Die Germania und die Billigbombe

Dimanche 26 juin. Rüdesheim. J’attrape de justesse le bateau, sur l’embarcadère de la Compagnie Köln-Düsseldorf. Je suis le dernier sur la passerelle. Il est 10 heures quand le Deutschland s’éloigne du quai.
Au-dessus de Rüdesheim s’aperçoit, dressée sur les hauteurs couvertes de vignobles, la statue de la Germa­nia du monument du Niederwald. Lothar Baier me racontait que des anarchistes francfortois avaient voulu profiter de son inauguration par Guillaume II, en 1893, pour assassiner l’empereur. Mais « en bons protestants allemands », dixit Lothar, ils avaient acheté pour leur bombe la mèche la moins chère qu’ils aient pu trouver. Or il plut ce jour-là et la mèche ne fonctionna pas. Ils furent arrêtés, condamnés à mort et exécutés. Lothar voyait là une nouvelle preuve par l’absurde de l’incapa­cité des Allemands à réussir une révolution.
La présence de ce monument en ces lieux, parmi les vignobles, loin de Berlin la capitale, est exemplaire de l’extraordinaire dissémination des monuments symboli­ques de l’unité nationale dans ce pays. Le Walhalla de 1842, construit sous Louis Ier de Bavière pour servir « au renforcement et à l’accroissement du sens allemand », se trouve au sud de Regensburg. A Cologne est la cathédrale dont l’achèvement, à partir de 1840, devait annoncer « une grande et puissante Allemagne ». A Mayence, l’érection, en 1837, d’un monument à Gutem-berg symbolisait « la conscience que nous avons une patrie commune, une langue commune, les mêmes lois, les mêmes espoirs et le même but ». A Leipzig se dresse, gigantesque, le monument témoin de la renaissance nationale, celui de la « Bataille des Peuples » contre Napoléon. Le monument symbole de la puissance germanique, celui qui commémore la victoire de Her­mann sur les Romains, se trouve près de Bielefeld, dans la Teutoburger Wald. Dans l’île de Norderney est la pyramide faite des pierres de toutes les villes alleman­des. Et à Berlin, bien sûr, sont quelques monuments « d’intérêt national », mais finalement guère plus qu’ail­leurs.
La Germania est un peu la cousine allemande de Marianne. Mais celle-ci est chrétienne lorsque, dans la mémoire nationale, elle se confond avec Jeanne d’Arc, porteuse de révolte et de liberté quand elle grimpe avec Gavroche sur les barricades. La Germania n’est pas cela, mais une réminiscence de légendes germaniques, une resucée de Walkyrie. Elle est grave et massive, grise et guerrière. Elle sert le prince et non la liberté, et le prince s’en sert pour tuer la liberté. A Rüdesheim, elle est tournée vers l’ouest et provoque la France. Elle monte la garde sur le Rhin.
Il n’y a qu’une société d’Allemands du troisième âge sur le bateau, ils restent vissés à leurs table, étroitement assis, et il m’est impossible de trouver leur compagnie. Les autres touristes sont des Japonais et des Français, deux groupes de chaque, et quelques Américains.
Passé Rüdesheim, le Rhin circule dans les méandres encaissés du massif schisteux rhénan. Son lit parfois est si étroit qu’il a dû être élargi pour les bateaux modernes, comme, après-guerre, à Bingen. A l’approche du rocher de la Lorelei, le bateau s’emplit, via les haut-parleurs, d’un mâle chœur chantant le poème de Heine mis en musique par Sucher. Les touristes se ruent à bâbord et photographient un morceau de la falaise qui les sur­plombe. A son sommet, à 132 mètres, flotte le drapeau allemand : ce bout de rocher est lui aussi monument national.
La légende de la Lorelei n’est que l’une des nombreu­ses légendes que ce fleuve charrie depuis toujours. On trouve de tout sur ces rives et ces îlots, « dans cette vague superbe qui fait bondir la France, dans ce murmure profond qui fait rêver l’Allemagne », comme l’écrit Hugo dans Le Rhin. Sous tous ces burgs dont les silhouettes déchiquetées accompagnent le voyage, se jouent des histoires odysséennes, comme celle, juste­ment, de la Lorelei, cette Circé germanique dont les longs cheveux d’or appellent les marins à fracasser leurs barques à ses pieds ; apparaissent des empereurs de légende, comme Frédéric Barberousse qui, à Pfalz, fait triompher l’amour, deus ex machina, au terme d’une histoire compliquée d’amoureux empêchés ; se mêlent christianisme et paganisme, comme dans la légende du Drachenfels, près de Bonn, où une jeune vierge livrée à un dragon se sauve par sa foi. Les mythes sont souvent effroyables et nocturnes : la parure d’or de la Lorelei ne se voit qu’à la nuit ; dans sa « tour aux souris » de Bingen, le méchant archevêque est bouffé tout vivant par les rats. On songe à ce que, dans De l’Allemagne, Heine dit des « légendes de l’Allemagne, ces tristes enfantements pétris de sang et de nuages, dont les formes sont si grises et si blafardes, et l’aspect si cruel ! ». Pourtant ici, sur ce fleuve, les monstres sont vaincus par la justice et par l’amour, le seul monstre triomphant, finalement, est la belle Lorelei qui tue insolemment.
La force et l’importance du Rhin sont d’abord en lui-même avant que d’être dans les rêveries des hommes. Ce fleuve, plus qu’aucun autre, est fluidité, mobilité, communication, trait d’union. Il fait définitivement échapper le pays qui le borde à cette Bodenständigkeit, cette « fixation au sol » tellement forte ailleurs et dérangeante. Son lit semble boire, autant qu’à l’eau venue des chutes de Schaffhausen, à celle, dorée, qui court en vert déferlement sur ses pentes somptueuses et qui, gavée de soleil et de sucre, rendra, muée en vin, tout le pays aimable. La douceur est vertu du Rhin malgré les sombres légendes et les orgueilleux monu­ments de la puissance de Guillaume, de Ruedesheim et de Coblence, qui paraissent ici ridicules et obscènes. C’est cette douceur aussi qui fait que, de la plus terrible et de la plus froide des légendes, Heine ne retient dans son chant qu’indicible tristesse : « Ich weiss nicht,/ Was soll es bedeuten,/ Dass ich so traurig bin. »

