Quel dommage, monsieur, que nous soyons en Allemagne !

(…) Nous avions quitté les chemins briquetés de Hollande. Le pays était toujours très plat, très vert, mi-polders, mi-champs de cultures, avec, çà et là, de petits villages tranquilles, entourés joliment de bouquets de bois, et des petites maisons basses — fermes et laiteries — aux façades chaulées, aux toits de tuiles, dont le rouge jouait discrètement, sous un ciel gris perle, très profond et très doux.

Ce n’était plus la Hollande et ce n’était pas encore l’Allemagne. C’était un reste de Hollande dans très peu d’Allemagne, quelque chose d’intermédiaire qui donnait au paysage je ne sais quoi de plus gentiment mélancolique, un charme de chose très jeune ou très ancienne — je ne saurais dire — assez émouvant.

Et la route unie, sans une courbe, sans un ressaut, invitait à la vitesse.

Nul obstacle nulle part. Pas un caniveau, pas un dos d’âne : une piste bien entretenue de vélodrome. Scrupuleusement, les voitures que nous dépassions tenaient leur droite, et les charretiers, attentifs à leurs chevaux, nous saluaient au passage, sans servilité, presque en camarades.

Brossette me dit :

— Quel dommage, monsieur, que nous soyons en Allemagne !
— Pourquoi donc, Brossette ?
— Parce que je n’aime point ces gens-là… Et puis, monsieur, parce que voilà une route épatante où nous ferions facilement du quatre-vingt-dix… plus, peut-être…

Et, après un silence :

— C’est curieux !… Monsieur est bien sûr, au moins, que nous sommes en Allemagne ?
— Voyons !… Et la frontière ?… Tout à l’heure ?
Il haussa les épaules.
— Ça ? Une frontière ?… Oh ! là là !… Givet, oui… voilà une frontière… Mais du moment que monsieur est sûr ?

Et il grogna :

— Sale pays, tout de même !

Nous marchions lentement, comme dans une forêt enchantée, une forêt pleine d’embûches, de traquenards, de dangers, une forêt pleine d’ours, de tigres et de lions… Anxieux, nous interrogions l’horizon… Nous fouillions du regard, à droite et à gauche, la campagne, avec la peur de voir tout à coup surgir le casque à pointe du Règlement, avec la terreur de tout ce que devait cacher d’inconnu, de barbare, ce calme insidieux.

Et la 628-E8 était impatiente. On la sentait, toute frémissante d’élans retenus… Elle semblait encapuchonner son capot, comme un ardent étalon, son encolure, sous le mors qu’il mâche et qui le maîtrise. On eût dit vraiment qu’elle tirait sur le volant, comme un cheval sur ses guides… Je vis à l’horloge municipale d’un village qu’il était quatre heures et demie. Nous avions plus de deux cents kilomètres à faire, avant d’atteindre Dusseldorf, où nous eussions bien désiré arriver avant la nuit.

Pourquoi, à ce moment, songeai-je à la guerre de 70 ? Pourquoi justement, au lieu de ses horreurs, me revint à l’esprit cet épisode intime et consolant qu’au retour mon père m’avait conté ?

Il avait dû loger, pendant un mois, un général prussien, son état-major et sa suite. Très discret, d’une éducation parfaite, d’une bonne grâce très délicate, ce général n’avait pris de notre propriété que ce qui était indispensable à lui et à ses services. Il s’efforçait, par tous les moyens, de rendre moins humiliante, moins pénible, cette occupation, et il veillait à ce que rien – autant que cela était possible – ne fût changé des habitudes de la maison. Il se conduisait comme un hôte bien élevé, non comme un conquérant.

Un matin, il se fit annoncer chez mon père :

— Je viens d’apprendre, monsieur, lui dit-il, que vous avez un fils à l’armée de la Loire ?… Est-ce vrai ?
— Oui.
— Avez-vous de ses nouvelles ?
— Je n’en ai plus depuis longtemps déjà.
— Depuis quand, exactement ?
— Depuis Patay… soupira mon père.
— Ah !…

Puis :

— Voulez-vous me permettre de m’informer ?… Moi aussi, monsieur, j’ai des enfants… Je sais… Je sais… Cela ne vous désobligera pas que…
— Je vous en serai reconnaissant, au contraire… J’avoue que j’ai de grandes inquiétudes…

Le général demanda quelques renseignements complémentaires… et, saluant :

— À bientôt, j’espère…

Quelques jours après, il se présentait à nouveau… Il était tout souriant :

— J’ai des nouvelles de monsieur votre fils… Il est au Mans… Il se porte très bien… Je suis heureux d’avoir pu…

Puis :

— Je crois que nous touchons au terme de cette affreuse chose…

Puis encore :

— Voulez-vous me permettre de vous serrer la main ?

J’entendais encore mon père me dire qu’il n’avait jamais été plus touché par la bonté d’un homme, et que, jamais, il n’avait serré une main française avec autant de joie qu’il étreignit cette main allemande… C’est que mon père était, lui aussi, un brave homme… Dieu merci, il n’avait rien d’un héros de théâtre.

