Un fleuve devrait naître en public

„Que serait la terre sans les fleuves ? Les ponts fluviaux même les plus beaux perdraient les trois quarts de leur charme. On ne saurait plus au-dessus de quoi les bâtir. Louis XIV, au moment de passer le Rhin, se trouverait en face d’un terrain vague. Où se videraient les égouts de Paris ? Ou se suiciderait le comptable infidèle ? Le manque d’eau douce multiplierait les ravages de l’alcoolisme. On ne pourrait plus espérer revoir, comme au bon temps de 1910, le facteur distribuer le courrier en périssoire dans les boîtes de la rue Jacob.
On voit par là l’importance des fleuves. Ils vont tous se jeter dans la mer. C’est pourquoi ils naissent en montagne ; pour n’avoir pas de pente à remonter. On trouve, par exemple, en Haute-Loire, une dizaine de « vraies sources de la Loire ». Une petite fille fut refusée au Puy à son certificat d’études pour avoir dit que la Loire naissait « chez son papa ». C’était pourtant la vérité. La Loire sort dans ce pays d’un robinet d’étable. Il y a là une grosse imprudence de la part du gouvernement. Il suffirait que le propriétaire eut à se venger d’un batelier, disons d’Orléans pour qu’il ferme ce robinet. Voilà un fleuve à sec, le plus important de France. Les bateaux s’échouent dans les sables ; l’eau manque sur l’évier de la cuisine. Les femmes pleurent, les hommes sont aigris. Le gouvernement ne devrait jamais permettre aux fleuves de prendre naissance chez des particuliers. Un fleuve devrait naître en public.
La Seine est un fleuve historique. Et la Providence a voulu qu’elle arrose notre capitale. Si bien que le fleuve le plus célèbre de la France passe par sa plus illustre ville (c’est ce qu’on appelle le miracle français). Elle y coule entre deux remparts de vieilles pierres, de vieux livres et de jeunes peupliers, irisées de tâches de mazout sur lesquelles flotte une épluchure de mandarine.
Sous les ponts, les clochards, à plat ventre, rampent lentement, le bras tendu, vers un litre de rouge. L’eau sent le comptable suicidé.
Le soleil brille.
Et c’est ainsi qu’Allah est grand.“

(Alexandre Viallate, Chroniques de la Montagne 1962-1971)

Why?

Pourquoi (Les)
[...]
Pourquoi Louis XIV, qui avait tant de goût pour les grands monuments, pour les fondations, pour les beaux-arts, perdit-il huit cent millions de notre monnaie d’aujourd’hui à voir ses cuirassiers et sa maison passer le Rhin à la nage, à ne point prendre Amsterdam, à soulever contre lui toute l’Europe? Que n’aurait-il point fait avec ses huit cents millions?

(Voltaire, Dictionnaire philosophique)

Rheinüberschreitung in Paris

Nachdem sein letzter Rheinbesuch in Deutschland mit einem Fiasko aus schwer erklärlichen Nebeln geendet war, schreibt Marcel Crépon, habe er sich Aldous Huxleys Schrift “The Doors of Perception” entsonnen, die ihn während seiner Adoleszenz beeindruckt, deren Inhalt er jedoch verdrängt gehabt habe. Seinerzeit sei ihm das unmittelbar nach der Lektüre allenthalben in hoher Intensität auf ihn einströmende Weltbewußtsein zu viel geworden. Nun, nach seiner Rückkehr aus den rheinischen Nebeln, habe ihn ein Istigkeits-Gefühl übermannt, dessen Wirkweise ihn an die Folgen seiner Jugendlektüre zurückdenken ließ. Plötzlich habe er in seiner Gedankenwelt einen Selbstwert eingenommen, der ihm unmäßig vorkam, er habe nur noch sich selber aus schwammiger Umgebung ragen sehen, als seien die rheinischen Nebel in seinem Geist mit nach Frankreich gereist, um ihn aus seinem Alltag zu isolieren oder schlimmer noch: zu erheben. Wochenlang sei das so gegangen. Weil er zunehmend fürchtete, “die Pforten der Wahrnehmung durchbrochen” zu haben, mit anderen Worten: auf eine Psychose zuzusteuern, habe er sich an seine Großmutter mütterlicherseits gewandt, die in seiner verzweigten Familie als Instanz für “schwierige Fragen” gelte. Die Großmutter habe ihn angehört, seine Pupillen untersucht und ihm bedeutet, daß ihm “vom Rhein her etwas Böses” anhafte, das er loswerden müsse, indem er in einem Ritual “den zu überschreitenden Rhein unterschreite”, und zwar zwölf Mal, je sechs Mal von beiden Seiten. Was sie damit meine, wie das gehen solle und wo das Ritual vorzunehmen sei, habe er von der Großmutter wissen wollen, die darauf keine Antwort gab, sondern Unverständliches murmelte und Fingerzeichen veranstaltete. In der gleichen Nacht noch sei ihm die Porte Saint-Denis im Traum erschienen und bis zum Erwachen über ihm stehengeblieben. Da sei ihm klar geworden, was die Großmutter gemeint habe. Noch am Morgen sei er nach Paris gefahren, habe am hohen Mittag das von der Großmutter empfohlene Ritual vollzogen und sei abends wieder zuhause eingetroffen, um nach einer weiteren, diesmal traumlosen Nacht sich wieder “ganz wie der Alte” zu fühlen.
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Zur Veranschaulichung seines autogenen Exorzismus schickt uns Monsieur Crépon dieses Foto von der weihnachtlichen Porte Saint-Denis, die Louis XIV zu Ruhm und Ehren errichtet wurde und die Rheinüberquerung der französischen Streitmächte bei Lobith von 1672 sowie allegorische Darstellungen Deutschlands und Hollands zeigt. Genau wie die Großmutter empfohlen hatte, habe er die Pforte je sechsmal von Norden und Süden (das Bild zeigt die Südansicht) durch- und somit die Überschreitung des Rheins unterschritten.