(aus: Patrick Démerin, Voyage en Allemagne (Paris 1989))

La cathédrale de Cologne

I

O Rhin! ô Nil du Nord! ô fleuve d’Allemagne!
O vieux Rhin, dont le flot baptisa Charlemagne,
Le géant souverain,
Qui, façonnant l’Europe au moule de son rêve,
Se tailla son empire au tranchant de son glaive
Avec son bras d’airain !

Frère de l’autre Nil, avec tes rochers sombres,
Qui sur ton vert miroir entrechoquent leurs ombres,
Pyramides que Dieu te bâtit de sa main,
De tout ce qui fut grand les bords gardent les traces,
Rempart des nations, limite des deux races,
Borne du monde frank et du monde germain!

Tous les peuples, du bruit de leurs clairons sauvages,
Ont, comme une tempête, ébranlé tes rivages
Aux pitons verdoyans ;
Et, depuis deux mille ans, le burin des épées
Grave pour l’avenir toutes ses épopées
Sur tes pics flamboyans.

Le sang de Tolbiac a rougi ton écume,
Où du nom d’Attila l’éclair encore fume.
Sur tes monts de granit Rome brisa son char,
Et tous les conquérans sous qui trembla le monde
Sont venus abreuver leurs coursiers dans ton onde :
Charlemagne, Clovis, Napoléon, César.

Barberousse, endormi comme un aigle en son aire,
Ecoute, en frémissant, dans son lit centenaire
Ton murmure grondant ;
Car l’avenir du monde un jour doit se débattre
Sur tes bords, ô vieux Rhin, artère qui fait battre
Le pouls de l’Occident!

Tes souvenirs féconds font rêver les poëtes,
Tous le passé leur parle en tes roches muettes;
Et le penseur, l’oreille attentive à ta voix,
Dans ton flot large et vert voit des foudres reluire,
Et dans tes profondeurs entend, la nuit, bruire
Quelque chose de grave et de sombre à la fois.

C’est la voix, c’est le bruit des races écoulées,
Des générations par les siècles roulées
Dans ton gouffre obscurci.
C’est la vaste rumeur du crime et de la gloire,
Dont l’écho se prolonge en tes vagues. – L’histoire
Est un grand fleuve aussi. (…)

Das Gedicht von André van Hasselt (1806 – 19874) über den Kölner Dom und den “Nil des Nordens”, eine der seltenen belgischen Rheinhymnen, besteht aus insgesamt vier Abschnitten. Fortsetzung folgt.