Sous l’impression de ce souvenir, je m’exaltai :

— Ma foi ! tant pis… m’écriai-je tout à coup… Arrivera ce qui pourra… Allons-y, Brossette, allons-y !

L’air était frais, la carburation excellente. La bonne C.-G.-V., lâchée, bondit et roula comme une trombe sur la route.

— L’accélérateur, Brossette !… Nous verrons bien…
— Sale pays ! répéta Brossette, en réglant ses gaz et donnant méthodiquement de l’avance à l’allumage.

En quelques minutes, nous fûmes à Emmerich, où nous traversâmes le Rhin, sur un bac à vapeur très puissant ; en quelques autres, à Clèves, dont nous escaladâmes les rues sinueuses et montueuses, à la grande joie des promeneurs – c’était un dimanche, – et sous la conduite d’un petit pâtissier, très fier d’être monté sur le marchepied, et qui nous mit gentiment sur notre chemin, de l’autre côté de la ville.

Ah ! quelle route !

Quelle route que cette route où nous mena le petit pâtissier de Clèves, la plus belle de ces belles routes du Rhin, construites par Napoléon, pour les affreux défilés de la guerre, et où, maintenant, passe ce que l’automobilisme apporte avec lui de civilisation moins rude, de sociabilité universelle et d’avenir pacificateur.

Elle était, cette route, bordée d’une double rangée de magnifiques ormes, avec du printemps très tendre, très jeune, entre leurs branches, une poussière de printemps, à peine rose, à peine verte, à la pointe de leurs branches ; elle était large, étalée, comme notre avenue des Champs-Élysées, douce et unie comme si elle eût été tendue de soie, et toute droite, si droite qu’on n’en voyait pas le bout, sinon, là-bas, tout là-bas, aux confins du ciel, un tout mince ruban jaune, un tout petit trait de pastel jaune que nous ne pouvions jamais atteindre… Et le soleil de cette fin de journée faisait avec les entrelacs de l’ombre, comme un tapis, tel que n’en tissèrent jamais les plus subtils artisans de la Perse.

Sur ce sol merveilleux, la machine, emportée au rythme d’un ronflement léger, régulier, infiniment doux – bruit d’ailes ou souffle de vent lointain – glissait, volait, ainsi qu’un oiseau rapide qui rase la surface immobile d’un lac.

Brossette ne disait plus rien, ne répondait plus à mes questions. Il était grave, regardait la route d’un œil légèrement bridé, et il écoutait chanter la belle chanson des cylindres.

Les champs me frappèrent par leur terre grasse, leur air cossu, leurs belles cultures, l’abondance de leurs troupeaux. Les villages, très propres, les seuils lavés, les fenêtres claires, les portes aux cuivres luisants avaient un aspect d’aisance tranquille. Partout cela sentait le travail, la sécurité, la richesse, je ne dis pas le bonheur, car le bonheur, c’est autre chose. Il ne se voit pas tout de suite aux yeux des hommes, comme le bien-être aux fenêtres des maisons. Il ne se voit qu’à la longue, il ne se voit pas souvent, il ne se voit presque jamais.

Nous prîmes de « la benzine » dans une petite ville dont je n’ai pas retenu le nom, ville de cinq mille habitants, à peu près, rebâtie, presque toute neuve, avec des rues larges, coupées de places ombragées, et des maisons où semblait régner un confort solide. Deux ponts, l’un tout neuf, l’autre très vieux, enjambaient, le premier, d’une seule courbe, le second, de deux arches gothiques, les deux bras d’une rivière, que bordaient de petites industries qu’à leur air actif et coquet l’on pressentait prospères.

Comme dans toute l’Allemagne, les édifices administratifs s’imposaient aux contribuables par leur monumentalité un peu effrayante, d’un goût horrible souvent, d’une opulence orgueilleuse et bien assise, toujours. Je m’étonnais grandement de voir, dans un endroit si peu important, tant de magasins de toute sorte, des boutiques de luxe, des soies drapées, des velours à traîne, des maroquineries étincelantes, des bijoux, des étalages de victuailles enrubannées, des charcuteries architecturales, ornées, comme des églises, un jour de fête. Partout l’abondance, la sensualité, la richesse.

Et je me disais :

— Ces objets ne sont pas là pour le simple plaisir de la montre. Il y a donc, dans ce petit pays, des gens qui les désirent et qui les achètent.

Je me disais encore, non sans mélancolie :

