Das Wasser von Benfeld

„Je me trouvais à Benfeld, petite ville du Bas-Rhin, le 21 Mai 1826, quand j’appris, pour la première fois, de M. le docteur Dürwel, l’un des plus anciens médecins de cette ville, et de divers particuliers, qu’il existait, auprès du moulin de Rhinau, une fontaine sulfureuse froide, de laquelle on m’avait apporté, pour me les faire voir, des feuillages qui, par leur séjour dans cette eau, s’étaient imprégnés d’une couche blanche qui donnait l’odeur distincte du soufre dans la combustion, et de laquelle on espérait quelque médication dans les maladies de peau ; on ajoutait que des enfans, ayant bu de l’eau de cette fontaine par curiosité, avaient éprouvé des coliques, et en avaient été gravement incommodés. Je me décidai sur le champ à aller visiter cette fontaine, éloignée de Benfeld d’environ quatre lieues. Arrivé au moulin, dont le propriétaire, M. Wachenheim, s’est prêté à toutes mes recherches avec la plus grande honnêteté, je reçus de lui la confirmation de tout ce que j’avais appris à Benfeld ; j’appris de l’un de ces fils qu’il y avait environ sept ans qu’il connaissait la fontaine, et l’on me présenta une fiole de cette eau, puisée depuis un mois, qui n’avait plus ni goût ni odeur. Manquant de réactifs, je m’avisai d’en préparer d’extemporanés ; je râpai dans de l’eau la pelure rouge du radis qui lui donne une couleur violette, qui se change en rouge avec les acides, et en vert avec les alcalis, et que je sais par expérience être un bon réactifs ; je fis préparer une forte lessive de cendres filtrées, et je me munis d’un vinaigre très-fort ; après quoi nous nous dirigeâmes vers la fontaine.

Elle est située à douze ou quinze pas du moulin, entre un petit bras du Rhin et un canal tiré de ce fleuve pour mouvoir le moulin. Cet espace est formé d’anciens fascinages exécutés, il y a environ quarante ans, pour se mettre à l’abri des innondations. La surface de cette espèce d’île est recouverte d’une couche épaisse de chenevottes provenant du moulin, qui est en même temps moulin à farine, à chanvre et à huile. L’eau dite minérale sort du pied de ce fascinage et coule dans le fleuve ; elle a son origine du côté de l’est, par conséquent d’où vient le canal. Ce lieu est situé dans une vaste plaine sablonneuse, produt des alluvions du fleuve, éloignée de toute montagne et de toute roche. En approchant de la source, on sent une odeur hépatique désagréable, et l’on voit l’eau couler sur un fond noirâtre, garni de débris de petits morceaux de
bois charbonnés, de feuilles, et de roseaux enduits d’une couche blanche à la surface. Odeur d’hydrogène sulfuré ; saveur idem, mais moins prononcée que l’odeur ; couleur naturelle et diaphane. Une pièce d’argent, jeté au fond de la fontaine, a d’abord jauni, puis noirci ; la teinture violette n’en a éprouvé aucune altération ; la lessive de cendres n’a produit aucun précipité ; l’acide acétique, mêlé et agité avec cette eau, a donné une très-légère pellicule, en produisant de l’onctuosité sur les doigts qui y étaient trempés, et l’odeur du gaz a été neutralisé. J’ai répété les mêmes expériences avec l’eau du canal dérivé du Rhin : il n’y pas eu de différence avec la teinture violette et la lessive de cendres : mais l’acide acétique n’y a produit aucune altération.

L’on m’avait dit au moulin que les poissons qu’on jetait dans la source y étaient asphyxiés, et je priai M. Wachenheim de répéter l’expérience; il y en eut effectivement plusieurs, gros et petits, qui, y ayant été jetés en ma présence, étant très-vivaces, commencèrent d’abord à souffrir, et avoir des mouvemens convulsifs, puis ils cessaient de se mouvoir, et se renversaient, reprenant insensiblement la vie dès qu’on les retirait de cette eau pour les plonger dans celle du Rhin, et la perdant derechef quand on les rejetait dans l’eau sulfureuse, ce qui fut répété un grand nombre de fois. Après avoir achevé ces expériences, je rempli dans la source une bouteille propre, qui fut bien bouchée, pour la transporter à Strasbourg, et l’examiner ultérieurement. (…) Nous sommes en droit de conclure (…), que cette eau, dite minérale, n’est autre chose que l’eau filtrée du canal voisin, imprégnée, à sa surface, d’un haz hydrogène sulfuré et darboné, qu’elle abandonne aussitôt qu’elle est exposée à l’air libre, et qu’elle doit ce gaz à la décomposition lente des substance végétales à travers lesquelles elle a passé dans un trajet oblique de dix à douze mètres seulement. (…)

Il se présente une difficulté, celle de savoir pourquoi il y a des eaux qui perdent leur gaz aussitôt qu’elles sont exposées à l’air, et pourquoi d’autres les conservent long-temps. Ne peuton croire que (…) celles du moulin de Rhinau, n’en ayant été chargées que pendant un trèscourt trajet, n’ont pas eu le temps de s’en impreigner complètement, et qu’il y est resté
superficiellement, au lieu que, dans un très-long trajet, le mélange est beaucoup plus complet? Cette analyse, de quelque peu de conséquence qu’elle soit, m’a prouvé, par les comparaisons que j’ai dû faire, que l’eau du Rhin, lorsqu’elle n’est pas trouble, est très-pure, et n’a pas la propriété qu’on lui attribue, de donner naissance au goître ; tumeur dont la cause occasionnelle réside plutôt dans les brouillards, si fréquens sur les rives du fleuve, et auxquels sont presque continuellement exposés les habitans de ces lieux. Quant à la propriété médicatrice des maladies de peau, qu’on s’était imaginé de pouvoir donner à cette eau gazeuse, je la crois entièrement nulle, puisque les gaz s’évapore aussiôt, et que les matières qu’il dépose sont en trop petites quantité ; aussi ai-je dissuadé le maître du moulin d’y faire aucune établissement, comme je crois qu’on le lui avait insinué.“

(François-Emmanuel Foderé : Notice. Sur une fontaine contenant du gaz hydrogène sulfuré et carboné, qui est située sur les bords du Rhin, au moulin de Rhinau, avec quelques réflexions sur la gazification des eaux. Dans : Journal de la société des sciences, agriculture et arts, du département du Bas-Rhin, Strasbourg 1826)


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