Rheinkiesel (9)

Digital StillCameraAuf zahlreichen Kieseln des Alpenrheins sind Portraits bedeutender Persönlichkeiten abgebildet. Wie sie in die Steine hineinkamen und warum ausgerechnet diese Persönlichkeiten, ist völlig unbekannt. Der mangelnden wissenschaftlichen Beschäftigung mag es daher zuzuschreiben sein, daß über manche der Portraits Unklarheit herrscht. Dieser Kiesel enthält fraglos einen bedeutenden Franzosen, aber welchen? Zur Debatte stehen: Molière, Robespierre und Louis XIV. Wüßten Sie eine klare Aussage zu treffen? (Bild: Heidi Starck)

Le passage du Rhin par les troupes de Louis XIV

Toutes les places qui bordent le Rhin et l’Issel se rendirent. Quelques gouverneurs envoyèrent leurs clefs dès qu’ils virent seulement passer de loin un ou deux escadrons français ; plusieurs officiers s’enfuirent des villes où ils étaient en garnison, avant que l’ennemi fût dans leur territoire ; la consternation était générale. Le prince d’Orange n’avait point encore assez de troupes pour paraître en campagne. Toute la Hollande s’attendait à passer sous le joug, dès que le roi serait au-delà du Rhin. Le prince d’Orange fit faire à la hâte des lignes au-delà de ce fleuve, et, après les avoir faites, il connut l’impuissance de les garder. Il ne s’agissait plus que de savoir en quel endroit les Français voudraient faire un pont de bateaux, et de s’opposer, si on pouvait, à ce passage. En effet, l’intention du roi était de passer le fleuve sur un pont de ces petits bateaux inventés par Martinet. Des gens du pays informèrent alors le prince de Condé que la sécheresse de la saison avait formé un gué sur un bras du Rhin, auprès d’une vieille tourelle qui sert de bureau de péage, qu’on nomme Tolhuys, la maison du péage, dans laquelle il y avait dix-sept soldats. Le roi fit sonder ce gué par le comte de Guiche : il n’y avait qu’environ vingt pas à nager au milieu de ce bras de fleuve, selon ce que dit dans ses lettres Pellisson, témoin oculaire, et ce que m’ont confirmé les habitants. Cet espace n’était rien, parce que plusieurs chevaux de front rompaient le fil de l’eau très peu rapide. L’abord était aisé; il n’y avait de l’autre côté de l’eau que quatre à cinq cents cavaliers et deux faibles régiments d’infanterie sans canon; l’artillerie française les foudroyait en flanc. Tandis que la maison du roi et les meilleures troupes de cavalerie passèrent sans risque au nombre d’environ quinze mille hommes, le prince de Condé les côtoyait dans un bateau de cuivre. A peine quelques cavaliers hollandais entrèrent dans la rivière pour faire semblant de combattre : ils s’enfuirent l’instant d’après devant la multitude qui venait à eux. Leur infanterie mit aussitôt bas les armes, et demanda la vie (12 juin 1672). On ne perdit dans le passage que le comte de Nogent et quelques cavaliers, qui, s’étant écartés du gué, se noyèrent ; et il n’y aurait eu personne de tué dans cette journée, sans l’imprudence du jeune duc de Longueville. On dit qu’ayant la tête pleine des fumées du vin, il tira un coup de pistolet sur les ennemis qui demandaient la vie à genoux, en leur criant : « Point de quartier pour cette canaille. » Il tua du coup un de leurs officiers. L’infanterie hollandaise désespérée reprit à l’instant ses armes, et fit une décharge dont le duc de Longueville fut tué.

Un capitaine de cavalerie, nommé Ossembroek, qui ne s’était point enfui avec les autres, court au prince de Condé, qui montait alors à cheval en sortant de la rivière, et lui appuie son pistolet à la tête. Le prince par un mouvement détourna le coup, qui lui fracassa le poignet. Condé ne reçut jamais que cette blessure dans toutes ses campagnes. Les Français irrités firent main basse sur cette infanterie, qui se mit à fuir de tous côtés. Louis XIV passa sur un pont de bateaux avec l’infanterie, après avoir dirigé lui-même toute la marche.

Tel fut ce passage du Rhin, action éclatante et unique ; célébrée alors comme un des grands événements qui dussent occuper la mémoire des hommes. Cet air de grandeur dont le roi relevait toutes ses actions, le bonheur rapide de ses conquêtes, la splendeur de son règne, l’idolâtrie de ses courtisans, enfin le goût que le peuple, et surtout les Parisiens, ont pour l’exagération, joint à l’ignorance de la guerre où l’on est dans l’oisiveté des grandes villes, tout cela fit regarder à Paris le passage du Rhin comme un prodige qu’on exagérait encore. L’opinion commune était que toute l’armée avait passé ce fleuve à la nage, en présence d’une armée retranchée, et malgré l’artillerie d’une forteresse imprenable, appelée le Tholus. Il était très vrai que rien n’était plus imposant pour les ennemis que ce passage, et que, s’ils avaient eu un corps de bonnes troupes à l’autre bord, l’entreprise était très périlleuse.

(Voltaire, Le siècle de Louis XIV)

Nicolas Boileau: Le passage du Rhin (2)

Ce discours d’un guerrier que la colère enflamme
Ressuscite l’honneur déjà mort en leur âme;
Et, leurs cœurs s’allumant d’un reste de chaleur,
La honte fait en eux l’effet de la valeur.
Ils marchent droit au fleuve, où Louis en personne,
Déjà prêt à passer, instruit, dispose, ordonne.
Par son ordre Grammont le premier dans les flots
S’avance soutenu des regards du héros:
Son coursier écumant sous son maître intrépide,
Nage tout orgueilleux de la main qui le guide.
Revel le suit de près: sous ce chef redouté
Marche des cuirassiers l’escadron indompté.
Mais déjà devant eux une chaleur guerrière
Emporte loin du bord le bouillant Lesdiguière,
Vivonne, Nantouillet, et Coislin, et Salart;
Chacun d’eux au péril veut la première part:
Vendôme, que soutient l’orgueil de sa naissance,
Au même instant dans l’onde impatient s’élance:
La Salle, Béringhen, Nogent, d’Ambre, Cavois,
Fendent les flots tremblants sous un si noble poids.
Louis, les animant du feu de son courage,
Se plaint de sa grandeur qui l’attache au rivage.
Par ses soins cependant trente légers vaisseaux
D’un tranchant aviron déja coupent les eaux:
Cent guerriers s’y jetant signalent leur audace.
Le Rhin les voit d’un œil qui porte la menace;
Il s’avance en courroux. Le plomb vole à l’instant,
Et pleut de toutes parts sur l’escadron flottant.
Du salpêtre en fureur l’air s’échauffe et s’allume,
Et des coups redoublés tout le rivage fume.
Déjà du plomb mortel plus d’un brave est atteint:
Sous les fougueux coursiers l’onde écume et se plaint.
De tant de coups affreux la tempête orageuse
Tient un temps sur les eaux la fortune douteuse;
Mais Louis d’un regard sait bientôt la fixer:
Le destin à ses yeux n’oserait balancer.
Bientôt avec Grammont courent Mars et Bellone;
Le Rhin à leur aspect d’épouvante frissonne:
Quand, pour nouvelle alarme à ses esprits glacés,
Un bruit s’épand qu’Enguien et Condé sont passés:
Condé, dont le seul nom fait tomber les murailles,
Force les escadrons, et gagne les batailles;
Enguien, de son hymen le seul et digne fruit,
Par lui dès son enfance à la victoire instruit.
L’ennemi renversé fuit et gagne la plaine;
Le dieu lui-même cède au torrent qui l’entraîne;
Et seul, désespéré, pleurant ses vains efforts,
Abandonne à Louis la victoire et ses bords.