— Comme je suis loin de la France, des petites villes de France, de leurs rues mortes, de leurs maisons lézardées, de leurs boutiques sordides et fanées !… Chez nous, on ne travaille qu’à Paris, dans quelques grands centres, quelques villes du Nord, et dans le Sud-Est… Le reste s’étiole et meurt chaque jour. D’immenses richesses dorment inexploitées, partout. Qui donc, par exemple, songe à arracher aux Pyrénées le secret de leurs métaux ? Qui donc oserait confier des capitaux improductifs à cette jeunesse hardie qui, faute de trouver chez elle l’emploi de son activité et de sa force, est contrainte de s’expatrier et de travailler à l’enrichissement des autres pays ?… Comme je suis loin ici, de ces bons Français, rentiers et gogos, qui se disent toujours la lumière et la conscience du monde, et que je vois perpétuellement assis au seuil de leurs boutiques, devant la porte de leur demeure, abrutis et amers, crevant de leur paresse, s’appauvrissant de leur épargne, passant leurs lourdes journées à s’envier, se diffamer les uns les autres ! Nul effort individuel, nul élan collectif… Quand je reviens dans des régions traversées quelques années auparavant, je les retrouve un peu plus sales, un peu plus vieilles, un peu plus diminuées ; et chacun s’est enfoncé, un peu plus profondément, dans sa routine et dans sa crasse. Ce qui tombe n’est pas relevé. On met des pièces aux maisons, comme les ménagères en mettent aux fonds de culotte de leur homme. On ne crée rien. C’est à peine si on redresse un peu ce qui est par trop gauchi, si on remplace aux toits les ardoises qui manquent, les portes pourries, les fenêtres disloquées… N’ayant rien à faire, rien à imaginer, rien à vendre, rien à acheter, ils économisent… Sur quoi, mon Dieu !… Mais sur leurs besoins, leurs joies, leur dignité humaine, leur instruction, leur santé… Affreuses petites âmes, que ce grand mensonge antisocial, l’épargne, a conduites à l’avarice, qui est, pour un peuple, ce que l’artériosclérose est pour un individu. Ce n’est pas de leur bas de laine que la France a besoin, mais de leurs bras, de leur cerveau, de leur travail et de leur joie… Et ce n’est pas leur faute, après tout… On ne leur a jamais dit : « Vivez ! Travaillez ! » On leur a toujours dit : « Épargnez ! » Ils épargnent…

(aus Octave Mirbeau : La 628-E8, Bibliothèque Charpentier – Fasquelle, 1907)

Un fleuve devrait naître en public

„Que serait la terre sans les fleuves ? Les ponts fluviaux même les plus beaux perdraient les trois quarts de leur charme. On ne saurait plus au-dessus de quoi les bâtir. Louis XIV, au moment de passer le Rhin, se trouverait en face d’un terrain vague. Où se videraient les égouts de Paris ? Ou se suiciderait le comptable infidèle ? Le manque d’eau douce multiplierait les ravages de l’alcoolisme. On ne pourrait plus espérer revoir, comme au bon temps de 1910, le facteur distribuer le courrier en périssoire dans les boîtes de la rue Jacob.
On voit par là l’importance des fleuves. Ils vont tous se jeter dans la mer. C’est pourquoi ils naissent en montagne ; pour n’avoir pas de pente à remonter. On trouve, par exemple, en Haute-Loire, une dizaine de « vraies sources de la Loire ». Une petite fille fut refusée au Puy à son certificat d’études pour avoir dit que la Loire naissait « chez son papa ». C’était pourtant la vérité. La Loire sort dans ce pays d’un robinet d’étable. Il y a là une grosse imprudence de la part du gouvernement. Il suffirait que le propriétaire eut à se venger d’un batelier, disons d’Orléans pour qu’il ferme ce robinet. Voilà un fleuve à sec, le plus important de France. Les bateaux s’échouent dans les sables ; l’eau manque sur l’évier de la cuisine. Les femmes pleurent, les hommes sont aigris. Le gouvernement ne devrait jamais permettre aux fleuves de prendre naissance chez des particuliers. Un fleuve devrait naître en public.
La Seine est un fleuve historique. Et la Providence a voulu qu’elle arrose notre capitale. Si bien que le fleuve le plus célèbre de la France passe par sa plus illustre ville (c’est ce qu’on appelle le miracle français). Elle y coule entre deux remparts de vieilles pierres, de vieux livres et de jeunes peupliers, irisées de tâches de mazout sur lesquelles flotte une épluchure de mandarine.
Sous les ponts, les clochards, à plat ventre, rampent lentement, le bras tendu, vers un litre de rouge. L’eau sent le comptable suicidé.
Le soleil brille.
Et c’est ainsi qu’Allah est grand.“

(Alexandre Viallate, Chroniques de la Montagne 1962-1971)

Nie ankommen – Köln Poem

Vergangenes Jahr hat der Sprungturm Verlag Jens Hagens Köln-Poem Nie ankommen herausgegeben, ein geschmackvoll schlicht gestaltetes Buch, dem eine CD mit vom Autor eingesprochenen Gesamttext beiliegt – für lyrische Publikationen eine gute, beinahe schon zwingende Idee.