Der Donnerstein von Ensisheim

meteorit von ensisheim
“S wundert sich mancher frömder geschicht
Der merck vnnd leß auch diß bericht
Es seind gesehen wunder vil
Im lufft. comet. vnnd feuerm spyl
Brennend fackeln. flammen. vnd kron
Wild kreyß. vnd zyrckel vmb den mon
Am hymel. bluot. vnd feuerm schilt
Regen nach form der thier gebildt
Stöß. brych. des hymels vnd der erd
Unnd ander vil selczam gebärd
Trotzlich zerstiessendt sich zwen berg
Grueßlich tromet. vnd harnsch werck
Ysen. milch. regen. stahel. korn
Zyegel. fleysch. woll von hymels zorn
Und vil ander der wunder glich
Dann bey dem ersten friderich
Nach erdpydem. vnd fynsternuoß
Sach man treyg sunn vnd mon gewiß
Unnd vnter keyser Friderich
Dem andern. Fyel ein stein greueßlich.
Sein form was groß ein kreuetz var jnn
Ein ander geschrifft vnd heimlich synn
Bey weyle des dritten Friderich
Geborn herr von österreych
Fyel ab jns Sundgaw. sein eigen land
Der stein der hye leyt an der wand
Da man zalt vierzehenhundert jar
Uff sant Florentzen tag ist war
Neuntzig vnd zwey vmb mittentag
Geschach ein grawsam donnerschlag
Dreyg zentner schwär fyel diser stein
Hye jnn dem feld vor Ensißheim
Dreygk egk hat er verschwerczet gar.
Wye ercz gestalt vnd erdes far
Ouch ist gesehen jnn dem lufft
Schleymmes fyel in erdes clufft
Clein stuck seind kommen (?) vnd har.
Und weyt zerfuort. sunst sichst jn gar
Tonaw. Necker. Arh. Jll. vnnd Reyn.
Schweicz Ury hort den klapff darein
Ouch dönt er den Burgundern verr
Jn forchtend die Frantzosen seer
Rechtlich sprich ich das es bedeuet
Ein besunder plag der selben leuet
(…)”
(Sebastian Brant, von dem donnerstein gefalle jm xcij. iar vor Ensisheim)

“ALs hieuor an manchen enden von vil vnd mancherlay seltsamen dingen die sich amm himel ereuegt haben gemeldt worden ist vnd sunderlich dz ein stayn mit eim creuetz gezaichnet zu den zeiten kaiser Friderichs des andern von oben herab gefallen sey also ist zu den zeiten kaiser Friderichs des dritten in dem iar cristi. M.cccc.xcij. am. vij: tag des monats nouembris in mytten tag ein großer stayn bey eim zentner schwer. ein wenig kleiner dann ein saltzscheyb. gestalt wie ein kriechisch D. vnd dreyegket von oben herab auß den lueften bey Ensißheim in dem Suntgew nider gefallen vnnd zu anzaigung seltsamer geschihten noch vorhanden.” (Schedel`sche Weltchronik)

“Am 7. November 1492 schlug der ”Meteorit Ensisheim” in einem Acker vor den Toren der Stadt ein. Er gilt als der älteste gesicherte und ausführlich dokumentierte Meteoritenfall Europas, von dem bis heute Material erhalten geblieben ist. Die erste Beschreibung dieses Naturschauspiels durch Sebastian Brant Ende des Jahres 1492 erlangte große Verbreitung. Sein „Donnerstein von Ensisheim“ gilt als eines der ersten Flugblätter im heutigen Sinne, das kurz nach dem Ereignis in größerer Stückzahl und sogar in mehreren Auflagen gedruckt wurde.” (Wikipedia)

Le Rhin réunit tout

“Saint-Goar, 17 août.

Vous savez, je vous l’ai dit souvent, j’aime les fleuves. Les fleuves charrient les idées aussi bien que les marchandises. Tout a son rôle magnifique dans la création. Les fleuves, comme d’immenses clairons, chantent à l’océan la beauté de la terre, la culture des champs, la splendeur des villes et la gloire des hommes.