Du fleuve ainsi dompté la déroute éclatante
A Wurts jusqu’en son camp va porter l’épouvante.
Wurts, l’espoir du pays, et l’appui de ses murs;
Wurts… Ah! quel nom, grand roi, quel Hector que ce Wurts!
Sans ce terrible nom, mal né pour les oreilles,
Que j’allais à tes yeux étaler de merveilles!
Bientôt on eût vu Skink dans mes vers emporté
De ses fameux remparts démentir la fierté;
Bientôt… Mais Wurts s’oppose à l’ardeur qui m’anime.
Finissons, il est temps: aussi bien si la rime
Allait mal à propos m’engager dans Arnheim,
Je ne sais pour sortir de porte qu’Hildesheim.

Oh! que le ciel, soigneux de notre poésie,
Grand roi, ne nous fit-il plus voisins de l’Asie!
Bientôt victorieux de cent peuples altiers,
Tu nous aurais fourni des rimes à milliers.
Il n’est plaine en ces lieux si sèche et si stérile
Qui ne soit en beaux mots par-tout riche et fertile
Là, plus d’un bourg fameux par son antique nom
Vient offrir à l’oreille un agréable son.
Quel plaisir de te suivre aux rives du Scamandre;
D’y trouver d’Ilion la poétique cendre;
De juger si les Grecs, qui brisèrent ses tours,
Firent plus en dix ans que Louis en dix jours!
Mais pourquoi sans raison désespérer ma veine?
Est-il dans l’univers de plage si lointaine
Où ta valeur, grand roi, ne te puisse porter,
Et ne m’offre bientôt des exploits à chanter?
Non, non, ne faisons plus de plaintes inutiles:
Puisqu’ainsi dans deux mois tu prends quarante villes,
Assuré des bons vers dont ton bras me répond,
Je t’attends dans deux ans aux bords de l’Hellespont.

Nicolas Boileau (1636-1711)
Le passage du Rhin, Teil 2

Nicolas Boileau: Le passage du Rhin

En vain, pour te louer, ma muse toujours prête,
Vingt fois de la Hollande a tenté la conquête:
Ce pays, où cent murs n’ont pu te résister,
Grand roi, n’est pas en vers si facile à dompter.
Des villes que tu prends les noms durs et barbares
N’offrent de toutes parts que syllabes bizarres;
Et, l’oreille effrayée, il faut depuis l’Issel,
Pour trouver un beau mot courir jusqu’au Tessel.
Oui, partout de son nom chaque place munie
Tient bon contre le vers, en détruit l’harmonie.
Et qui peut sans frémir aborder Voèrden?
Quel vers ne tomberait au seul nom de Heusden?
Quelle muse à rimer en tous lieux disposée
Oserait approcher des bords du Zuiderzée?
Comment en vers heureux assiéger Doèsbourg,
Zutphen, Wageninghen, Harderwic, Knotzembourg?
Il n’est fort, entre ceux que tu prends par centaines,
Qui ne puisse arrêter un rimeur six semaines:
Et partout sur le Whal, ainsi que sur le Leck,
Le vers est en déroute, et le poète à sec.

Encor si tes exploits, moins grands et moins rapides,
Laissaient prendre courage à nos muses timides,
Peut-être avec le temps, à force d’y rêver,
Par quelque coup de l’art nous pourrions nous sauver.
Mais, dès qu’on veut tenter cette vaste carrière,
Pégase s’effarouche et recule en arrière;
Mon Apollon s’étonne; et Nimégue est à toi,
Que ma muse est encore au camp devant Orsoi.
Aujourd’hui toutefois mon zèle m’encourage:
Il faut au moins du Rhin tenter l’heureux passage.
Un trop juste devoir veut que nous l’essayons.
Muses, pour le tracer, cherchez tous vos crayons:
Car, puisqu’en cet exploit tout paraît incroyable,
Que la vérité pure y ressemble à la fable,
De tous vos ornements vous pouvez l’égayer.
Venez donc, et sur-tout gardez bien d’ennuyer:
Vous savez des grands vers les disgrâces tragiques;
Et souvent on ennuie en termes magnifiques.

Au pied du mont Adule, entre mille roseaux,
Le Rhin tranquille, et fier du progrès de ses eaux,
Appuyé d’une main sur son urne penchante,
Dormait au bruit flatteur de son onde naissante:
Lorsqu’un cri tout-à-coup suivi de mille cris.
Vient d’un calme si doux retirer ses esprits.
Il se trouble, il regarde, et par-tout sur ses rives
Il voit fuir à grands pas ses naïades craintives,
Qui toutes accourant vers leur humide roi,
Par un récit affreux redoublent son effroi.
Il apprend qu’un héros, conduit par la victoire,
A de ses bords fameux flétri l’antique gloire;
Que Rhinberg et Wesel, terrassés en deux jours,
D’un joug déjà prochain menacent tout son cours.
Nous l’avons vu, dit l’une, affronter la tempête
De cent foudres d’airain tournés contre sa tête.
Il marche vers Tholus, et tes flots en courroux
Au prix de sa fureur sont tranquilles et doux.
Il a de Jupiter la taille et le visage;
Et, depuis ce Romain, dont l’insolent passage
Sur un pont en deux jours trompa tous tes efforts,
Jamais rien de si grand n’a paru sur tes bords.

Le Rhin tremble et frémit à ces tristes nouvelles;
Le feu sort à travers ses humides prunelles.
C’est donc trop peu, dit-il, que l’Escaut en deux mois
Ait appris à couler sous de nouvelles lois;
Et de mille remparts mon onde environnée
De ces fleuves sans nom suivra la destinée!
Ah! périssent mes eaux! ou par d’illustres coups
Montrons qui doit céder des mortels ou de nous.

