Victor Tissot über Köln und seinen Hauptbahnhof

“On part, on est arrivé”, écrivait Jules Janin, racontant aux lecteurs des Débats le premier voyage en chemin de fer de Paris à Saint-Germain.

Cette manière brève et rapide de rendre compte d’un voyage pourrait s’appliquer au trajet nocturne de Paris à Cologne, si deux visites douanières à Erquelines et à Herbesthal ne venaient réveiller de sa douce somnolence le voyageur qui a contracté l’habitude de dormir dans le cadre du sleeping, ou même sur les simples coussins du wagon.

On se réveille définitivement et pour la troisième fois au milieu du tohu-bohu d’une des gares les plus vastes et les plus animées de l’Europe. Le débarcadère de Cologne est tout un monde. On a calculé qu’il y entre et qu’il en sort 280 trains par jour et par nuit, car si le dernier train passe à minuit, le premier coup de sifflet retentit avant quatre heures du matin.

Tous les railways allemands convergent plus ou moins vers Cologne, sans compter les chemins de fer belges, dont la grande cité rhénane est la véritable tête de ligne.

Tout, dans cette gare, a un aspect monumental: les salles à manger, les salles d’attente, les halls où l’on vend les tickets et où l’on pèse les bagages.

Des scènes de haute gloutonnerie, toute pantagruéliques amusent quand plusieurs trains venant à la fois de différents côtés déversent une foule de voyageurs affamés qui se précipitent avec toute la force d’estomacs défaillants sur les pains fourrés, les aspics, les assiettées de viande froide et les autres ornements nutritifs qui s’étalent et s’étagent sur les buffets comme sur des autels dédiés aux dieux de la matière. Messieurs les Anglais et les Russes sont toujours les plus ardents la curée; ils ne se contentent pas de modestes collations, il leur faut des repas complets lestement servis et arrosés de vin de Champagne.

L’Allemand se bourre de belegte Broœdchen qu’il fait descendre à l’aide d’autant de bocks qu’il peut en avaler, jusqu’à ce que le portier vienne crier d’une voix de stentor : “Einsteigen, Einsteigen!” c’est-à-dire “En wagon, en wagon!”

Le Français se contente d’un bouillon et d’un doigt de vin; l’Espagnol se fâche parce que le chocolat n’est pas prêt, et l’Italien mâchonne son curedent en frisant sa moustache.

Au milieu des convives circulent des jeunes gens faisant l’office de bibliothèques ambulantes. Ils portent, suspendu au cou par de fortes courroies, un éventaire garni de livres et de journaux.

Jetons un coup d’oeil sur cette devanture portative et voyons, à côté de la nourriture de l’estomac, quel menu intellectuel nous offre l’Allemagne.

Parmi les journaux, l’immense Gazette de Cologne figure au premier rang. Cette feuille a beaucoup perdu de la vivacité qu’elle avait autrefois on n’y trouve presque plus de polémiques et ses correspondances de Paris sont à peine malveillantes.

Quant aux articles de fond, ils sont à la fois longs et soperiûques ils répondent à la schablone (Cliché) traditionnelle du journalisme allemand.

En revanche, depuis deux ou trois ans, la Gazette a envoyé à Cameron et dans les diverses contrées du sud de l’Afrique où l’Allemagne s’établit peu à peu, des correspondants spéciaux qui lui envoient des articles dont chacun a la longueur d’une brochure et qui font, du reste, très bien connaître ces pays inexplorés sur lesquels M. de Bismarck est en train de mettre la griffe. Déjà maintenant, les territoires annexés sans tambour ni trompette, présentent une étendue quatre ou cinq fois aussi grande que l’Allemagne.

La Gazette de Francfort, qui a versé beaucoup d’eau dans son petit bleu démocratique et particulariste d’autrefois; la Gazette universelle qui a transporté ses presses d’Augsbourg à Munich, le Kladderadatsch et les Feuilles volantes de Munich, avec leurs caricatures vivement crayonnées, complètent le reste de la collection, au milieu de laquelle quelques journaux français et anglais semblent comme égarés.

(…)

Les almanachs illustrés, les petits albums comiques, les brochures humouristiques garnissent également l’éventaire du libraire ambulant; et au beau milieu, en vedette, s’étale le livre à succès La Famille Buchholtz. L’odyssée de ce Périchon berlinois prend des proportions de plus en plus grandes; on le fait voyager en Italie, en Suisse, en Suède et même en France. En parlant de Paris, M. Stinde a forcé la note au lieu de rester spirituel, il est devenu grossier.

(…)

Sortons de la gare.

Nous voici sur la place de l’immense cathédrale dont la flèche s’élance si orgueilleusement vers le ciel. Ce poème de pierre a été décrit bien souvent, mais chaque fois que nous le revoyons, nous nous sentons écrasés par son immensité. Là population de la ville entière pourrait tenir à l’aise dans la vaste basilique.

Elles sont très rares cependant, les occasions où la cathédrale s’anime, où toutes les orgues grondent à la fois et où des milliers de voix résonnent sous ses voûtes profondes.

Quelques fidèles agenouillés devant les chapelles latérales; des parents priant autour des cierges qui brûlent pour le repos de l’âme d’un de leurs défunts, et des touristes ayant à la main le Guide Joanne ou le guide Baedeker, conduits par le marguiller qui suppute le pourboire que chacun lui donnera, tela senties groupes qui errent le plus souvent, perdus dans la noire forêt des paiera.