Das erzählerische Langgedicht ist in vier eigenständig lesbare Teile gegliedert. Der erste davon, Dann geh ich mit Picasso in den Park, läßt sich als Grundanstrich betrachten. Mit Köln hat er leidlich wenig zu schaffen, scheint vielmehr überwiegend in Frankreich angesiedelt, zumindest tauchen als konkrete Ortsangaben einzig ein Kernkraftwerk an der Loire, der Boulevard périphérique und das Meer bei Trévignon auf. Auch das Personal verweist zu Teilen auf den südwestlichen Nachbarn, der immerhin 20 Jahre lang (von 1794 bis 1814) die Kölner Geschicke bestimmte: neben diversen Rock- und Jazzgrößen, Till Eulenspiegel und Richard Wagner, Brutus und General Custer tauchen die drei Musketiere samt d’Artagnan, Arthur Rimbaud, Victor Hugo und der Enkel von François Villon auf. Es könnte sich bei diesem Auftakt um einen Traum handeln, der Geschichten und Geschichte durcheinanderwirft und auf die einsetzende Postmoderne verweist, einen raschen Irrlauf durch einen Hippie-Bezugspunkteparcours, in dem die apokalyptischen Reiter in Limousinen vorfahren, ein für den Entstehungszeitraum typischer Bewußtseinsstrom, der das Fegefeuer, Werbeplakate, Betonterrassen, Auseinandersetzungen zwischen Demonstranten und Polizisten, Motocrossmaschinen, Liveauftritte bei der Fernsehfasenacht, strahlende Substanzen und bekannte Songzeilen der Beat-Ära mit sich reißt, durcheinanderwirbelt und wieder ausblendet, um schließlich den Vorhang zu lichten für den zweiten Teil:

Fragmente vom Rudolfplatz. Der Platz mit der Hahnentorburg, an der berüchtigten Ringstraße gelegen, zugleich Knotenpunkt für über- und unterirdische Stadtbahnlinien steht für das Abenteuer Großstadt, Autos gegen Menschen, Wasserwerfer gegen Demonstranten, erotisch geladene Straßenszenen. Wieder blendet Jens Hagen geschichtliche Epochen übereinander: Mittelalter, preußische Herrschaft, Drittes Reich, das 1960er-Ganovenmilieu an den Ringen und die studentischen Feminismusdebatten der 80er-Jahre. Das Personal besteht nun aus Gestalten des Kölner Stadtgedächtnisses: Die heilige Ursula, Albertus Magnus, Stephan Lochner, Thomas von Aquin, Jacques Offenbach, Orgels-Palm und Rolf Dieter Brinkmann tauchen auf, Jens Hagens Freund, der Straßenmaler und Musiker Manni Löhe, geleitet „im sozialen Netz von Schnaps und schalem Biergeruch“ als kölnisiertes Mischwesen zwischen Dantes Vergil und dem Rattenfänger von Hameln tanzend und flötend durch die Assoziationsstränge. Der Rhein erreicht den Platz in selbstbezüglicher Karnevalsverkleidung („Am Rhein nur / Tschingpeng / Rrammtamm / Geborrrarängtschingwummplängsein…) und verliert sich im umgebenden Ambiente des Gemüsemarkts, der Kaufhäuser, Spielhallen, Nachtbars. Heißes Pflaster Köln hieß ein Film Ernst Hofbauers von 1967 über die Kriminellenszene an den Ringen. Direkt diesem Film entsprungen scheint Hagens Rudolfplatz-Protagonistin Pretty Woman, eine Prostituierte, die ihre Einnahmen an Zuhälter abliefert und Schläge kassiert, um erneut übers Pflaster zu stöckeln. Das tausendjährige Kölle präsentiert sich als mosaikartiges, aus durcheinandergewürfelten Momentaufnahmen diverser Asfaltwahrheiten bestehendes, von Zitaten Jim Morrisons oder der Rolling Stones durchsetztes Fresko, zusammengestaucht aus Spiegelbildern innerer Filme, einem Hechtsprung in die Hinterlassenschaften der Kallendresser oder dem sonnenbeschienenen Totentanz eines handelsüblichen Nachmittags.

Teil 3, City Poem, entfaltet sich in einer Klammer aus Haikus über den abendlichen und morgendlichen Rhein. Radiosounds, gewiß aus dem WDR-Programm, Liedfetzen und Nachrichtenschnipsel erklingen, das Geraune geht über in typisches Alltagsgeschehen der Innenstadt, ein von kleinen Leuten bevölkertes Panorama mit Currywurst-Geruch und seitlichen Einflüsterungen: „Wollen wir fernsehen? / MTV bei C&A / Auf sechzehn Monitoren?“. Der Text widmet sich den wandelnden Massen der Fußgängerzone und Altstadt, lupt auf einzelne Passanten und ihre Hunde: „Dackel sind verrückt.“ Das Personal besteht nun aus anonymen Gestalten, Tieren und Verlierern: dem Schlurfer mit dem weißen Mantel, dem Einbeinigen, der immer Zigarettenstummel sucht, der Zwangsverschickerin vom Ausländeramt, einem durchtrainierten deutschen Oberunterfifi, dem Ratten- und dem Taubenpack, den Streifenbullen und Fisternöllchen, dem Yogi auf dem Warmluftschacht. „Gesellschaftskunde gucken“ heißt das in City Poem, wenn Börsenmeldungen, Protestsongs und Werbebotschaften auf Stadtflaneure treffen: „Am Tage sind die Straßen hier Vollstress / Aber nachts gehört die City unsereins“. Unter dem Kölner Pflaster liegen in Abwandlung eines berühmten Sponti-Spruchs das Breitbandkabel und Agrippinas, der Stadtmutter, Kanapee, auf dem sie mit wer weiß schon wem alles rumfummelte. Zwischenzeitlich geht der Gaul mit dem Dichter durch, sein Parlando gerät in Endreime oder den Sog des Rhythmus von Carl Perkins Blue Suede Shoes, um sich schließlich wieder zu beruhigen und auf leisen Sohlen in eine Chargesheimer-Ausstellung zu entführen, dessen Schwarzweißfotos das Kölnklischee maßgeblich prägten. Zum endgültigen Herunterkommen dient die Überquerung der Lebensader: „Die Brücke, morgens. / Nach langem Gehen hellwach, / Schau ich auf den Rhein.“

