La cathédrale de Cologne

I

O Rhin! ô Nil du Nord! ô fleuve d’Allemagne!
O vieux Rhin, dont le flot baptisa Charlemagne,
Le géant souverain,
Qui, façonnant l’Europe au moule de son rêve,
Se tailla son empire au tranchant de son glaive
Avec son bras d’airain !

Frère de l’autre Nil, avec tes rochers sombres,
Qui sur ton vert miroir entrechoquent leurs ombres,
Pyramides que Dieu te bâtit de sa main,
De tout ce qui fut grand les bords gardent les traces,
Rempart des nations, limite des deux races,
Borne du monde frank et du monde germain!

Tous les peuples, du bruit de leurs clairons sauvages,
Ont, comme une tempête, ébranlé tes rivages
Aux pitons verdoyans ;
Et, depuis deux mille ans, le burin des épées
Grave pour l’avenir toutes ses épopées
Sur tes pics flamboyans.

Le sang de Tolbiac a rougi ton écume,
Où du nom d’Attila l’éclair encore fume.
Sur tes monts de granit Rome brisa son char,
Et tous les conquérans sous qui trembla le monde
Sont venus abreuver leurs coursiers dans ton onde :
Charlemagne, Clovis, Napoléon, César.

Barberousse, endormi comme un aigle en son aire,
Ecoute, en frémissant, dans son lit centenaire
Ton murmure grondant ;
Car l’avenir du monde un jour doit se débattre
Sur tes bords, ô vieux Rhin, artère qui fait battre
Le pouls de l’Occident!

Tes souvenirs féconds font rêver les poëtes,
Tous le passé leur parle en tes roches muettes;
Et le penseur, l’oreille attentive à ta voix,
Dans ton flot large et vert voit des foudres reluire,
Et dans tes profondeurs entend, la nuit, bruire
Quelque chose de grave et de sombre à la fois.

C’est la voix, c’est le bruit des races écoulées,
Des générations par les siècles roulées
Dans ton gouffre obscurci.
C’est la vaste rumeur du crime et de la gloire,
Dont l’écho se prolonge en tes vagues. – L’histoire
Est un grand fleuve aussi. (…)

Das Gedicht von André van Hasselt (1806 – 19874) über den Kölner Dom und den “Nil des Nordens”, eine der seltenen belgischen Rheinhymnen, besteht aus insgesamt vier Abschnitten. Fortsetzung folgt.

Le Rhin réunit tout

“Saint-Goar, 17 août.

Vous savez, je vous l’ai dit souvent, j’aime les fleuves. Les fleuves charrient les idées aussi bien que les marchandises. Tout a son rôle magnifique dans la création. Les fleuves, comme d’immenses clairons, chantent à l’océan la beauté de la terre, la culture des champs, la splendeur des villes et la gloire des hommes.

Et, je vous l’ai dit aussi, entre tous les fleuves, j’aime le Rhin. La première fois que j’ai vu le Rhin, c’était il y a un an, à Kehl, en passant le pont de bateaux. La nuit tombait, la voiture allait au pas. Je me souviens que j’éprouvai alors un certain respect en traversant le vieux fleuve…

…Ce soir-là… je contemplai longtemps ce fier et noble fleuve, violent, mais sans fureur, sauvage, mais majestueux. Il était enflé et magnifique au moment où je le traversais. Il essuyait aux bateaux du pont sa crinière fauve, sa barbe limoneuse, comme dit Boileau. Ses deux rives se perdaient dans le crépuscule. Son bruit était un rugissement puissant et paisible. Je lui trouvais quelque chose de la grande mer.

Oui, mon ami, c’est un noble fleuve, féodal, républicain, impérial, digne d’être à la fois français et allemand. Il y a toute l’histoire de l’Europe considérée sous ses deux grands aspects, dans ce fleuve des guerriers et des penseurs, dans cette vague superbe qui fait bondir la France, dans ce murmure profond qui fait rêver l’Allemagne.

Le Rhin réunit tout. Le Rhin est rapide comme le Rhône, large comme la Loire, encaissé comme la Meuse, tortueux comme la Seine, limpide et vert comme la Somme, historique comme le Tibre, royal comme le Danube, mystérieux comme le Nil, pailleté d’or comme un fleuve d’Amérique, couvert de fables et de fantômes comme un fleuve d’Asie.