C’est en 1880 seulement que le Dom a été débarrassé de ses dernières charpentes, et que l’oeuvre, commencée en 1307, a été complètement achevée.

Cologne a l’aspect d’une ville en pleine prospérité, vers laquelle affluent toutes les richesses de cette province rhénane où les fabriques, les usines, les manufactures se succèdent sans interruption, où les grandes villes sont, pour ainsi dire, collées les unes aux autres.

La vieille cité est devenue trop étroite pour sa population qui, depuis quinze ans, a augmenté d’environ cent mille habitants. Il a fallu construire des quartiers nouveaux. Les fortifications ont tout d’abord mis obstacle à cette expansion, mais l’entente s’est établie d’une façon assez originale entre la municipalité et le génie militaire.

L’édilité de Cologne s’est chargée de faire démolir à ses frais les anciennes fortifications et de les reporter à une certaine distance, de façon à enclore les quartiers supplémentaires dans la nouvelle enceinte.

La plus-value des terrains des anciennes fortifications contribue, du reste, grandement à couvrir les frais dont la municipalité s’est chargée.

Bien entendu, on profitera de cette transformation pour construire les nouveaux forts d’après le système le plus récent, et l’on prépare déjà, à proximité, des bastions et des tourelles, d’immenses casernes en briques rouges, avec ornements genre Renaissance, qui peuvent abriter des régiments entiers.

Ces caravansérails militaires, précédés d’esplanades spacieuses où les recrues s’exercent et où les troupes manoeuvrent, sont devenues très à la mode depuis 1871.

(aus: Victor Tissot, De Paris à Berlin : mes vacances en Allemagne (1886))

Lorely

Gérard de Nervals “Lorely; souvenirs d`Allemagne” von 1852 ist eines der weniger bekannten Werke des flirrenden Dichters, der nach wechselhafter Karriere auf den Straßen von Paris, über die er zuvor seinen Hummer Thibault spazieren zu führen pflegte, landete und sich schließlich an einem Fensterkreuz erhängte: selbstverständlich ein Bilderbuchschicksal für einen Dichter: stets mittendrin (z.B. wegen Schulden im Knast oder aufgrund von Zerrleuchtungen im Wahnsinn), innovativ, einsam, unterwegs und falsch verstanden. (Dafür dann halt in den Geschichtsbüchern notiert.) Da trifft es umso besser, daß die Lorely, auf www.archive.org in verschiedenen Formaten zugänglich, heuer auf Klick von einer synthetischen Text to Speech-Damenstimme vorgetragen wird, die das französische Original prosodisch streng geradeaus mit robotisch-angelsächsischem Akzent interpretiert und somit eine neue Gibberish-Variante schafft, deren Strom sich dem des Rheines und der Zeiten bewußtseinserweiternd überlagert. Und so beginnt Nervals Lorely, die Anrede gilt Jules Janin:

“(…) Vous la connaissez comme moi, mon ami, cette Lorely ou Lorelei, la fée du Rhin, dont les pieds rosés s’appuient sans glisser sur les rochers humides de Baccarach, près de Coblentz. Vous l’avez aperçue sans doute avec sa tête au col flexible qui se dresse sur son corps penché. Sa coiffe de velours grenat, à retroussis de drap d’or, brille au loin comme la crête sanglante du vieux dragon de l’Éden.
Sa longue chevelure blonde tombe à sa droite sur ses blanches épaules, comme un fleuve d’or qui s’épancherait dans les eaux verdâtre du fleuve. Son genou plié relève l’envers chamarré de sa robe de brocard, et ne laisse paraître que certains plis obscurs de l’étoffe verte qui se colle à ses flancs.
Son bras gauche entoure négligemment la mandore des vieux Minnesaengers de Thuringe, et entre ses beaux seins, aimantés de rose, étincelle le ruban pailleté qui retient faiblement les plis de lin de sa tunique. Son sourire est doué d’une grâce invincible et sa bouche entr’ouverte laisse échapper les chants de l’antique syrène.
Je l’avais aperçue déjà dans la nuit, sur cette rive où la vigne verdoie et jaunit tour à tour, relevée au loin par la sombre couleur des sapins et par la pierre rouge de ces châteaux et de ces forts, dont les balistes des Romains, les engins de guerre de Frédéric Barberousse et les canons de Louis XIV ont édenté les vieilles murailles.
Hé bien, mon ami, cette fée radieuse des brouillards, cette ondine fatale comme toutes les nixes du Nord qu’a chantées Henri Heine, elle me fait signe toujours: elle m’attire encore une fois!
Je devrais me méfier pourtant de sa grâce trompeuse, car son nom même signifie en même temps charme et mensonge; et une fois déjà je me suis trouvé jeté sur la rive, brisé dans mes espoirs et dans mes amours, et bien tristement réveillé d’un songe heureux qui promettait d’être éternel.
On m’avait cru mort de ce naufrage, et l’amitié, d’abord inquiète, m’a conféré d’avance des honneurs que je ne me rappelle qu’en rougissant, mais dont plus tard peut-être je me croirai plus digne. (…)”