Zeitwärts, ufernah, der letzte Teil, ist bei fortgesetzter Plakativität der intensivste, spirituellste. Er handelt von Aufbruch-, Sehnsuchts- und Fluchtbestrebungen der Kriegs- und Nachkriegsgeborenen in eine bessere Welt wie sie in Liedern, Träumen, Geschichten, Kindheitserinnerungen, in der Nacht, im Rausch der „Säfte des Waswärewenn“ millionenfach vorkommt. Den Bombeneinschlägen entronnen, verlegt sich das Entkommenwollen auf das Nazinachfolgeland, es gilt der herrschenden normiert-numerierenden Spießigkeit, dem Versauern bei dumpfer Fabrikarbeit, dem Krieg in den Medien, dem Haste-was-biste-was-Denken, wichtigtuerischen Geschwafel und Einig-tschland-Wufftata, dem Karrierezwang Paroli zu bieten. Die Seitwärtszeituhr des Erfinders Stolk schlägt dem Erzähler den Takt und hilft ihm, in die Utopien fördernde Kindheit zurückzureisen: „Erforschten in Rinnsalen die Quellen des Nils, / Schossen Liebesperlen aus Pistolen“, der Rhein mutiert flugs zum Mississippi Huck Finns oder zu Stevenson’schen Schauplätzen: „An Wolkenrändern / Im Dunst überm Fluss schweben / Schatzinselmöwen.“ Den Sehnsüchten linker Jugendjahre verschnitten präsentiert das Gedicht deren gerechte Ergebnisse, Beispiele für inneren Wertewandel „vom Kreml ins Weiße Haus“, „von Al Fatah zum Muttertag“, „vom Schwarzen Block ins Blumenkästchen“, „von Dobermann auf Schäferhund“. Ob sich Glück mit einer Kurve nachzeichnen läßt? Nie ankommen oder: Ein Atheist im Kreuzgang sollte der vierte Teil ursprünglich heißen, in dem der Fluß für die Möglichkeiten des Unmöglichen auch noch im Jetzt das Bild liefert: „Am Rhein hier weit weg / Der Schiffe Tuckern erzählt / Von allem und nichts“

Nie ankommen ist ein lyrisches Konzeptalbum mit vier Longsongs im Sound der 70er-Jahre. Bei der ersten Lektüre haben wir die Verse in Zimmerlautstärke skandiert, das Schriftbild forderte dazu auf: Klanglichkeit und Rhythmus stellen tragende Komponenten der Textkomposition vor. Jens Hagens Vortrag auf CD wirkt bei den ersten drei Teilen, die im Studio eingesprochen wurden, gelassen, beim letzten, einem Livemitschnitt, getrieben. Seine Worte sprechen von den Träumen einer Generation, die im Geflecht der Zeitalter längst von moderneren Trieben überwuchert werden, so wie in Nie ankommen rückblickend-vorausschauend „die Halbwertszeit der Mandelblüte“ berechnet wird, deren essentielle Eigenschaften in Schönheit, Kürze und Wiederkehr bestehen.

Jens Hagen: Nie ankommen. Köln Poem, Sprungturm Verlag, Köln, Hardcover, Leineneinband, 19 x 14 cm, 104 Seiten plus Audio-CD, 19.90 Euro, ISBN: 978-3-9815061-8-1

La mulette du Rhin

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“La mulette du Rhin (Unio margaritifera, Brugn.). Grande coquille épaisse et d’une belle nacre, que l’on trouve dans le Rhin, la Loire et quelques autres rivières. On en retire des perles assez belles et qui sont utilisées. C’est probablement à cette espèce qu’il faut rapporter ce que dit Valmont de Bomares des perles de Lorraine pêchées dans la Vologne, dont le duc Léopold s’était réservé la propriété, et dont une abbesse de Mons s’était fait un collier. Une mulette bien connue est celle nommée moule des peintres, qui sert à recevoir les couleurs dont les artistes se servent.
Les perles sont très-recherchées des femmes pour leur parure ; mais on en fabrique un très-grand nombre de fausses avec de petites ampoules de verre enduites intérieurement de colle de poisson chargées d’essence d’Orient, tirées des écailles de l’ablette, et ensuite remplies de cire fondue. Ces fausses perles imitent très-bien les véritables, et leur fabrication forme aujourd’hui un art assez important.”