Et, je vous l’ai dit aussi, entre tous les fleuves, j’aime le Rhin. La première fois que j’ai vu le Rhin, c’était il y a un an, à Kehl, en passant le pont de bateaux. La nuit tombait, la voiture allait au pas. Je me souviens que j’éprouvai alors un certain respect en traversant le vieux fleuve…

…Ce soir-là… je contemplai longtemps ce fier et noble fleuve, violent, mais sans fureur, sauvage, mais majestueux. Il était enflé et magnifique au moment où je le traversais. Il essuyait aux bateaux du pont sa crinière fauve, sa barbe limoneuse, comme dit Boileau. Ses deux rives se perdaient dans le crépuscule. Son bruit était un rugissement puissant et paisible. Je lui trouvais quelque chose de la grande mer.

Oui, mon ami, c’est un noble fleuve, féodal, républicain, impérial, digne d’être à la fois français et allemand. Il y a toute l’histoire de l’Europe considérée sous ses deux grands aspects, dans ce fleuve des guerriers et des penseurs, dans cette vague superbe qui fait bondir la France, dans ce murmure profond qui fait rêver l’Allemagne.

Le Rhin réunit tout. Le Rhin est rapide comme le Rhône, large comme la Loire, encaissé comme la Meuse, tortueux comme la Seine, limpide et vert comme la Somme, historique comme le Tibre, royal comme le Danube, mystérieux comme le Nil, pailleté d’or comme un fleuve d’Amérique, couvert de fables et de fantômes comme un fleuve d’Asie.

Avant que l’histoire écrivait, avant que l’homme existait peut-être, où est le Rhin aujourd’hui fumait et flamboyait une double chaîne de volcans qui se sont éteints en laissant sur le sol deux tas de laves et de basaltes disposés parallèlement comme deux longues murailles. À la même époque, les cristallisations gigantesques qui sont les montagnes primitives s’achevaient, les alluvions énormes qui sont les montagnes secondaires se desséchaient, l’effrayant monceau que nous appelons aujourd’hui les Alpes se refroidissait lentement, les neiges s’y accumulaient; deux grands écoulements de ces neiges se répandirent sur la terre: l’un, l’écoulement du versant septentrional, traversa les plaines, rencontra la double tranchée des volcans éteints et s’en alla par là à l’Océan; l’autre, l’écoulement du versant occidental, tomba de montagne en montagne, côtoya cet autre bloc de volcans expirés que nous nommons l’Ardèche et se perdit dans la Méditerranée. Le premier de ces écoulements, c’est le Rhin; le second, c’est le Rhône…

…Le Rhin, dans les destinées de l’Europe, a une sorte de signification providentielle. C’est le grand fossé transversal qui sépare le Sud du Nord. La providence en a fait le fleuve-frontière; les forteresses en ont fait le fleuve-muraille. Le Rhin a vu la figure et a reflété l’ombre de presque tous les grands hommes de guerre qui, depuis trente siècles, ont labouré le vieux continent avec ce soc qu’on appelle pépée. César a traversé le Rhin en montant du midi; Attila a traversé le Rhin en descendant du septentrion. Clovis y a gagné sa bataille de Tolbiac. Charlemagne et Bonaparte y ont régné. L’empereur Frédéric-Barberousse, l’empereur Rodolphe de Hapsbourg et le palatin Frédéric Ier y ont été grands, victorieux et formidables. Gustave-Adolphe y a commandé ses armées du haut de la guérite de Caub. Louis XIV a vu le Rhin. Enguien et Condé l’ont passé. Hélas! Turenne aussi. Drusus y a sa pierre à Mayence comme Marceau à Coblenz et Hoche à Andernach. Pour l’œil du penseur qui voit vivre l’histoire, deux grands aigles planent perpétuellement sur le Rhin, l’aigle des légions romaines et l’aigle des régiments français.