A ces mots, essuyant sa barbe limoneuse,
Il prend d’un vieux guerrier la figure poudreuse.
Son front cicatrisé rend son air furieux;
Et l’ardeur du combat étincelle en ses yeux.
En ce moment il part; et, couvert d’une nue,
Du fameux fort de Skink prend la route connue.
Là, contemplant son cours, il voit de toutes parts
Ses pâles défenseurs par la frayeur épars:
Il voit cent bataillons qui, loin de se défendre,
Attendent sur des murs l’ennemi pour se rendre.
Confus, il les aborde; et renforçant sa voix:
Grands arbitres, dit-il, des querelles des rois,
Est-ce ainsi que votre âme, aux périls aguerrie,
Soutient sur ces remparts l’honneur et la patrie?
Votre ennemi superbe, en cet instant fameux,
Du Rhin, près de Tholus, fend les flots écumeux:
Du moins en vous montrant sur la rive opposée,
N’oseriez-vous saisir une victoire aisée?
Allez, vils combattants, inutiles soldats;
Laissez là ces mousquets trop pesants pour vos bras:
Et, la faux à la main, parmi vos marécages,
Allez couper vos joncs et presser vos laitages;
Ou, gardant les seuls bords qui vous peuvent couvrir,
Avec moi, de ce pas, venez vaincre ou mourir.

Nicolas Boileau (1636-1711)
Le passage du Rhin, Teil 1, Fortsetzung folgt

Le Rhin réunit tout

“Saint-Goar, 17 août.

Vous savez, je vous l’ai dit souvent, j’aime les fleuves. Les fleuves charrient les idées aussi bien que les marchandises. Tout a son rôle magnifique dans la création. Les fleuves, comme d’immenses clairons, chantent à l’océan la beauté de la terre, la culture des champs, la splendeur des villes et la gloire des hommes.

Et, je vous l’ai dit aussi, entre tous les fleuves, j’aime le Rhin. La première fois que j’ai vu le Rhin, c’était il y a un an, à Kehl, en passant le pont de bateaux. La nuit tombait, la voiture allait au pas. Je me souviens que j’éprouvai alors un certain respect en traversant le vieux fleuve…

…Ce soir-là… je contemplai longtemps ce fier et noble fleuve, violent, mais sans fureur, sauvage, mais majestueux. Il était enflé et magnifique au moment où je le traversais. Il essuyait aux bateaux du pont sa crinière fauve, sa barbe limoneuse, comme dit Boileau. Ses deux rives se perdaient dans le crépuscule. Son bruit était un rugissement puissant et paisible. Je lui trouvais quelque chose de la grande mer.

Oui, mon ami, c’est un noble fleuve, féodal, républicain, impérial, digne d’être à la fois français et allemand. Il y a toute l’histoire de l’Europe considérée sous ses deux grands aspects, dans ce fleuve des guerriers et des penseurs, dans cette vague superbe qui fait bondir la France, dans ce murmure profond qui fait rêver l’Allemagne.

Le Rhin réunit tout. Le Rhin est rapide comme le Rhône, large comme la Loire, encaissé comme la Meuse, tortueux comme la Seine, limpide et vert comme la Somme, historique comme le Tibre, royal comme le Danube, mystérieux comme le Nil, pailleté d’or comme un fleuve d’Amérique, couvert de fables et de fantômes comme un fleuve d’Asie.

Avant que l’histoire écrivait, avant que l’homme existait peut-être, où est le Rhin aujourd’hui fumait et flamboyait une double chaîne de volcans qui se sont éteints en laissant sur le sol deux tas de laves et de basaltes disposés parallèlement comme deux longues murailles. À la même époque, les cristallisations gigantesques qui sont les montagnes primitives s’achevaient, les alluvions énormes qui sont les montagnes secondaires se desséchaient, l’effrayant monceau que nous appelons aujourd’hui les Alpes se refroidissait lentement, les neiges s’y accumulaient; deux grands écoulements de ces neiges se répandirent sur la terre: l’un, l’écoulement du versant septentrional, traversa les plaines, rencontra la double tranchée des volcans éteints et s’en alla par là à l’Océan; l’autre, l’écoulement du versant occidental, tomba de montagne en montagne, côtoya cet autre bloc de volcans expirés que nous nommons l’Ardèche et se perdit dans la Méditerranée. Le premier de ces écoulements, c’est le Rhin; le second, c’est le Rhône…

…Le Rhin, dans les destinées de l’Europe, a une sorte de signification providentielle. C’est le grand fossé transversal qui sépare le Sud du Nord. La providence en a fait le fleuve-frontière; les forteresses en ont fait le fleuve-muraille. Le Rhin a vu la figure et a reflété l’ombre de presque tous les grands hommes de guerre qui, depuis trente siècles, ont labouré le vieux continent avec ce soc qu’on appelle pépée. César a traversé le Rhin en montant du midi; Attila a traversé le Rhin en descendant du septentrion. Clovis y a gagné sa bataille de Tolbiac. Charlemagne et Bonaparte y ont régné. L’empereur Frédéric-Barberousse, l’empereur Rodolphe de Hapsbourg et le palatin Frédéric Ier y ont été grands, victorieux et formidables. Gustave-Adolphe y a commandé ses armées du haut de la guérite de Caub. Louis XIV a vu le Rhin. Enguien et Condé l’ont passé. Hélas! Turenne aussi. Drusus y a sa pierre à Mayence comme Marceau à Coblenz et Hoche à Andernach. Pour l’œil du penseur qui voit vivre l’histoire, deux grands aigles planent perpétuellement sur le Rhin, l’aigle des légions romaines et l’aigle des régiments français.

…Ce noble Rhin que les Romains nommaient Rhenus superbus, tantôt porte les ponts de bateaux hérissés de lances, de pertuisanes ou de baïonnettes qui versent sur l’Allemagne les armées d’Italie, d’Espagne et de France, ou reversent sur l’ancien monde romain, toujours géographiquement adhérent, les anciennes hordes barbares, toujours les mêmes aussi; tantôt charrie pacifiquement les sapins de la Murg et de Saint-Gall, les porphyres et les serpentines de Bâle, la potasse de Bingen, le sel de Karlshall, les cuirs de Stromberg, le vif-argent de Lansberg, les vins de Johannisberg et de Bacharach, les ardoises de Caub, les saumons d’Oberwesel, les cerises de Salzig, le charbon de bois de Boppart, la vaisselle de fer blanc de Coblenz, la verrerie de la Moselle, les fers forgés de Bendorf, les tufs et les meules d’Andernach, les tôles de Neuwied, les eaux minérales d’Antoniustein, les draps et les poteries de Wallendar, les vins rouges de Taar, le cuivre et le plomb de Linz, la pierre de taille de Kœnigswinter, les laines et les soieries de Cologne; et il accomplit majestueusement à travers l’Europe, selon la volonté de Dieu, sa double fonction de fleuve de la paix, ayant sans interruption sur la double rangée de collines qui encaisse la plus notable partie de son cours, d’un côté des chênes, de l’autre des vignes, c’est-à-dire d’un côté le nord, de l’autre le midi; d’un côté la force, de l’autre la joie…”

