Victor Hugo befindet sich seit ein paar Stunden in Schaffhausen und bestellt ein seltsames Abendessen

Je suis à Schaffhouse depuis quelques heures. écrivez Schaffhausen, et prononcez tout ce qu’il vous plaira. Figurez-vous un Anxur suisse, un Terracine allemand, une ville du quinzième siècle, dont les maisons tiennent le milieu entre les chalets d’Unterseen et les logis sculptés du vieux Rouen, perchée dans la montagne, coupée par le Rhin, qui se tord dans son lit de roches avec une grande clameur, dominée par des tours en ruine, pleine de rues à pic et en zigzag, livrée au vacarme assourdissant des nymphes ou des eaux, ― nymphis, lymphis, transcrivez Horace comme vous voudrez, ― et au tapage des laveuses. Après avoir passé la porte de la ville qui est une forteresse du treizième siècle, je me suis retourné, et j’ai vu au-dessus dessus de l’ogive cette inscription : SALVS EXEVNTIBVS. J’en ai conclu qu’il y avait probablement de l’autre côté : PAX INTRANTIBVS. J’aime cette façon hospitalière.

Je vous ai dit d’écrire Schaffhausen et de prononcer comme il vous plairait. Vous pouvez écrire aussi tout ce qu’il vous plaira. Rien n’est comparable, pour l’entêtement et la diversité d’avis, au troupeau des antiquaires, si ce n’est le troupeau des grammairiens. Platine écrit Schaphuse, Strumphius écrit Schapfuse, Georges Bruin écrit Shaphusia, et Miconnis écrit Probatopolis. Tirez-vous de là. Après le nom vient l’étymologie. Autre affaire. Schaffhausen signifie la ville du mouton, dit Glarean. ― Point du tout ! s’exclame Strumphius, Schaffhausen veut dire port des bateaux, de schafa, barque, et de hause, maison. ― Ville du mouton ! répond Glarean ; les armes de la ville sont d’or au bélier de sable. ― Port des bateaux ! repart Strumphius ; c’est là que les bateaux s’arrêtent, dans l’impossibilité d’aller plus loin. ― Ma foi ! que l’étymologie devienne ce qu’elle pourra. Je laisse Strumphius et Glarean se prendre aux coiffes.

Il faudrait batailler aussi à propos du vieux château Munoth, qui est près de Schaffhouse, sur l’Emmersberg, et qui a pour étymologie Munitio, disent les antiquaires, à cause d’une citadelle romaine qui était là. Aujourd’hui, il n’y a plus que quelques ruines, une grande tour et une immense voûte casematée qui peut couvrir plusieurs centaines d’hommes.

Il y a deux siècles, Schaffhouse était plus pittoresque encore. L’hôtel de ville, le couvent de la toussaint, l’église Saint-Jean, étaient dans toute leur beauté ; l’enceinte de tours était intacte et complète. Il y en avait treize, sans compter le château et sans compter les deux hautes tours sur lesquelles s’appuyait cet étrange et magnifique pont suspendu sur le Rhin que notre Oudinot fit sauter, le 13 avril 1799, avec cette ignorance et cette insouciance des chefs-d’œuvre qui n’est pardonnable qu’aux héros. Enfin, hors de la cité, au delà de la porte-donjon qui va vers la Forêt-Noire, dans la montagne, sur une éminence, à côté d’une chapelle, on distinguait au loin, dans la brume de l’horizon, un hideux petit édifice de charpente et de pierre, ― le gibet. Au moyen âge, et même il n’y a pas plus de cent ans, dans toute commune souveraine, une potence convenablement garnie était une chose élégante et magistrale. La cité ornée de son gibet, le gibet orné de son pendu, cela signifiait Ville Libre.

J’avais grand’faim, il était tard ; j’ai commencé par dîner. On m’a apporté un dîner français, servi par un garçon français, avec une carte en français. Quelques originalités, sans doute involontaires, se mêlaient, non sans grâce, à l’orthographe de cette carte. Comme mes yeux erraient parmi ces riches fantaisies du rédacteur local, cherchant à compléter mon dîner, au-dessous de ces trois lignes :

haumelette au chantpinnions,
biffeteque au craison,
hépole d’agnot au laidgume,

je suis tombé sur ceci : calaïsche à la choute, ― 10 francs.

Pardieu ! Me suis-je dit, voilà un mets du pays : calaïsche à la choute. Il faut que j’en goûte. Dix francs ! Cela doit être quelque raffinement propre à la cuisine de Schaffhouse. J’appelle le garçon.

— Monsieur, une calaïsche à la choute.

Ici le dialogue s’engage en français. Je vous ai dit que le garçon parlait français.

— Vort pien, monsir. Temain matin.
— Non, dis-je, tout de suite.
— Mais, monsir, il est pien tard.
— Qu’est-ce que cela fait ?
— Mais il sera nuit tans eine hère.
— Eh bien ?
— Mais monsir ne bourra bas foir.
— Voir ! voir quoi ? Je ne demande pas à voir.
— Che gombrends bas monsir.
— Ah çà ! C’est donc bien beau à regarder, votre calaïsche à la choute ?
— Vort peau, monsir, atmiraple, manifigue !
— Eh bien, vous m’allumerez quatre chandelles tout autour.
— Quadre jantelles ! Monsir choue. (Lisez : Monsieur joue.) Che ne gombrends bas.
— Pardieu ! Ai-je repris avec quelque impatience, je me comprends bien, moi ; j’ai faim, je veux manger.
— Mancher gouoi ?
— Manger votre calaïsche.
— Notre calaïsche ?
— Votre choute.
— Notre choute ! mancher notre choute ! Monsir choue. Mancher la choute ti Rhin !