…Ce noble Rhin que les Romains nommaient Rhenus superbus, tantôt porte les ponts de bateaux hérissés de lances, de pertuisanes ou de baïonnettes qui versent sur l’Allemagne les armées d’Italie, d’Espagne et de France, ou reversent sur l’ancien monde romain, toujours géographiquement adhérent, les anciennes hordes barbares, toujours les mêmes aussi; tantôt charrie pacifiquement les sapins de la Murg et de Saint-Gall, les porphyres et les serpentines de Bâle, la potasse de Bingen, le sel de Karlshall, les cuirs de Stromberg, le vif-argent de Lansberg, les vins de Johannisberg et de Bacharach, les ardoises de Caub, les saumons d’Oberwesel, les cerises de Salzig, le charbon de bois de Boppart, la vaisselle de fer blanc de Coblenz, la verrerie de la Moselle, les fers forgés de Bendorf, les tufs et les meules d’Andernach, les tôles de Neuwied, les eaux minérales d’Antoniustein, les draps et les poteries de Wallendar, les vins rouges de Taar, le cuivre et le plomb de Linz, la pierre de taille de Kœnigswinter, les laines et les soieries de Cologne; et il accomplit majestueusement à travers l’Europe, selon la volonté de Dieu, sa double fonction de fleuve de la paix, ayant sans interruption sur la double rangée de collines qui encaisse la plus notable partie de son cours, d’un côté des chênes, de l’autre des vignes, c’est-à-dire d’un côté le nord, de l’autre le midi; d’un côté la force, de l’autre la joie…”

(aus: Victor Hugo: Le Rhin, lettre XIV; Hugos Rheinbriefe sind komplett zu finden auf Google Books)

Der Rhein

Du heil`ger Strom, gebenedeiter Strand,
Wo ist ein Deutscher, der nicht frommen Dranges,
Ein andachtglüh`nder Pilger an dir stand?
Wo ist ein Schwan germanischen Gesanges,
Deß Flügelschlag nicht über dir gerauscht,
Der nicht dem Säuseln deines Schilfs gelauscht,
Der nicht gewiegt sich auf dem deutschen Ganges?

Du bietest allen deinen Friedenskuß,
Den Landen rings, der Berge blauen Reigen;
Naht nicht mit Euren Schwertern diesem Fluß,
Laßt Eure Fahnen tief sich vor ihm neigen!
Auf dieser Wasser stillem Bette ruht
Des Volkes Stolz – zum Pfühl dient ihm die Fluth
Erweckt ihn nicht, antastet nicht sein Eigen!

Er ruht und träumt-, der Wellen Schlummerlied
Hat eingewiegt den blondgelockten Recken;
Des Wasserspiegels wallend Nebeln zieht,
Des Kaiserlichen Träumers seidne Decken;
Wer will ihm rauben, was er theu`r erkauft,
Was er mit blut`gen Weihungen getauft,
Wer wagts, aus seinem Schlummer ihn zu schrecken?

Der Fluß ist sein! Aus dieser Schale trinkt
Der deutschen Liebe und der Sehnsucht Taube,
Umher in duftigem Gewinde blinkt
Des deutschen Weines feu`rdurchglühte Traube,
Und wo die hohen Kathedralen steh`n,
Versteinte Siegsgesänge der Ideen,
Da wohnt der deutsche Friedensfürst, der Glaube.

Horch, wie den Strom das Läuten überklingt!
Hell singend kommt die Wallerschaar gezogen,
Im leichten Kahn, der mit dem Schaume ringt,
Von blüh`ndem Kranz und weh`ndem Band umflogen;
Auf morschem Erker zagend lauscht das Reh,
Vom Ringeltanz ins Dickicht schlüpft die Fee -
Das ist der deutsche Rhein, das ist sein Wogen!

Der deutsche Rhein! Seit aus des Epheus Blühn
Die grauen Burgen sonnig niederschauen;
Seit vielgethürmte große Städte kühn
Mit ihren Zinnen seine Wellen stauen;
Seit auf der Männer Stirn, ein Paraclet,
Flammenden Hauches der Gedanke steht,
Die stille Andacht auf der Stirn der Frauen:

Seit durchs Portal von diesen Felsenhöh`n
Der neuen Aera Morgengluth gedrungen,
Und unter ihm, in Heller Glorie Wehn,
Der Karol Magnus sein Panier geschwungen;
Seit in den Blenden, überwiegt von Grün,
Wie sinnend grüßende Gestalten blüh`n,
Roland, Fastrade und die Nibelungen;

Seit, dessen Herrlichkeit die Welt umspannt,
Der Barbarossa thronte zu Gerichte,
Als Reichskleinod die Erde in der Hand:
Seit Eschilbach, der Kaiser im Gedichte,
Die goldnen Klänge alter Melodein,
Zur Krone sich verflocht, ist dieser Rhein
Pulsaderstrom germanischer Geschichte.