Avant que l’histoire écrivait, avant que l’homme existait peut-être, où est le Rhin aujourd’hui fumait et flamboyait une double chaîne de volcans qui se sont éteints en laissant sur le sol deux tas de laves et de basaltes disposés parallèlement comme deux longues murailles. À la même époque, les cristallisations gigantesques qui sont les montagnes primitives s’achevaient, les alluvions énormes qui sont les montagnes secondaires se desséchaient, l’effrayant monceau que nous appelons aujourd’hui les Alpes se refroidissait lentement, les neiges s’y accumulaient; deux grands écoulements de ces neiges se répandirent sur la terre: l’un, l’écoulement du versant septentrional, traversa les plaines, rencontra la double tranchée des volcans éteints et s’en alla par là à l’Océan; l’autre, l’écoulement du versant occidental, tomba de montagne en montagne, côtoya cet autre bloc de volcans expirés que nous nommons l’Ardèche et se perdit dans la Méditerranée. Le premier de ces écoulements, c’est le Rhin; le second, c’est le Rhône…

…Le Rhin, dans les destinées de l’Europe, a une sorte de signification providentielle. C’est le grand fossé transversal qui sépare le Sud du Nord. La providence en a fait le fleuve-frontière; les forteresses en ont fait le fleuve-muraille. Le Rhin a vu la figure et a reflété l’ombre de presque tous les grands hommes de guerre qui, depuis trente siècles, ont labouré le vieux continent avec ce soc qu’on appelle pépée. César a traversé le Rhin en montant du midi; Attila a traversé le Rhin en descendant du septentrion. Clovis y a gagné sa bataille de Tolbiac. Charlemagne et Bonaparte y ont régné. L’empereur Frédéric-Barberousse, l’empereur Rodolphe de Hapsbourg et le palatin Frédéric Ier y ont été grands, victorieux et formidables. Gustave-Adolphe y a commandé ses armées du haut de la guérite de Caub. Louis XIV a vu le Rhin. Enguien et Condé l’ont passé. Hélas! Turenne aussi. Drusus y a sa pierre à Mayence comme Marceau à Coblenz et Hoche à Andernach. Pour l’œil du penseur qui voit vivre l’histoire, deux grands aigles planent perpétuellement sur le Rhin, l’aigle des légions romaines et l’aigle des régiments français.

…Ce noble Rhin que les Romains nommaient Rhenus superbus, tantôt porte les ponts de bateaux hérissés de lances, de pertuisanes ou de baïonnettes qui versent sur l’Allemagne les armées d’Italie, d’Espagne et de France, ou reversent sur l’ancien monde romain, toujours géographiquement adhérent, les anciennes hordes barbares, toujours les mêmes aussi; tantôt charrie pacifiquement les sapins de la Murg et de Saint-Gall, les porphyres et les serpentines de Bâle, la potasse de Bingen, le sel de Karlshall, les cuirs de Stromberg, le vif-argent de Lansberg, les vins de Johannisberg et de Bacharach, les ardoises de Caub, les saumons d’Oberwesel, les cerises de Salzig, le charbon de bois de Boppart, la vaisselle de fer blanc de Coblenz, la verrerie de la Moselle, les fers forgés de Bendorf, les tufs et les meules d’Andernach, les tôles de Neuwied, les eaux minérales d’Antoniustein, les draps et les poteries de Wallendar, les vins rouges de Taar, le cuivre et le plomb de Linz, la pierre de taille de Kœnigswinter, les laines et les soieries de Cologne; et il accomplit majestueusement à travers l’Europe, selon la volonté de Dieu, sa double fonction de fleuve de la paix, ayant sans interruption sur la double rangée de collines qui encaisse la plus notable partie de son cours, d’un côté des chênes, de l’autre des vignes, c’est-à-dire d’un côté le nord, de l’autre le midi; d’un côté la force, de l’autre la joie…”

(aus: Victor Hugo: Le Rhin, lettre XIV; Hugos Rheinbriefe sind komplett zu finden auf Google Books)