Ici je suis parti d’un éclat de rire. Le pauvre diable de garçon ne comprenait plus, et moi, je venais de comprendre. J’avais été le jouet d’une hallucination produite sur mon cerveau par l’orthographe éblouissante de l’aubergiste. calaïsche à la choute signifiait calèche à la chute. En d’autres termes, après vous avoir offert à dîner, la carte vous offrait complaisamment une calèche pour aller voir la chute du Rhin à Laufen, moyennant dix francs.

Me voyant rire, le garçon m’a pris pour un fou, et s’en est allé en grommelant : ― Mancher la choute ! églairer la choute ti Rhin afec guadre jantelles ! Ce monsir choue.

J’ai retenu pour demain matin une calaïsche à la choute.

(aus Victor Hugo: Le Rhin. Lettres à un ami, 1842)

der berühmte Rheinfall fängt allmählig an zu schäumen

Jenseits vom St. Gotthardt entspringt der Rhein auf drey verschiedenen Bergen, aus drey ärmlichen Quellen, welche der Vorder=, Mittel= und Hinter=Rhein genannt werden. Er wächst schnell durch eine Menge Bergströme an, stürzt sich in den Bodensee, durch welchen er auf einer Strecke von drey Deutschen Meilen mit großem Ungestüm seinen Weg nimmt, und zwischen den Dörfern Stygen und Eschentz wieder heraustritt und seinen vorigen Namen annimmt. Unter Schaffhausen fängt eigentlich erst die bequemere Schiffbarkeit des Stroms an, indeß gibt es Schiffe, welche sich über den Rheinfall unterhalb dieser Stadt hinabwagen. Sie sind aus leichten Tannendielen zusammengeschlagen, weswegen sie auch, in der dortigen Mundart, Lauer=Tannen genannt werden, haben flache Böden, stumpfe, nur wenig erhöhte Vorder= und Hintertheile, und geradelaufende Seitenwände, ohne die mindeste Ausbeugung. Gewöhnlich werden sie da verkauft, wo die Ladung abgesetzt wird.
Schaffhausen zählt ohngefähr 9000 Einwohner, und ist lebhaft durch Fabriken und Zwischenhandel. Johannes von Müller wurde hier geboren, und der Rath hat seine bedeutende Bibliothek an sich gekauft. Auch sind hier noch zu bemerken: 1. Die Fischersche Gußstahl=Fabrik; 2. das Casino; 3. das reiche Conchylien=Cabinet des Dr. Ammann; 4. die Pflanzensammlung des Dr. Stockar; 5. der Münster; 6. die nahe Veste Munoth, auf dem Emmersberg. – Schöne Aussichten auf dem Schießplatz, auf der Enge und im Garten zum Füße=Stab, wo sich die Mitglieder des Casino versammeln. (…) Die schöne Rheinbrücke, welche vor wenigen Jahren noch die Stadt mit dem jenseits gelegenen Flecken Feuerthal verband, und im August 1799 von Oudinet zerstört wurde, war in ihrer Art ein Meisterstück, ein Hängewerk, welches, außer den Ufern, nur auf einem einzigen Pfeiler ruhte. Sie maß, in ihrer Ausdehnung, 364 Englische Fuß. – Gasthöfe: 1. Krone, 2. Schiff, 3. Schwerdt.
Eine Stunde unter Schaffhausen, bey den beyden Laufen, wovon das eine (ein Dorf und Schloß), dicht am Rhein, auf der Schweizerischen Seite, und das andre, ein altes Schlößchen, gegenüber auf einer Insel liegt, ist der berühmte Rheinfall. Nachdem der Strom, ohngefähr 500 Schritte oberhalb, sein Gewässer zwischen ungeheuern Felsen, die zum Theil mitten aus seinem Bette hervorragen, sehr eng zusammenziehen mußte, fängt er nun allmählig an zu schäumen und zu wirbeln, schießt dann, bey immer zunehmendem Abhang, in unzähligen Buchten und Scheidungen, von Fels auf Fels hinab, und gerät endlich an den Rand der ungeheuern Masse, wo ein Abgrund von beynahe 80 Fuß Höhe sich darstellt. Sein Sturz über diesen Rand geschieht mit einem in der Nähe betäubenden, und bey stiller Nacht auf 2 Meilen weit hörbaren Getöse, in drey Fällen steil herab, wovon der auf der Südseite, welcher zwischen zwey Felsenpfeilern Statt hat, der gewaltamste ist.
Laufen gehörte ehemals einem alten Geschlecht dieses Namens, welches längst erloschen ist. In dem Ort Laufen ist eine Camera obscura von einem Schaffhauser Künstler ausgestellt, welche gesehen zu werden verdient.

(aus: Alois Wilhelm Schreiber: Handbuch für Reisende am Rhein)