Nicolas-Jean-Baptiste-Gaston Guibourt, Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d’histoire naturelle professé à l’École de pharmacie de Paris. Tome 4 (Paris, 1869-1870)
Abbildung: Charles-Auguste Millet, Les merveilles des fleuves et des ruisseaux, 3e édition illustrée de 66 vignettes sur bois par A. Mesnel (Paris 1888)

“Die Flussperlmuschel (Margaritifera margaritifera) ist eine der großen Süßwasser-Muscheln, die im Deutschland des beginnenden 21. Jahrhunderts als vom Aussterben bedrohte Tierart gilt.
Die Flussperlmuschel kann nach neuesten Ergebnissen ein Alter von bis zu 280 Jahren erreichen. Größe und Alter nehmen nach Norden hin zu, so wird sie in Spanien meist nur 8–10 cm groß und etwa 60–70 Jahre alt, während sie in Schweden bis zu 280 Jahre alt und 14 cm groß wird. Ihre Vermehrung ist ein komplexer, da an anspruchsvolle Voraussetzungen gebundener, störanfälliger Prozess mit mehreren Zwischenstadien. Nachdem die winzigen Frühformen (Glochidien) der Muschel geschlüpft sind, benötigen sie als Wirt die Bachforelle, in deren Kiemenbereich sie zehn Monate parasitisch leben; andere Fischarten sind als Wirt nicht geeignet. Sie wachsen von ca. 0,05 mm zur 0,5 mm großen Jungmuschel heran. Etwa im Mai, wenn die Temperatur und das Bachbett stimmig sind, lassen sie sich im Flussbett zwischen die Kiesel und Steine am Gewässergrund fallen und graben sich dort ein. Dort leben sie versteckt und kommen erst nach etwa sieben Jahren, im ausgewachsenen Stadium und mit der inzwischen gebildeten harten Schale, an die Oberfläche des Gewässergrundes. Sie verbringen dann den Rest ihres Lebens weitgehend stationär. In der Strömung lassen sie das Wasser durch ihre Kiemen fließen und filtern dabei Nahrungspartikel heraus. In ökologisch intaktem Umfeld bildet die Flussperlmuschel Kolonien.
Man bezeichnet die großen Flussmuscheln, einschließlich der Flussperlmuschel, auch als Najaden. (…)
Zur Zeit der deutschen Kleinstaaten und Fürstenhöfe bis zum 18. Jahrhundert wurde sie teilweise gezielt angesiedelt und effektiv mit drakonischen Strafen (z. B. Abhacken der Hand) geschützt, so im Odenwald und in der Eifel nachweisbar. Das Recht zur Suche nach Perlen wurde als Perlregal bezeichnet. Von vor 300 Jahren sind Perlmuschelbänke mit mehr als tausend Tieren pro Quadratmeter bekannt.
Mit dem Einmarsch der Franzosen 1794 erlosch das Perlregal in weiten Teilen Deutschlands, wodurch ein Raubbau ermöglicht wurde. (…)
Es enthalten nur wenige Muscheln tatsächlich Perlen: Die Angaben reichen von 0,05 % bis zu 4 % (eine Perle auf 2.000 bzw. 25 Muscheln).
Die Flussperlmuschel ist heute in Deutschland sehr selten. Gründe für den Bestandsrückgang sind: Verschmutzung der Gewässer durch Überdüngung, Abwassereinleitung und Streusalz; Versandung der Bäche; Verdrängung der Bachforelle, die als Wirtstier der Muschel dient, durch die eingeführte Regenbogenforelle; Aussterben des Lachses, der als Wirtstier dient; Vernichtung ganzer Bestände durch Perlenräuber in früheren Zeiten; neue Fressfeinde durch die Neozoen Bisamratte und Waschbär”
(Wikipedia, Stand: 17. August 2014)

Where the Rhine starts

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“The Rhine starts in fact where I come from… -”

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“Switzerland, Mont Saint Gothard…”

Der junge, von seiner Klasse leicht überforderte Lehrer, der beim Erklären der Flüsse vom Englischen ins Französische switcht, heißt Raymond. Raymond ist allerdings nur ein Rollenname. Denn beide Szenen entstammen einem Spielfilm aus dem Jahr 1968, den wir in den folgenden Tagen mit weiteren Stills vorstellen möchten. Um welchen Film es sich handelt, soll jetzt noch nicht verraten werden – wir nehmen aber gerne kenntnisreiche oder rein spekulative Kommentare zu seinem Titel entgegen. (Es ist hier noch ein Buchpreis übrig, weil das rheinsein-Preisrätsel bisher ungelöst blieb.)

Zurück zu Raymond: ob seine Schweizer Film-Abstammung für das Klischee des großzügigen, aber biederen Jungehemanns herhalten soll bleibt ebenso ungewiß wie vieles in diesem experimentellen B-Machwerk, das in den Annalen der Filmhistorie bisher offenbar noch nie als das bezeichnet wurde, was es unter anderem auch ist: einer von wenigen bemerkenswerten Spielfilmen mit Hauptspielorten links und rechts des Rheins in seiner Eigenschaft als Grenzlinie zwischen dem schlurig-vernebelten Elsaß und dem schönen Badnerland mit seinen urigen Kirschwasser-Beizen, sowie der kartoffeligen Pfalz.

Interessant auch, daß die Rheinlänge auf der Schultafel 1298 Kilometer beträgt. Leider erwähnt Raymond während seiner etwas turbulenten Unterrichtseinheit nicht, welche Messung dieser Angabe zugrunde liegt. (Für einen sachdienlichen Hinweis, wie die oben zu sehende Kilometerzahl zustande gekommen sein mag, würden wir den Buchpreis ebenfalls springen lassen.)