Sie hütet still und ernst ihr Eigenthum,
Indeß der Dichtkunst Arme sie umranken;
Zu beider Füßen ruht der deutsche Ruhm,
Ein grauer Löwe mit gewalt`gen Pranken,
Der an der Milch der Schlachten aufgenährt,
Den blut`gen Flamberg hütet und das Schwert,
Das wir geschweißt aus ehernen Gedanken.

Derselbe, der den Libanon durchschritt,
Vom Zorn blutgier`ger Feinde wild umschnoben,
Der einst Byzanz und Accon niederstritt,
Der Roma`s Aar ins Banner sich gewoben;
Der grimmig hingestreckt auf seinem Schild,
Dalag in dem Roncalischen Gefild`,
Der Pranken Trutz gen Mailand aufgehoben:

Vor dem Sicllien und das welsche Land
Wie vor des Aetna`s Flammenguß gezittert,
Der von der Seine grünem Hügelland`
Bis zur Loire neulich noch gewittert;
Derselbe Leu: und donnernd tönt sein Ruf:
Weh` über euch, wenn Eurer Rosse Huf
Das Ufer meines Rheines nur erschüttert!

(Levin Schücking, 1840)

Wie freudig blutet` hier der Edelknecht

Der Rhein.

O Sohn der Alpen, in krystallnen Wiegen
Genährt von Gletscherbrüsten, heil`ger Rhein,
Wenn du dem blauen Schweizersee entstiegen
Dich jauchzend warfst vom schroffen Felsgestein,
Und glorreich nun, ein Held nach frühen Siegen,
Das Thal durchwallst im laub`gen Kranz von Wein,
Zur Lust den Völkern und der Flur zum Segen:
Wie schlägt dir hoch das deutsche Herz entgegen!

Und traun, mit Fug. Denn deutschen Lebens Bild
Und Zeuge bist du, seit von süßen Zähren
Auf deinen Höh`n der Rebstock feurig schwillt:
All um dich her erwuchsen unsre Ehren;
Du sahst zuerst erhöht des Reiches Schild,
Des Reichs, nach dem wir fromm noch heut begehren,
Wir Waisen, nun im eignen Vaterlande
Ruhmlos zertheilt wie du zuletzt im Sande.

Den Kaisern warst du werth; die Starken zog
Der Starke, daß, was gleich, zusammenwohne;
Hier stand der Stuhl des großen Karl, hier bog
Konrad das Haupt vor Konrad, eine Krone
Mit Lächeln missend; hier im Festgewog
Schied der im rothen Bart vom ehrnen Sohne;
Siegestrunken mocht` er deinen Wirbeln lauschen,
Nicht ahnend, daß sein Tod bald solches Rauschen,

Auf deinen Burgen horstet` ein Geschlecht
Frei, wild und mild; es wohnt` in seinem Sinne
Von deiner Traub` ein Anflug, zum Gefecht
Befeuernd wie zu Harfenschlag und Minne.
Wie freudig blutet` hier der Edelknecht,
Wenn aus der Herrin Blick von hoher Zinne
Ein Gruß als erster, ach, und letzter Dank
Auf sein verströmend Leben niedersank!

Und Städte sahn voll Trotz in deine Welle,
Wo unterm Krummstab Bürgerfreiheit sproß
Und Füll` und Kunst, und wo dann morgenhelle
Die neue Zeit ihr Kinderaug` erschloß.
Denn war`s zu Mainz nicht, wo in stiller Zelle
Ein andrer Dädalus die Flügel goß,
Die stark das Wort in alle Winde tragen?
Ward nicht zu Worms die Geisterschlacht geschlagen?

Und heut! Welch reich Gewühl umbraust noch heut
Die Rebenufer, wo vom breiten Riffe,
Die Veste droht, und weit im Thal zerstreut
Die Essen rastlos sprühn! Mit grellem Pfiffe
Durchkeucht das Dampfgespann des Doms Geläut,
Und durch die Fluten wandeln Feuerschiffe,
Wie schwarze Riesenschwäne; Flaggen winken,
Und Winzerjubel schallt und Römer blinken.

