Schwermut (hüben wie drüben)

„(…) je ne veux pas dire qu`un éternel été fasse une vie toujours joyeuse. Le soleil noir de la mélancolie, qui verse des rayons obscurs sur le front de l`ange rêveur d`Albert Dürer, se lève aussi parfois aux plaines lumineuses du Nil, comme sur les bords du Rhin, dans un froid paysage d`Allemagne. J`avouerai même qu`à défaut de brouillard, la poussière est un triste voile aux clartés d`un jour d`Orient.“

(aus: Gérard de Nerval, Voyage en Orient)

Lorely

Gérard de Nervals “Lorely; souvenirs d`Allemagne” von 1852 ist eines der weniger bekannten Werke des flirrenden Dichters, der nach wechselhafter Karriere auf den Straßen von Paris, über die er zuvor seinen Hummer Thibault spazieren zu führen pflegte, landete und sich schließlich an einem Fensterkreuz erhängte: selbstverständlich ein Bilderbuchschicksal für einen Dichter: stets mittendrin (z.B. wegen Schulden im Knast oder aufgrund von Zerrleuchtungen im Wahnsinn), innovativ, einsam, unterwegs und falsch verstanden. (Dafür dann halt in den Geschichtsbüchern notiert.) Da trifft es umso besser, daß die Lorely, auf www.archive.org in verschiedenen Formaten zugänglich, heuer auf Klick von einer synthetischen Text to Speech-Damenstimme vorgetragen wird, die das französische Original prosodisch streng geradeaus mit robotisch-angelsächsischem Akzent interpretiert und somit eine neue Gibberish-Variante schafft, deren Strom sich dem des Rheines und der Zeiten bewußtseinserweiternd überlagert. Und so beginnt Nervals Lorely, die Anrede gilt Jules Janin:

“(…) Vous la connaissez comme moi, mon ami, cette Lorely ou Lorelei, la fée du Rhin, dont les pieds rosés s’appuient sans glisser sur les rochers humides de Baccarach, près de Coblentz. Vous l’avez aperçue sans doute avec sa tête au col flexible qui se dresse sur son corps penché. Sa coiffe de velours grenat, à retroussis de drap d’or, brille au loin comme la crête sanglante du vieux dragon de l’Éden.
Sa longue chevelure blonde tombe à sa droite sur ses blanches épaules, comme un fleuve d’or qui s’épancherait dans les eaux verdâtre du fleuve. Son genou plié relève l’envers chamarré de sa robe de brocard, et ne laisse paraître que certains plis obscurs de l’étoffe verte qui se colle à ses flancs.
Son bras gauche entoure négligemment la mandore des vieux Minnesaengers de Thuringe, et entre ses beaux seins, aimantés de rose, étincelle le ruban pailleté qui retient faiblement les plis de lin de sa tunique. Son sourire est doué d’une grâce invincible et sa bouche entr’ouverte laisse échapper les chants de l’antique syrène.
Je l’avais aperçue déjà dans la nuit, sur cette rive où la vigne verdoie et jaunit tour à tour, relevée au loin par la sombre couleur des sapins et par la pierre rouge de ces châteaux et de ces forts, dont les balistes des Romains, les engins de guerre de Frédéric Barberousse et les canons de Louis XIV ont édenté les vieilles murailles.
Hé bien, mon ami, cette fée radieuse des brouillards, cette ondine fatale comme toutes les nixes du Nord qu’a chantées Henri Heine, elle me fait signe toujours: elle m’attire encore une fois!
Je devrais me méfier pourtant de sa grâce trompeuse, car son nom même signifie en même temps charme et mensonge; et une fois déjà je me suis trouvé jeté sur la rive, brisé dans mes espoirs et dans mes amours, et bien tristement réveillé d’un songe heureux qui promettait d’être éternel.
On m’avait cru mort de ce naufrage, et l’amitié, d’abord inquiète, m’a conféré d’avance des honneurs que je ne me rappelle qu’en rougissant, mais dont plus tard peut-être je me croirai plus digne. (…)”

Valéry über Nerval

„Il aimait de la même amour les bois et les ruisseaux qui sont aux abords de Senlis, et cette noble forêt de Compiègne où je vis, une nuit, dans une clairière marécageuse, la pleine lune tramer au voile de la brume un arc-en-ciel aux couleurs froides et tout broché d’argent. La merveille de ce spectre glacé eut sans doute ravi Nerval, grand amateur de ces décors, de légendes que l’on place souvent sur les rives du Rhin. Les contes et les lieds que ce fleuve a inspirés lui étaient d’autant plus familiers qu’il connaissait fort bien la langue allemande. On sait quels éloges il reçut de Goethe pour sa traduction du premier Faust. Peut-être fut-il le seul Romantique français bien instruit de cette Germanie lyrique et métaphysique, de laquelle notre Romantisme nous vint.“

(Paul Valéry, Oeuvres 1, Variété – Etudes littéraires : Souvenir de Nerval.)