(aus: Victor Hugo: Le Rhin, lettre XIV; Hugos Rheinbriefe sind komplett zu finden auf Google Books)

Lorely

Gérard de Nervals “Lorely; souvenirs d`Allemagne” von 1852 ist eines der weniger bekannten Werke des flirrenden Dichters, der nach wechselhafter Karriere auf den Straßen von Paris, über die er zuvor seinen Hummer Thibault spazieren zu führen pflegte, landete und sich schließlich an einem Fensterkreuz erhängte: selbstverständlich ein Bilderbuchschicksal für einen Dichter: stets mittendrin (z.B. wegen Schulden im Knast oder aufgrund von Zerrleuchtungen im Wahnsinn), innovativ, einsam, unterwegs und falsch verstanden. (Dafür dann halt in den Geschichtsbüchern notiert.) Da trifft es umso besser, daß die Lorely, auf www.archive.org in verschiedenen Formaten zugänglich, heuer auf Klick von einer synthetischen Text to Speech-Damenstimme vorgetragen wird, die das französische Original prosodisch streng geradeaus mit robotisch-angelsächsischem Akzent interpretiert und somit eine neue Gibberish-Variante schafft, deren Strom sich dem des Rheines und der Zeiten bewußtseinserweiternd überlagert. Und so beginnt Nervals Lorely, die Anrede gilt Jules Janin:

“(…) Vous la connaissez comme moi, mon ami, cette Lorely ou Lorelei, la fée du Rhin, dont les pieds rosés s’appuient sans glisser sur les rochers humides de Baccarach, près de Coblentz. Vous l’avez aperçue sans doute avec sa tête au col flexible qui se dresse sur son corps penché. Sa coiffe de velours grenat, à retroussis de drap d’or, brille au loin comme la crête sanglante du vieux dragon de l’Éden.
Sa longue chevelure blonde tombe à sa droite sur ses blanches épaules, comme un fleuve d’or qui s’épancherait dans les eaux verdâtre du fleuve. Son genou plié relève l’envers chamarré de sa robe de brocard, et ne laisse paraître que certains plis obscurs de l’étoffe verte qui se colle à ses flancs.
Son bras gauche entoure négligemment la mandore des vieux Minnesaengers de Thuringe, et entre ses beaux seins, aimantés de rose, étincelle le ruban pailleté qui retient faiblement les plis de lin de sa tunique. Son sourire est doué d’une grâce invincible et sa bouche entr’ouverte laisse échapper les chants de l’antique syrène.
Je l’avais aperçue déjà dans la nuit, sur cette rive où la vigne verdoie et jaunit tour à tour, relevée au loin par la sombre couleur des sapins et par la pierre rouge de ces châteaux et de ces forts, dont les balistes des Romains, les engins de guerre de Frédéric Barberousse et les canons de Louis XIV ont édenté les vieilles murailles.
Hé bien, mon ami, cette fée radieuse des brouillards, cette ondine fatale comme toutes les nixes du Nord qu’a chantées Henri Heine, elle me fait signe toujours: elle m’attire encore une fois!
Je devrais me méfier pourtant de sa grâce trompeuse, car son nom même signifie en même temps charme et mensonge; et une fois déjà je me suis trouvé jeté sur la rive, brisé dans mes espoirs et dans mes amours, et bien tristement réveillé d’un songe heureux qui promettait d’être éternel.
On m’avait cru mort de ce naufrage, et l’amitié, d’abord inquiète, m’a conféré d’avance des honneurs que je ne me rappelle qu’en rougissant, mais dont plus tard peut-être je me croirai plus digne. (…)”

Auguste Duméril sur les bords du Rhin (3)