Le Rhin réunit tout

“Saint-Goar, 17 août.

Vous savez, je vous l’ai dit souvent, j’aime les fleuves. Les fleuves charrient les idées aussi bien que les marchandises. Tout a son rôle magnifique dans la création. Les fleuves, comme d’immenses clairons, chantent à l’océan la beauté de la terre, la culture des champs, la splendeur des villes et la gloire des hommes.

Et, je vous l’ai dit aussi, entre tous les fleuves, j’aime le Rhin. La première fois que j’ai vu le Rhin, c’était il y a un an, à Kehl, en passant le pont de bateaux. La nuit tombait, la voiture allait au pas. Je me souviens que j’éprouvai alors un certain respect en traversant le vieux fleuve…

…Ce soir-là… je contemplai longtemps ce fier et noble fleuve, violent, mais sans fureur, sauvage, mais majestueux. Il était enflé et magnifique au moment où je le traversais. Il essuyait aux bateaux du pont sa crinière fauve, sa barbe limoneuse, comme dit Boileau. Ses deux rives se perdaient dans le crépuscule. Son bruit était un rugissement puissant et paisible. Je lui trouvais quelque chose de la grande mer.

Oui, mon ami, c’est un noble fleuve, féodal, républicain, impérial, digne d’être à la fois français et allemand. Il y a toute l’histoire de l’Europe considérée sous ses deux grands aspects, dans ce fleuve des guerriers et des penseurs, dans cette vague superbe qui fait bondir la France, dans ce murmure profond qui fait rêver l’Allemagne.

Le Rhin réunit tout. Le Rhin est rapide comme le Rhône, large comme la Loire, encaissé comme la Meuse, tortueux comme la Seine, limpide et vert comme la Somme, historique comme le Tibre, royal comme le Danube, mystérieux comme le Nil, pailleté d’or comme un fleuve d’Amérique, couvert de fables et de fantômes comme un fleuve d’Asie.

Avant que l’histoire écrivait, avant que l’homme existait peut-être, où est le Rhin aujourd’hui fumait et flamboyait une double chaîne de volcans qui se sont éteints en laissant sur le sol deux tas de laves et de basaltes disposés parallèlement comme deux longues murailles. À la même époque, les cristallisations gigantesques qui sont les montagnes primitives s’achevaient, les alluvions énormes qui sont les montagnes secondaires se desséchaient, l’effrayant monceau que nous appelons aujourd’hui les Alpes se refroidissait lentement, les neiges s’y accumulaient; deux grands écoulements de ces neiges se répandirent sur la terre: l’un, l’écoulement du versant septentrional, traversa les plaines, rencontra la double tranchée des volcans éteints et s’en alla par là à l’Océan; l’autre, l’écoulement du versant occidental, tomba de montagne en montagne, côtoya cet autre bloc de volcans expirés que nous nommons l’Ardèche et se perdit dans la Méditerranée. Le premier de ces écoulements, c’est le Rhin; le second, c’est le Rhône…

…Le Rhin, dans les destinées de l’Europe, a une sorte de signification providentielle. C’est le grand fossé transversal qui sépare le Sud du Nord. La providence en a fait le fleuve-frontière; les forteresses en ont fait le fleuve-muraille. Le Rhin a vu la figure et a reflété l’ombre de presque tous les grands hommes de guerre qui, depuis trente siècles, ont labouré le vieux continent avec ce soc qu’on appelle pépée. César a traversé le Rhin en montant du midi; Attila a traversé le Rhin en descendant du septentrion. Clovis y a gagné sa bataille de Tolbiac. Charlemagne et Bonaparte y ont régné. L’empereur Frédéric-Barberousse, l’empereur Rodolphe de Hapsbourg et le palatin Frédéric Ier y ont été grands, victorieux et formidables. Gustave-Adolphe y a commandé ses armées du haut de la guérite de Caub. Louis XIV a vu le Rhin. Enguien et Condé l’ont passé. Hélas! Turenne aussi. Drusus y a sa pierre à Mayence comme Marceau à Coblenz et Hoche à Andernach. Pour l’œil du penseur qui voit vivre l’histoire, deux grands aigles planent perpétuellement sur le Rhin, l’aigle des légions romaines et l’aigle des régiments français.

…Ce noble Rhin que les Romains nommaient Rhenus superbus, tantôt porte les ponts de bateaux hérissés de lances, de pertuisanes ou de baïonnettes qui versent sur l’Allemagne les armées d’Italie, d’Espagne et de France, ou reversent sur l’ancien monde romain, toujours géographiquement adhérent, les anciennes hordes barbares, toujours les mêmes aussi; tantôt charrie pacifiquement les sapins de la Murg et de Saint-Gall, les porphyres et les serpentines de Bâle, la potasse de Bingen, le sel de Karlshall, les cuirs de Stromberg, le vif-argent de Lansberg, les vins de Johannisberg et de Bacharach, les ardoises de Caub, les saumons d’Oberwesel, les cerises de Salzig, le charbon de bois de Boppart, la vaisselle de fer blanc de Coblenz, la verrerie de la Moselle, les fers forgés de Bendorf, les tufs et les meules d’Andernach, les tôles de Neuwied, les eaux minérales d’Antoniustein, les draps et les poteries de Wallendar, les vins rouges de Taar, le cuivre et le plomb de Linz, la pierre de taille de Kœnigswinter, les laines et les soieries de Cologne; et il accomplit majestueusement à travers l’Europe, selon la volonté de Dieu, sa double fonction de fleuve de la paix, ayant sans interruption sur la double rangée de collines qui encaisse la plus notable partie de son cours, d’un côté des chênes, de l’autre des vignes, c’est-à-dire d’un côté le nord, de l’autre le midi; d’un côté la force, de l’autre la joie…”

