à son limon.
Au peuple ne dis pas : « Abandonne ta rive. »
Quand l’herbe boit le flot promis à l’Océan,
C’est qu’aux sommets sacrés d’où l’avenir dérive,
La source de l’idée a tari toute vive
Dans l’esprit glacé du géant.

Du chœur des nations la lutte est l’harmonie ;
Dans mille chants rivaux, d’où naissent leurs concerts,
Chaque peuple a sa voix, sa note, son génie.
Tout, dans l’immense accord paraît un et divers.
L’un parle-t-il trop bas par la voix du prophète,
A l’hymne de la peur enchaîne-t-il ses jours,
La danse des cités, en chancelant, s’arrête.
De leurs fronts de granit, ridés par la tempête,
Tombe une couronne de tours.

Sur la lyre accordée aux prières des femmes,
Pourquoi de tant d’encens nourrir notre sommeil ?
De trop de voluptés ne chargeons pas nos ames
Après le songe heureux es-tu sûr du réveil ?
Que sais-tu si l’aspic ne dort pas sous la rose,
Si la lutte est finie entre l’homme et le Dieu ?
Convive du banquet que plus d’un pleur arrose,
Sur le mur prophétique où cette main se pose,
Ne vois-tu pas des traits de feu ?

Pour désarmer nos cœurs, apprivoise le monde ;
D’avance à l’avenir as-tu versé la paix ?
Et du Nord hérissé le sanglier qui gronde,
De ta muse de miel a-t-il léché les traits ?
Au soc de la charrue a-t-il courbé le glaive ?
Albion, sur sa nef, détruit-il son rempart ?
Parmi les flots d’airain que l’Orient soulève,
Orphée a-t-il enfin marié sur la grève
L’aigle blanc et le léopard ?

Le Rhin sous ta nacelle endort-il son murmure ?
Que le Franc puisse y boire en face du Germain.
L’haleine du glacier rouillant leur double armure,
Deux races aussitôt se donneront la main.
Nous ne demandons pas tout l’or de la montagne.
Du Nil de l’Occident nous ne voulons qu’un bord,
Pour que les cieux de France et les cieux d’Allemagne,
Sous les eaux partageant l’astre, de Charlemagne,
Roulent ensemble au même port.

Aux troupeaux divisons la source de nos pères.
Quand ils ont sur la rive assis la liberté,
Craignaient-ils d’éveiller les gothiques vipères ?
Goûtons l’eau du torrent par droit de parenté.
Avec les rois germains tout nous réconcilie.
Dans leur nid féodal nos aigles sont éclos.
Sans qu’au bruit de leurs pas notre écho s’humilie,
Consentons que leur ombre à notre ombre s’allie
Dans le sein pavoisé des flots.

Mais si lui-même en vain le torrent nous appelle,
Si l’onde du glacier ne coule pas pour tous,
Et s’il faut nous sevrer du lait de la Cybèle,
Quand ce peuple aura soif, où l’abreuverons-nous ?
Au pays des palmiers tu penses le conduire !
Notre Dieu ne veut pas qu’on nous mène en exil.
Pendant que tu chantais, tout près de nous séduire,
Sur son flanc irrité j’ai vu son glaive luire.
La France en aiguisait le fil.

Tu pars, dis-tu ? – Marchons, au vent de tes bannières,
Non pas, comme Joseph, en sa captivité,
Au joug du Pharaon liant ses onze frères ;
Il pleurait, dans Memphis, sur Jacob insulté.
Mais ainsi que Moïse, au sortir du servage,
Loin d’Apis entraîné par le serpent d’airain,
Fais-nous rentrer, joyeux, dans l’ancien héritage ;
Et le glaive épousant les lyres au rivage,
Allons revoir notre Jourdain.

(Edgard Quinet, 1803-1875)

La mulette du Rhin

mulette
“La mulette du Rhin (Unio margaritifera, Brugn.). Grande coquille épaisse et d’une belle nacre, que l’on trouve dans le Rhin, la Loire et quelques autres rivières. On en retire des perles assez belles et qui sont utilisées. C’est probablement à cette espèce qu’il faut rapporter ce que dit Valmont de Bomares des perles de Lorraine pêchées dans la Vologne, dont le duc Léopold s’était réservé la propriété, et dont une abbesse de Mons s’était fait un collier. Une mulette bien connue est celle nommée moule des peintres, qui sert à recevoir les couleurs dont les artistes se servent.
Les perles sont très-recherchées des femmes pour leur parure ; mais on en fabrique un très-grand nombre de fausses avec de petites ampoules de verre enduites intérieurement de colle de poisson chargées d’essence d’Orient, tirées des écailles de l’ablette, et ensuite remplies de cire fondue. Ces fausses perles imitent très-bien les véritables, et leur fabrication forme aujourd’hui un art assez important.”