Voilà, sans contredit, une des plus belles choses que j’ai vues, pendant ce voyage, où j’ai eu si souvent à partager mon admiration, entre les spectacles offerts par une admirable nature, et de magnifiques travaux, dus à la main de l’homme. Rien de plus imposant, que ces ruines gigantesques, dont le bombardement, ordonné par Louis XIV ; et la foudre, qui a détruit une aile, ont fait une des choses les plus curieuses qu’on puisse voir. Construit sur des montagnes, qui bordent le Neckar et dominant la ville, cette masse imposante de constructions, à demi-détruites, mais qui cependant laissent encore dominer l’ancienne ordonnance, semble témoigner de la puissance des anciens ducs palatins. D’une ancienne plate-forme, d’où la vue plonge sur la ville, sur le Neckar, si pittoresque, et au loin, sur le Rhin, et les montagnes qui le bordent, j’ai joui du ravissant spectacle du coucher du soleil. Ce vieux château, que l’on conserve avec tant de soin, je l’ai visité dans tous ses détails, et vous comprenez que je n’ai pas manqué de visiter les magnifiques caves où se voit le célèbre tonneau monstre, et qui contient je ne sais plus combien de centaines de milliers de bouteilles: c’est curieux, mais un peu prosaïque, au milieu de tout cet ensemble si pittoresque. Le lendemain matin, j’ai voulu voir le lever du soleil, sur une autre montagne, double au moins, en hauteur, de celle où est construit le château: j’étais en route à cinq heures et ¼, mais une fois en haut, le brouillard était tellement épais que j’en fus pour ma peine, mais n’en n’ai pas moins fait une charmante promenade, en redescendant la montagne, du côté du Neckar, et de là, on a de délicieux points de vue. Sur la rive opposée de cette rivière, et mi-côte, Fiedemann, alors absent, possède une charmante maison de campagne. J’ai vu, de loin, la maison où les étudiants vont se balafrer la figure: c’est une espèce de cabaret, où les combats ont lieu dans une grande salle: ils sont sévèrement interdits, mais l’amour de la balafre fait braver aux étudiants toutes les défenses. En rentrant en ville, en petit bateau, sur lequel j’ai descendu le Neckar, j’ai été visiter les collections d’anatomie, et j’ai reconnu, dans les préparations, celles qui ont servi aux ouvrages de Fiedemann: il y a de fort belles choses, mais vous comprenez que je n’ai vu tout cela que très rapidement, pas tellement cependant, que je n’aie pu prendre une idée de l’ensemble. A dix heures ½ du matin, ce jour-là (mardi) j’étais en route pour Karlsruhe: trois heures m’ont suffi pour voir cette ville, de construction bizarre, dont la régularité, non moins parfaite que celle de Mannheim, est cependant un peu différente. A la convexité de la demi lune, qui ferme le château, viennent aboutir une vingtaine d’allées, qui traversent le parc et la forêt du Harz, comme les lames d’un éventail. En avant de la concavité de cette demi-lune, et à une certaine distance du château, est construit un rang de maisons formant également un arc de cercle, dont la concavité répond à celle du château: ce rang de maisons est coupé par onze rues, qui s’en vont en divergeant, et en formant aussi un éventail: les rues transversales sont en demi-lune. On saisit parfaitement cette disposition, du haut d’une tour, située au centre du château: c’est vraiment quelque chose de tout particulier, et qui est peut-être plus agréable à l’œil que le damier de Mannheim. Le château est très beau, ainsi que le parc: c’est une petite ville peu animée, qui l’est cependant assez, je crois, pendant la résidence du duc de Baden-Baden, en hiver. Le soir, de ce même jour, je venais coucher à B.-B., où j’arrivai assez tôt pour aller voir, le soir, le lieu de réunion, qui présente un aspect tout à fait propre à un lieu de réunion de baigneurs. Le lendemain, j’ai fait une énorme promenade, de près de 6 heures, au Curiem, vieux château, d’où l’on jouit d’une admirable vue, et sur les autres montagnes, qui bordent la délicieuse vallée, au fond de laquelle est construite la ville, qui se trouve ainsi parfaitement abritée. En revenant de la promenade, j’ai été entendre un excellent concert en plein air, devant la salle de conversation, et qui se donne chaque jour, deux fois, aux frais du grand-duc, et après le dîner à table d’hôte: curieux, par le bizarre assemblage des gens de toute nation qui s’y voient, et par la somptuosité qui y règne: j’ai été à un bal de souscription, où j’ai retrouvé toute l’élégance parisienne, et je me suis donné l’émotion de risquer une vingtaine de florins, dont heureusement je n’ai laissé aucun, sur le tapis, mais je n’ai rien gagné: si j’avais dû rester plusieurs jours à Baden, je n’aurais pas joué, car je crois qu’on doit facilement se laisser entraîner. Le lendemain jeudi, je suis allé, de Baden, à Fribourg-en-Brisgau, où je ne suis resté que quelques heures, temps suffisant pour visiter la cathédrale gothique, l’aspect de la ville, qui est petit et assez triste, et les collections d’anatomie, qui sont fort belles. De là, je suis revenu sur mes pas, pour visiter Strasbourg, où j’ai passé 24 heures à peine, ayant bien des choses à y voir: la magnifique cathédrale, l’Eglise protestante de St Thomas, où est le beau tombeau du maréchal de Saxe; la maison gothique, près de l’Eglise, et enfin, les riches collections d’anatomie normale et pathologique de la faculté de médecine. Je suis revenu directement par la malle, en 36 heures, de sorte que j’étais ici le dimanche 27, à 4 heures du matin.

(aus: Journal de voyage d’Auguste Duméril sur les bords du Rhin 1846, aufgespürt und Rheinsein zugespielt von Roland Bergère.  Der Autor war seinerzeit Zoologe mit Spezialisierung auf Kriechtiere, Lurche und Fische und schön wärs sicherlich gewesen, er hätte dem Rhein auf seiner Reise auch solche entlockt und näher beschrieben – damals, zu Beginn der hochspannenden Übergangszeit von Fabelwesen hin zur modernen, von zahlreichen Tiersendungen im Fernsehen dokumentierten Gegenwartsfauna.
(Quelle: http://correspondancefamiliale.ehess.fr/))

Rheindampfschifffahrn! (3)

Gautier beschreibt im Verlaufe der Reise vornehmlich, und mit Schwerpunkt auf ihr modisches Auftreten, die zusteigenden Passagiere, darunter ein seltenes südamerikanisches Pärchen und kommt schließlich auf den Schiffsjungen: „N`oublions pas le garcon du bateau, vêtu d`un habit noir, cravaté de blanc dès l`aurore, qui, dans cette journée, fit au moins douze ou quinze lieues en allées et venues, portant à celui-ci du café, à cet autre du jambon, à un troisième des cigares ou de l`eau-de-vie, et qui, pâlissant de fatigue, mélait sur sa figure truitée les perles de la transpiration aux taches de rousseur. A la fin de jour, il était livide et ressemblait à ces laquais fantastiques décrits par Achim d´Arnim, et qui se remettent en service après leur mort, parce qu`ils doivent quelque petite chose aux vers. (…)“ Am Ende widmet Gautier sich einer armen alten lahmen Dame, und dann erst der (Stadt)Landschaft: „Le Mein se jette dans le Rhin presque en face de Mainz, que nous appelons Mayence, par suite de ce système absurde de traduction des noms qu`on devrait bien abandonner. – Cependant jambon de Mainz ferait un singulier effet! – C`est toujours un beau spectacle que la rencontre de deux grands cours d`eau dont l`un absorbe l`autre et l`entraîne à la mer en lui ôtant son nom: – ainsi l`homme débaptise la femme qu`il épouse. Mainz ou Mayence fait une assez bonne figure sur la rive du Rhin avec ses lignes de remparts denticulés, ses tours à échauguettes, son quai d`hôtels, son dôme gigantesque aux quatre campaniles, à la coupole mitrée, au clocher brodé de sculptures; ses églises aux nombreuses aiguilles, et la flotte de puissants bateaux à vapeur et d` embarcations de toute sorte amarrés à son quai. – Ce premier plan de navires, de barques, de kopps, entremêlant leurs tuyaux et leurs mâts, produit toujours un bon effet, et l`aquarelliste regrette que le Dampfschiff passe si vite. Un immense pont de bateaux traversant le Rhin, fort large à cette place, relie les deux rives du fleuve; en aval du pont, treize moulins, rangés en file, font tourner leurs grandes roues à aubes, comme les bateaux à vapeur, et l`on est étonné de les voir rester immobiles. Il semble qu`ils devraient descendre le Rhin avec vous. Lorsque le pont, en s`ouvrant, a donné passage au Dampfschiff, on a en face de soi, sur le quai, de grands bâtiments de style Louis XIV, ennuyeusement classiques, dont la couleur, d`un rouge aviné, est désagréable à l`oeil; le gris seul convient aux lignes sobres de cette architecture trop souvent imitée en Allemagne au XVIIe siècle. Mainz dépassé, le Rhin se tachète d`îles et se borde de villes et de villages si rapprochés les uns des autres, qu`à peine a-t-on le temps de chercher leurs noms sur la carte. Les rives, plates jusque-là, tendent à s`élever. A Bingen, situé au confluent de la Nahe, commence le Rhin des burgs et des burgraves, la partie véritablement pittoresque du voyage; les collines s`escarpent en montagnes, et les rochers presque à pic reserrent le cours du fleuve, qui s`étrangle et devient plus rapide. Au milieu des eaux bouillonnantes, se dresse sur un écueil, le Mausethurm, ou Tour de la Souris, presque en face les ruines d`Ehrenfels, fièrement perchées au sommet de la montagne. Cette entrée est du charactère le plus grandiose. Les hautes pentes de schiste et d`ardoise jettent leurs ombres sur le fleuve profondement encaissé; on se sent dans un endroit dangereux, dans un lieu sinistre aux naufrages et aus tragédies. C`était, en effet, un coupe-gorge de vingt heures de long que toute cette partie du Rhin.“