Die Allemannen am Rheinstrom

„(…) Eigentlich weiß niemand recht zu sagen, wer diese berühmten Allemannen waren, noch wo sie auf einmal hergekommen sind, wiewohl es sind dem zahlreichen geneigten Leser am Oberrhein seine wahren Stammväter und Altvordern, von deren Blut er abstammt, große grobgliederige Menschen mit blauen Augen, krausen roten Haaren, voll Kraft und Mut und Trutz, fröhliche Trinker und Spieler, ohne Kenntnisse. Es geht noch manchem ein wenig nach. Wenn einem von ihnen ein zehnjähriges Büblein, wie sie heutzutag in die Schule gehn, ein Additionsexempel angesetzt, oder ein Abc-Büchlein vorgelegt hätte, oder eine achtzehnjährige Tochter des geneigten Lesers hätte einer Frau Mehl und Eier und Butter gegeben, „da, Mütterlein backe Sträublein draus”, sie hätten nichts wissen damit anzufangen. Noch wurde kein Vaterunser, noch kein Ave Maria gebetet. In die Kirche gingen sie nach Schaffhausen an den Rheinfall, oder in die dichtesten Wälder, oder auf den Belchen. Denn sie beteten unsichtbare Götter an, wenn nicht Sonne und Mond oder den Rhein, und opferten ihnen Pferde. Sonst war ihre liebste Beschäftigung der Müßiggang, dann die Jagd und der Krieg. Zweihundert Jahre lang kämpften sie mit den Römern in unversöhnlichen Kriegen zuerst um die Landschaften zwischen dem Rhein, der Donau und dem Main, aber oft auch, wenn die Gelegenheit günstig schien, fielen sie in das römische Gebiet jenseits der Flüsse ein, und spannen meist wenig Seide dabei, bis gegen das Ende.
Dem geneigten Leser müßte es wohl ein wenig bange werden, ob es möglich sei, daß er nach anderthalbtausend Jahren noch von diesem Heldenvolk abstammen und auf die Welt kommen werde, wenn er erfahren sollte, was es von einem Feldzug zum andern für schreckliche Niederlagen gelitten hat. Wo ein Tal des Schwarzwaldes sich auftut, fluteten Mann an Mann und Schild an Schild jetzt die Allemannen siegeslustig hinaus, jetzt die Römer racheschnaubend mit Feuer und Schwert hinein. In alle Bäche floß allemannisches Blut. Mehr als einmal gingen nach römischen Berichten, die Allemannen hunderttausendweise in einem Feldzug zugrunde. Mehr als einmal brannte der Schwarzwald an allen Ecken und Enden. Manchmal machten wir auch gute Geschäfte bis nach Italien hinein und in die Champagne. Aber wer zuletzt mit blutigen Köpfen wieder heimkam, waren eben wir. In der Champagne ließen wir auf einmal nicht mehr als 60000 liegen. Denn die nackte deutsche Tapferkeit und Kraft ohne die Kunst des Krieges vermochte nie auszuhalten in die Länge gegen die geharnischten Reihen und Glieder der Römer, gegen ihre Schwenkungen und andere Kriegskünste, mitunter auch Schelmenstücklein. Mit 60 bis 80 000 Mann über den Rhein oder über die Donau zu gehen, und die Römer anzugreifen, wo wir sie fanden, war uns ein Leichtes. Aber wieder heimzukommen, und die Feinde abzuhalten, daß sie nicht über den Fluß hinüber nachsetzten, war oft etwas Schweres. Die Geschichte erwähnt eines mannhaften deutschen Fürsten und Heerführers mit Namen Chnodomar, sie erwähnt auch eines Fürsten und Helden mit Namen Vadomar der im Breisgau und Oberland ein Herr war, und nach der Vermutung eines achtungswerten Gelehrten seinen Sitz hatte, wo itzt Thumeringen steht im Wiesenkreis, also daß dieses Ort zuerst geheißen hatte Vadomaringen. Der ist manchmal auf seinem Hengst durch die Wiese geritten, oder im Käferhölzlein auf der Jagd gewesen und hat mit lüsternem Auge hinübergeschaut in das Gebiet der Römer jenseits Rheins. Chnodomar und Vadomar und andre deutsche Fürsten als Uri, Ursiz, Vestralp und mehrere gingen mit ihren Heerscharen über den Rhein, griffen bei Straßburg, bei Hausbergen den römischen Feldherrn Julianus an, nicht zu guter Stunde. Als die Schlacht gewonnen schien, war sie verloren. Chnodomar wurde gefangen, der gereizte Feind kam über den Rhein, und hauste heidnisch mit den Leuten. Aber Vadomar, der König von Thumringen, rettete sich und sein Land. Nachgehends bekamen ihn die Römer durch List und schändlichen Verrat in ihre Gefangenschaft und schleppten ihn nach Spanien. Später wurde auch sein Sohn Vitigab ein gar feines und kluges Herrlein auf Anstiften der Römer von seinem Bedienten heimlich ermordet. Was denkt der geneigte Leser zu einer solchen schlechten Aufführung? Viele tausend biedere Allemannen wurden auch als Gefangene nach Rom transportiert, und man hat von den wenigsten mehr erfahren, was aus ihnen geworden ist, ausgenommen ein Mägdlein von Doneschingen namens Bißlein, das hernachmals in Rom gute Tage bekommen hat. Der Herr Römer, der es gefangen bekommen hat, hat er sich nicht nachher in dasselbe verliebt, und laut gesagt, es sei in ganz Rom kein Mädchen mit diesem allemannischen Töchterlein zu vergleichen. – Wenn er itzt erst käme, und eins aussuchen dürfte. Aber in der Tat man weiß nicht zu sagen, wo die vielen Menschen hergekommen sind, die nach einem hundertjährigen Krieg und nach allen blutigen Niederlagen und grausamen Landesverwüstungen noch übrig waren, kraftvoll und rüstig, als die Macht der Römer im Land und daheim anfing zu zerbrechen. War nicht auf einmal selbst das ganze jenseitige Rheinland von Basel bis nach Mainz und bis an die jenseitigen Gebirge Untertan der allemannischen Macht? Alles schien sich wieder zu erheben, bis ein neues kriegerisches Schauspiel begann.
Draußen über dem Schwarzen Meer, wo Europa ein Ende hat, und seltsame Völkerschaften eines andern Weltteils ihren Anfang nahmen, wohnten damals, fremden Blutes und fremder Sitten die Hunnen ein wildes räuberisches Gesindel, und es wird nicht viel gefehlt sein, so war ihr Oberhaupt, genannt Attila, der Schlimmste unter allen. Attila brach um das Jahr 451 mit seinem Volk aus ihren Wohnsitzen auf, um in Europa, soweit es geht und guttut, zu erobern, zu plündern, zu sengen und zu brennen und zu morden, und wo er hinkam, in den ersten 24 Stunden war alles verwüstet und verödet, und je weiter er zog je furchtbarer vermehrte sich sein Heer, denn alles zog mit, wie ein Heerstrom in seinem Lauf größer und größer wird, durch die Waldströme die sich rechts und links her in seine Fluten ergießen. Jetzt ist der Hunnenkönig schon am Saustrom in Ungarland, jetzt schon an der Donau, jetzt schon in der Gegend von Ulm, und wie Reihen der Franken wichen auf allen Seiten, bis in der Herzensangst und Verzweiflung der fränkische König Chlodewig die Hand zum Himmel aufhob, und den Schwur tat, wenn ihm Gott den Sieg verleihe, so wolle er ja gerne ein Christ werden, seine Frau sei es ohnehin schon. Es waren aber damals schon ganze christliche Regimenter unter dem fränkischen Heer, und einer rief dem andern zu: „Du, wenn wir dem König den Sieg erkämpfen, so will er sich taufen lassen.” Also schlugen die Christen unbarmherzig auf die Heiden drein, die Allemannen werden in Unordnung gebracht und verlieren die Schlacht für diesmal, und ihre teuer errungene Freiheit und Herrschaft auf immer. (…)“