Gebrochen sind die Burgen. Ihre Zeit
Ging aus. Doch sitzt an ihrer Thürme Scharten
Die Sage harfend noch, die Wundermaid,
Und lallt im Traum von Chriemhilds Rosengarten,
Vom Drachenstein und von der Nonne Leid.
Und stießt das Mondlicht um die Felsenwarten:
Da singt die Loreley und aus dem Dunkel
Der grünen Wasser glimmt des Horts Gefunkel.

Gruß dir mein Rhein! Wie leicht bei dir einst flossen
Die Lieder mir, die jedes Tags Gewinn!
Mein Sternbild stand im Aufgang; noch im Sprossen
Wie Laub um Pfingsten grünte frisch mein Sinn,
Gruß euch, die ihr mir damals wart Genossen
In Leben und Gesang! – Wo seid ihr hin?
Ach, auseinander weit seit jenen Tagen,
Zu weit hat uns der Kampf der Zeit verschlagen.–

(Emanuel Geibel)

Lorely

Gérard de Nervals “Lorely; souvenirs d`Allemagne” von 1852 ist eines der weniger bekannten Werke des flirrenden Dichters, der nach wechselhafter Karriere auf den Straßen von Paris, über die er zuvor seinen Hummer Thibault spazieren zu führen pflegte, landete und sich schließlich an einem Fensterkreuz erhängte: selbstverständlich ein Bilderbuchschicksal für einen Dichter: stets mittendrin (z.B. wegen Schulden im Knast oder aufgrund von Zerrleuchtungen im Wahnsinn), innovativ, einsam, unterwegs und falsch verstanden. (Dafür dann halt in den Geschichtsbüchern notiert.) Da trifft es umso besser, daß die Lorely, auf www.archive.org in verschiedenen Formaten zugänglich, heuer auf Klick von einer synthetischen Text to Speech-Damenstimme vorgetragen wird, die das französische Original prosodisch streng geradeaus mit robotisch-angelsächsischem Akzent interpretiert und somit eine neue Gibberish-Variante schafft, deren Strom sich dem des Rheines und der Zeiten bewußtseinserweiternd überlagert. Und so beginnt Nervals Lorely, die Anrede gilt Jules Janin:

“(…) Vous la connaissez comme moi, mon ami, cette Lorely ou Lorelei, la fée du Rhin, dont les pieds rosés s’appuient sans glisser sur les rochers humides de Baccarach, près de Coblentz. Vous l’avez aperçue sans doute avec sa tête au col flexible qui se dresse sur son corps penché. Sa coiffe de velours grenat, à retroussis de drap d’or, brille au loin comme la crête sanglante du vieux dragon de l’Éden.
Sa longue chevelure blonde tombe à sa droite sur ses blanches épaules, comme un fleuve d’or qui s’épancherait dans les eaux verdâtre du fleuve. Son genou plié relève l’envers chamarré de sa robe de brocard, et ne laisse paraître que certains plis obscurs de l’étoffe verte qui se colle à ses flancs.
Son bras gauche entoure négligemment la mandore des vieux Minnesaengers de Thuringe, et entre ses beaux seins, aimantés de rose, étincelle le ruban pailleté qui retient faiblement les plis de lin de sa tunique. Son sourire est doué d’une grâce invincible et sa bouche entr’ouverte laisse échapper les chants de l’antique syrène.
Je l’avais aperçue déjà dans la nuit, sur cette rive où la vigne verdoie et jaunit tour à tour, relevée au loin par la sombre couleur des sapins et par la pierre rouge de ces châteaux et de ces forts, dont les balistes des Romains, les engins de guerre de Frédéric Barberousse et les canons de Louis XIV ont édenté les vieilles murailles.
Hé bien, mon ami, cette fée radieuse des brouillards, cette ondine fatale comme toutes les nixes du Nord qu’a chantées Henri Heine, elle me fait signe toujours: elle m’attire encore une fois!
Je devrais me méfier pourtant de sa grâce trompeuse, car son nom même signifie en même temps charme et mensonge; et une fois déjà je me suis trouvé jeté sur la rive, brisé dans mes espoirs et dans mes amours, et bien tristement réveillé d’un songe heureux qui promettait d’être éternel.
On m’avait cru mort de ce naufrage, et l’amitié, d’abord inquiète, m’a conféré d’avance des honneurs que je ne me rappelle qu’en rougissant, mais dont plus tard peut-être je me croirai plus digne. (…)”