(aus: Victor Hugo: Le Rhin, lettre XIV; Hugos Rheinbriefe sind komplett zu finden auf Google Books)

Der Rhein

Du heil`ger Strom, gebenedeiter Strand,
Wo ist ein Deutscher, der nicht frommen Dranges,
Ein andachtglüh`nder Pilger an dir stand?
Wo ist ein Schwan germanischen Gesanges,
Deß Flügelschlag nicht über dir gerauscht,
Der nicht dem Säuseln deines Schilfs gelauscht,
Der nicht gewiegt sich auf dem deutschen Ganges?

Du bietest allen deinen Friedenskuß,
Den Landen rings, der Berge blauen Reigen;
Naht nicht mit Euren Schwertern diesem Fluß,
Laßt Eure Fahnen tief sich vor ihm neigen!
Auf dieser Wasser stillem Bette ruht
Des Volkes Stolz – zum Pfühl dient ihm die Fluth
Erweckt ihn nicht, antastet nicht sein Eigen!

Er ruht und träumt-, der Wellen Schlummerlied
Hat eingewiegt den blondgelockten Recken;
Des Wasserspiegels wallend Nebeln zieht,
Des Kaiserlichen Träumers seidne Decken;
Wer will ihm rauben, was er theu`r erkauft,
Was er mit blut`gen Weihungen getauft,
Wer wagts, aus seinem Schlummer ihn zu schrecken?

Der Fluß ist sein! Aus dieser Schale trinkt
Der deutschen Liebe und der Sehnsucht Taube,
Umher in duftigem Gewinde blinkt
Des deutschen Weines feu`rdurchglühte Traube,
Und wo die hohen Kathedralen steh`n,
Versteinte Siegsgesänge der Ideen,
Da wohnt der deutsche Friedensfürst, der Glaube.

Horch, wie den Strom das Läuten überklingt!
Hell singend kommt die Wallerschaar gezogen,
Im leichten Kahn, der mit dem Schaume ringt,
Von blüh`ndem Kranz und weh`ndem Band umflogen;
Auf morschem Erker zagend lauscht das Reh,
Vom Ringeltanz ins Dickicht schlüpft die Fee -
Das ist der deutsche Rhein, das ist sein Wogen!

Der deutsche Rhein! Seit aus des Epheus Blühn
Die grauen Burgen sonnig niederschauen;
Seit vielgethürmte große Städte kühn
Mit ihren Zinnen seine Wellen stauen;
Seit auf der Männer Stirn, ein Paraclet,
Flammenden Hauches der Gedanke steht,
Die stille Andacht auf der Stirn der Frauen:

Seit durchs Portal von diesen Felsenhöh`n
Der neuen Aera Morgengluth gedrungen,
Und unter ihm, in Heller Glorie Wehn,
Der Karol Magnus sein Panier geschwungen;
Seit in den Blenden, überwiegt von Grün,
Wie sinnend grüßende Gestalten blüh`n,
Roland, Fastrade und die Nibelungen;

Seit, dessen Herrlichkeit die Welt umspannt,
Der Barbarossa thronte zu Gerichte,
Als Reichskleinod die Erde in der Hand:
Seit Eschilbach, der Kaiser im Gedichte,
Die goldnen Klänge alter Melodein,
Zur Krone sich verflocht, ist dieser Rhein
Pulsaderstrom germanischer Geschichte.

Sie hütet still und ernst ihr Eigenthum,
Indeß der Dichtkunst Arme sie umranken;
Zu beider Füßen ruht der deutsche Ruhm,
Ein grauer Löwe mit gewalt`gen Pranken,
Der an der Milch der Schlachten aufgenährt,
Den blut`gen Flamberg hütet und das Schwert,
Das wir geschweißt aus ehernen Gedanken.

Derselbe, der den Libanon durchschritt,
Vom Zorn blutgier`ger Feinde wild umschnoben,
Der einst Byzanz und Accon niederstritt,
Der Roma`s Aar ins Banner sich gewoben;
Der grimmig hingestreckt auf seinem Schild,
Dalag in dem Roncalischen Gefild`,
Der Pranken Trutz gen Mailand aufgehoben:

Vor dem Sicllien und das welsche Land
Wie vor des Aetna`s Flammenguß gezittert,
Der von der Seine grünem Hügelland`
Bis zur Loire neulich noch gewittert;
Derselbe Leu: und donnernd tönt sein Ruf:
Weh` über euch, wenn Eurer Rosse Huf
Das Ufer meines Rheines nur erschüttert!

(Levin Schücking, 1840)