le Rhin chante toujours

Prélude

Le Rhin est ce beau fleuve, où chaque promontoire
A gravé sur le roc sa fable ou son histoire ;
Le Rhin parle; il raconte, avec sa grande voix,
Les drames ténébreux, et les exploits sublimes,
Autrefois accomplis au fond de ses abîmes,
Au soleil de ses tours, à l’ombre de ses bois.

Le Rhin prend tous les tons, joyeux, légers ou graves,
Pour chanter les jardins, les vignes, les Burgraves ;
Ses accords naturels suivent les lois de l’art :
Dans ses golfes d’azur, où les aigles vont boire,
Dans les nefs de ses bois, divin conservatoire,
Il créa Gluck, Weber, Beethoven, et Mozart !

I L’aurore

C’est un beau jour d’été ; c’est à l’heure première
Qui sonne dans le ciel, quand sa douce lumière,
Rayon horizontal, vient argenter les eaux :
La cime des sapins sur les monts se colore ;
L’air suave est rempli des concerts de l’aurore,
De la brise du fleuve, et du chant des oiseaux.

II Le départ

Les jeunes bûcherons, enfants de cette rive,
Sur le fleuve riant lancent la barque oisive,
Qui vogue, sans péril, sous un azur serein ;
Leurs pures voix, échos fraternels de leurs âmes,
Chantent, s’accompagnant du murmure des rames,
L’hymne de la jeunesse aux vieux châteaux du Rhin.

III Les rêves

Puis, les joyeuses voix expirent sur les gièves ;
Les passagers heureux s’abandonnent aux rêves !
La rame ne fend plus le liquide chemin ;
Après, l’hymne des voix, l’hymne du coeur commence ;
Des pleurs mouillent leurs yeux; sur l’horizon immense
Ils ont vu rajeunir le vieux peuple germain !

IV La bohémienne

Mais un nuage noir s’est levé sur la rive ?
La fille des chansons, la bohémienne arrive ;
Elle mêle sa danse au son joyeux des flots,
Et, raillant la vertu, dans sa noble croyance,
Aux plus fidèles coeurs prédisant l’inconstance,
Sur le rauque tambour fait tinter les greîots.

V Les confidences

Ils se sont tous émus sur la barque immobile
De la triste chanson de la folle sibylle;
Ils ont rendu la rame au flot, la voile au vent,
Pour retrouver au loin les entretiens qu’on aime ;
L’air pur a dissipé le nuage bohème
Comme de vagues sons écoutés en rêvant.

VI Le retour

Le jour fuit ; sur le Rhin la nuit étend ses voiles ;
Il est doux de chanter et de vivre aux étoiles ;
Les nuits sont, en été, plus belles que les jours…
Demain, ô jeunes gens! vous redirez encore
Votre salut au fleuve, et votre hymne à l’aurore ;
Imitez votre Rhin, le Rhin chante toujours.

(Die kurzen rheinischen zigeunerweibhaltigen Gedichte von Joseph Méry dienten als Libretto für Georges Bizets Klavierstück “Chants du Rhin” von 1865, das auch als Orchesterwerk existiert. Auf Youtube findet sich diese Instrumentalversion der sowjetischen Pianistin Marija Grinberg, aufgenommen 1951.)


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