Balzac am Rhein (2)

“Les deux sous-aides, âgés de vingt ans au plus, obéirent à la poésie de leur situation avec tout l’enthousiasme de la jeunesse. De Strasbourg à Bonn, ils avaient visité l’Electorat et les rives du Rhin en artistes, en philosophes, en observateurs. Quand nous avons une destinée scientifique, nous sommes à cet âge des êtres véritablement multiples. Même en faisant l’amour, ou en voyageant, un sous-aide doit thésauriser les rudiments de sa fortune ou de sa gloire à venir. Les deux jeunes gens s’étaient donc abandonnés à cette admiration profonde dont sont saisis les hommes instruits à l’aspect des rives du Rhin et des paysages de la Souabe, entre Mayence et Cologne; nature forte, riche, puissamment accidentée, pleine de souvenirs féodaux, verdoyante, mais qui garde en tous lieux les empreintes du fer et du feu. Louis XIV et Turenne ont cautérisé cette ravissante contrée. Çà et là, des ruines attestent l’orgueil, ou peut-être la prévoyance du roi de Versailles qui fit abattre les admirables châteaux dont était jadis ornée cette partie de l’Allemagne. En voyant cette terre merveilleuse, couverte de forêts, et où le pittoresque du Moyen-âge abonde, mais en ruines, vous concevez le génie allemand, ses rêveries et son mysticisme. Cependant le séjour des deux amis à Bonn avait un but de science et de plaisir tout à la fois. Le grand hôpital de l’armée gallo-batave et de la division d’Augereau était etabli dans le palais même de l’Electeur. Les sous-aides de fraîche date y étaient donc allés voir des camarades, remettre des lettres de recommandation à leurs chefs, et s’y familiariser avec les premières impresssions de leur métier. Mais aussi, là, comme ailleurs, ils dépouillèrent quelques-uns de ces préjugés exclusifs auxquels nous restons si longtemps fidèles en faveur des monuments et des beautés de notre pays natal. Surpris à l’aspect des colonnes de marbre dont est orné le palais électoral, ils allèrent admirant le grandiose des constructions allemandes, et trouvèrent à chaque pas de nouveaux trésors antiques ou modernes. De temps en temps, les chemins dans lesquels erraient les deux amis en se dirigeant vers Andernach les amenaient sur le piton d’une montagne de granit plus élevée que les autres. Là, par une découpure de la forêt, par une anfractuosité des rochers, ils apercevaient quelque vue du Rhin encadrée dans le grès ou festonnéee par de vigoureuses végetations. Les vallées, les sentiers, les arbres exhalaient cette senteur automnale qui porte à la rêverie; les cimes des bois commençaient à se dorer, à prendre des tons chauds et bruns, signes de vieillesse; les feuilles tombaient, mais le ciel etait encore d’un bel azur, et les chemins, secs, se dessinaient comme des lignes jaunes dans le paysage, alors éclairé par les obliques rayons du soleil couchant. A une demi-lieue d’Andernach, les deux amis marchèrent au milieu d’un profond silence, comme si la guerre ne dévastait pas ce beau pays, et suivirent un chemin pratiqué pour les chèvres à travers les hautes murailles de granit bleuâtre entre lesquelles le Rhin bouillonne. Bientôt ils descendirent par un des versants de la gorge au fond de laquelle se trouve la petite ville, assise avec coquetterie au-bord du fleuve, où elle offre un joli port aux mariniers. – L’Allemagne est un bien beau pays, s’écria l’un des deux jeunes gens, nomme Prosper Magnan, à l’instant où il entrevit les maisons peintes d’Andernach, pressées comme des oeufs dans un panier, séparées par des arbres, par des jardins et des fleurs. Puis il admira pendant un moment les toits pointus à solives saillantes, les escaliers de bois, les galeries de mille habitations paisibles, et les barques balancées par les flots dans le port…”
(Fortgesetzt aus: Honoré de Balzac, La comédie humaine II, L’Auberge rouge.)