Nicolas-Jean-Baptiste-Gaston Guibourt, Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d’histoire naturelle professé à l’École de pharmacie de Paris. Tome 4 (Paris, 1869-1870)
Abbildung: Charles-Auguste Millet, Les merveilles des fleuves et des ruisseaux, 3e édition illustrée de 66 vignettes sur bois par A. Mesnel (Paris 1888)

“Die Flussperlmuschel (Margaritifera margaritifera) ist eine der großen Süßwasser-Muscheln, die im Deutschland des beginnenden 21. Jahrhunderts als vom Aussterben bedrohte Tierart gilt.
Die Flussperlmuschel kann nach neuesten Ergebnissen ein Alter von bis zu 280 Jahren erreichen. Größe und Alter nehmen nach Norden hin zu, so wird sie in Spanien meist nur 8–10 cm groß und etwa 60–70 Jahre alt, während sie in Schweden bis zu 280 Jahre alt und 14 cm groß wird. Ihre Vermehrung ist ein komplexer, da an anspruchsvolle Voraussetzungen gebundener, störanfälliger Prozess mit mehreren Zwischenstadien. Nachdem die winzigen Frühformen (Glochidien) der Muschel geschlüpft sind, benötigen sie als Wirt die Bachforelle, in deren Kiemenbereich sie zehn Monate parasitisch leben; andere Fischarten sind als Wirt nicht geeignet. Sie wachsen von ca. 0,05 mm zur 0,5 mm großen Jungmuschel heran. Etwa im Mai, wenn die Temperatur und das Bachbett stimmig sind, lassen sie sich im Flussbett zwischen die Kiesel und Steine am Gewässergrund fallen und graben sich dort ein. Dort leben sie versteckt und kommen erst nach etwa sieben Jahren, im ausgewachsenen Stadium und mit der inzwischen gebildeten harten Schale, an die Oberfläche des Gewässergrundes. Sie verbringen dann den Rest ihres Lebens weitgehend stationär. In der Strömung lassen sie das Wasser durch ihre Kiemen fließen und filtern dabei Nahrungspartikel heraus. In ökologisch intaktem Umfeld bildet die Flussperlmuschel Kolonien.
Man bezeichnet die großen Flussmuscheln, einschließlich der Flussperlmuschel, auch als Najaden. (…)
Zur Zeit der deutschen Kleinstaaten und Fürstenhöfe bis zum 18. Jahrhundert wurde sie teilweise gezielt angesiedelt und effektiv mit drakonischen Strafen (z. B. Abhacken der Hand) geschützt, so im Odenwald und in der Eifel nachweisbar. Das Recht zur Suche nach Perlen wurde als Perlregal bezeichnet. Von vor 300 Jahren sind Perlmuschelbänke mit mehr als tausend Tieren pro Quadratmeter bekannt.
Mit dem Einmarsch der Franzosen 1794 erlosch das Perlregal in weiten Teilen Deutschlands, wodurch ein Raubbau ermöglicht wurde. (…)
Es enthalten nur wenige Muscheln tatsächlich Perlen: Die Angaben reichen von 0,05 % bis zu 4 % (eine Perle auf 2.000 bzw. 25 Muscheln).
Die Flussperlmuschel ist heute in Deutschland sehr selten. Gründe für den Bestandsrückgang sind: Verschmutzung der Gewässer durch Überdüngung, Abwassereinleitung und Streusalz; Versandung der Bäche; Verdrängung der Bachforelle, die als Wirtstier der Muschel dient, durch die eingeführte Regenbogenforelle; Aussterben des Lachses, der als Wirtstier dient; Vernichtung ganzer Bestände durch Perlenräuber in früheren Zeiten; neue Fressfeinde durch die Neozoen Bisamratte und Waschbär”
(Wikipedia, Stand: 17. August 2014)

Schwermut (hüben wie drüben)

„(…) je ne veux pas dire qu`un éternel été fasse une vie toujours joyeuse. Le soleil noir de la mélancolie, qui verse des rayons obscurs sur le front de l`ange rêveur d`Albert Dürer, se lève aussi parfois aux plaines lumineuses du Nil, comme sur les bords du Rhin, dans un froid paysage d`Allemagne. J`avouerai même qu`à défaut de brouillard, la poussière est un triste voile aux clartés d`un jour d`Orient.“

(aus: Gérard de Nerval, Voyage en Orient)