(aus: Johann Peter Hebel – Der Rheinländische Hausfreund, 1814)

De Rynstroom (2)

Maer uw geloovigh Christendom
Beproeft werd, als het goud in d` oven,
Doen Attilaes verwoede trom
`t Geruisch uws waters quam verdooven,
En verwde met onnosel bloed
En damde uw kil met kuische dooden,
En trapte met een` droncken voet
Op woeste steden, leegh gevloden,
Of brande uw hair af met syn toorts,
Beklad en druipend van veel moords.

Ghy schreide met een heesche keel
Den hemel aen, om troost verlegen,
Die sond u Karel, `t Rycksjuweel:
Dees kon d` onveilige oevers veegen
Van onduitsch en baldaedigh schuim,
Gelijck uw Constantijn vorheenen.
Doen kreeght ghy uwe randen ruim,
En saemelde uw verstroide steenen,
En saeght dien held vol godesvrucht
Syn` lusthof planten in uw lucht.

O onvermoeide molenaer,
O stedebouwer, schepedraeger,
O rijxgrens, schermheer in gevaer,
Wijnschencker, veerman, overknaeger,
Papieremaecker, schaf papier,
Daer ick uw glori op magh schryven,
Uw water dat ontvonckt mijn vier.
Mijn sinnen in uw wedde dryven,
En speelen als een dartle swaen,
Verleckert op uw wijngaerdblaen.