Neuf-Brisach

In der nur gelegentlich von motorisierten Rasern durchbrochenen Sonntagsruhe legt sich die Landschaft in aller Sorgfalt und mehreren Klarlackschichten über sich selbst. Um Mittag herum kündigen sich für den Abend Regenwolken an, erst wollen sie aber noch was über die Vogesenkämme zockeln. Vorm Basler Tor (wieviele Basler Tore hab ich in den letzten Tagen gesehen: zehn? zwanzig?) der oktogonal-sternförmigen Vauban-Festung Neuf-Brisach am Square Rhin et Danube ein Denkmal in Schwertform („à nos frères d`armes 1870-71“) einerseits und ein sehr zurückhaltendes laminiertes Pappschildchen mit einer Hommage eines anonymen Autors an die Ehemaligen andererseits: „Oyez… Oyez vous qui passez. Jeunes gens souvenez vous la plus part ont disparu, ceux qui restent sont fatigués par le poids d`années. Comme toi ils ont eu vingt ans mais pour eux c`était la guerre. Ils ont combattu, ils ont connu la misère, ils ont vu la mort, ils ont souffert dans leurs chair et dans leur coeur, mais toujours ils ont gardé l`espoir du retour et d`un monde meilleur. Ils ne demandaient rien. Mais je vous dis, fermez les yeux et ayez une pensée pour eux. Merci.“ Dazu ein Bild mit Soldaten, hinter die Festungsmauer geduckt. Kaum ist der Vaubansche Stern geentert, erklingt Musik: aufm Rasenstreifen an der Mauer ist heut ein Freiluft-Super-Karaoke eingerichtet, wo die auch am Wochenende weißbekittelte Bäckereiverkäuferin Blondietitel und französische Schlager nachsingt, notfalls mit Vollplayback. Abgerissenes Publikum, Bier aus Plastikbechern. Der erste Eindruck innerhalb der Mauern bestätigt sich an jeder Ecke: ein versifftes Örtchen, das schon als militärische Festung niemals sonderlich taugte und nun hinter seinen denkmalgeschützten Wällen gegen jeden Ausbau gefeit im eigenen Saft vor sich hingart. Erinnert mich an die Geschichte jenes elsässischen pot-au-feu, eines ewigen Eintopfs in einem riesigen Kessel, der in einem namenlosen Traditions-Restaurant jeden Tag wieder neu aufgefüllt doch immer noch Reste vom Vortag enthalten soll, sodaß er bis heute die geschmacklichen Essenzen vergangener Jahrhunderte enthalte. In einem Schaufenster ausgestellte Einmachgläser enthalten Choucroute garniture royale (mit Bauchspeckstreifen) und Baeckaoffa, einen früher auf der Restwärme der Brotbacköfen erwärmten Eintopf. In einem weiteren Schaufenster steht auf einem handgeschriebenen Zettel, daß Väter ganz besondere Menschen sind. In der Mitte des Städtchens der Exerzierplatz, auf dem heuer Markt gehalten wird. Erinnert stark an Saarlouis. Vauban halt: mauerdick, mit Graben außenrum und Glacis in jede Himmelsrichtung. Man stellt sich lebhaft die Louis XIV-Perücken beim sternförmigen Spaziergang übern staubigen Kopfstein vor: voltieren, hecken, zecken. Die Kirchglocken sind mittlerweile (als Friedenssymbol) mit denen des Breisacher Münsters abgestimmt und beide Städte jumeliert. Nun denn, und weil außer einer langsam näher rückenden Regenfront so ziemlich gar nichts los ist: auf zurück gen Breisach!

Hugo in Bacharach

Victor Hugo, der den Rhein für viel französischer hielt, als die Deutschen (ihn sich) denken, schrieb nicht nur von seinem Lieblingsstrom, sondern auch von einem symbolischen, noblen, feudalen, republikanischen, kaiserlichen Fluß, einem Sinnbild der Zivilisation, sowohl der Franzosen als auch der Deutschen würdig, z.B. Bacharach: „(…) Ich habe drei Tage in Bacharach verbracht, einer Art Pariser Altstadt-Gängeviertel, das hier am Rheinufer sowohl vom guten alten Geschmack à la Voltaire, von der Französischen Revolution, von den Schlachten Ludwigs XIV. als auch vom Kanonendonner der Jahre 1797 und 1805 und von den eleganten und weisen Architekten, die Häuser wie Kommoden und Sekretäre bauen, ganz vergessen worden ist. Bacharach ist wohl die älteste Anhäufung menschlicher Behausungen, die ich je gesehen habe. Im Vergleich mit Bacharach sind Oberwesel, St. Goar und Andernach vornehm wie die Rue de Rivoli. Bacharach ist das alte Bacchi Ara. Es sieht aus, als hätte ein Riese, der sich einen Trödlerladen am Rhein einrichten wollte, ein Stück Gebirge als Regal benutzt und darauf von oben bis unten mit seinem Riesengeschmack einen Haufen ungeheurer Kuriositäten aufgebaut. Die erste befindet sich schon im Rhein. Dort liegt unter dem Wasser ein Stein, in dem manche einen vulkanischen Felsen, die anderen einen keltischen Menhir, wieder andere einen römischen Altar sehen, den man Ara Bacchi nennt. Dann am Flußufer zwei oder drei wurmstichige alte Schiffsrümpfe, die, halbiert und aufrecht in die Erde gesteckt, Fischern als Hütte dienen; hinter den Hütten eine einst mit Zinnen bewehrte Ringmauer, die von vier quadratischen Türmen gestützt wird, wie man sie sich zerlöcherter, zerschossener und baufälliger nicht denken kann. Jenseits dieser Mauer, in die von den dahinterliegenden Häusern Fenster und Gänge gebrochen sind, ein unbeschreibliches Durcheinander von seltsamen Gebäuden, das bis zum Fuße des Berges reicht – wunderhübsche alte Häuser, abenteuerliche Türmchen, höckerige Fassaden, bizarre Giebel, die auf jeder Staffel ihrer doppelten Treppe ein Türmchen wie eine Spargelstange tragen, schwere Balken, die zarte Muster in den Häuserwänden bilden, verschnörkelte Dachböden, durchbrochene Balkone, philosophisch verräucherte Schornsteine, die eine Tiara oder Krone darstellen, und närrische Wetterfahnen, die keine Wetterfahnen, sondern in Metall geschnittene Initialen aus alten Manuskripten sind und im Winde knarren. (Einmal hatte ich ein R über meinem Kopfe, das sich die ganze Nacht hindurch selbst nannte: – rrrr.) Inmitten dieses herrlichen Durcheinanders liegt ein Platz – ein unregelmäßiger Platz wie aus zufällig vom Himmel gefallenen Häuserblocks, der mehr Buchten, Inselchen, Riffe und Vorgebirge hat als ein norwegischer Fjord. Auf der einen Seite dieses Platzes zwei vielflächige Körper aus gotischen Bauten, die sich vornübergeneigt, schief und grimassenschneidend dreist allen Regeln der Geometrie und des Gleichgewichts zum Trotz aufrecht halten. Auf der anderen Seite eine schöne und ungewöhnliche romanische Kirche mit rautenverziertem Portal und einem hoch ragenden befestigten Turm, die an der Apsis von einer Arkadengalerie aus schwarzen Marmorsäulchen umgeben und wie ein Juwelenkästchen überall mit Renaissance-Grabplatten ausgelegt ist. (…) Dieses alte Märchenstädtchen, das voller Sagen und Legenden steckt, wird von einem Völkchen malerischer Gestalten bewohnt, die alle, gleichgültig ob alt oder jung, ob Kinder oder Greise, ob Kropfhalsige oder hübsche junge Mädchen, im Blick, im Profil und in der Körperhaltung irgendwie an Gestalten des dreizehnten Jahrhunderts erinnern. Was die hübschen Mädchen dort keineswegs hindert, hübsch zu sein; im Gegenteil. (…)“