La Pêche miraculeuse (2)

(…) «Mais, bien loin de m’écouter, il entonnait un refrain bachique d’une voix tonnante, et finissait toujours par imiter le chant du coq. C’était son plaisir favori d’imiter le chant du coq. Ainsi, par exemple, à la taverne, quand son verre était vide, au lieu de frapper sur la table comme tout le monde pour prévenir la servante, il agitait les bras et lançait des ko-ko-ri-kot jusqu’à ce qu’on eût rempli sa chope.
«Depuis longtemps Marius me parlait de son chef-d’oeuvre: la Pêche miraculeuse. Il m’en avait fait voir les premières esquisses, et j’en étais émerveillé, lorsqu’un beau matin il disparut subitement de Leyde, et, depuis, personne n’a reçu de ses nouvelles.»
Ici, Cappelmans ralluma sa pipe d’un air rêveur et poursuivit:
«Hier soir, j’étais à la taverne du Cruchon d’Or, en compagnie du docteur Roëmer, d’Eisenloeffel, et de cinq ou six vieux camarades. Vers dix heures, je ne sais plus à quel propos, Roëmer se mit à déclamer contre les pommes de terre, déclarant que c’était le fléau du genre humain; que depuis la découverte des pommes de terre, les aborigènes de l’Amérique, les Irlandais, les Suédois, les Hollandais, et généralement tous les peuples qui boivent beaucoup de spiritueux, au lieu de jouer comme autrefois leur rôle dans le monde, se trouvaient réduits à l’état de zéros. Il attribuait cette décadence à l’eau-de-vie de pommes de terre, et tout en l’écoutant, – je ne sais par quelle évolution singulière de mon esprit, – le souvenir de Van Marius me revint en mémoire: «Pauvre vieux! me dis-je en moi-même, que fait-il maintenant? A-t-il terminé son chef-d’oeuvre? Pourquoi diable ne donne-t-il pas de ses nouvelles?
«Comme je réfléchissais à ces choses, le watchman Zélig entra dans la salle pour nous prévenir qu’il était temps de quitter la taverne: onze heures sonnaient. – Je rentre donc chez moi, la tête un peu lourde. Je me couche et je m’endors.
«Mais voilà qu’une heure après, Brigitte, la ravaudeuse en face, allume ses rideaux. Elle crie: «Au feu!» J’entends courir dans la rue, j’ouvre les yeux, et qu’est-ce que je vois? Un grand coq noir perché sur un chevalet au beau milieu de mon atelier.
«En moins d’une seconde, les rideaux de la vieille folle avaient flambé, puis s’étaient éteints d’eux-mêmes. Tout le monde s’en allait en riant… Mais le coq noir restait toujours à sa place, et comme la lune brillait entre les tours de l’hôtel de ville, ce singulier animal m’apparaissait on ne peut mieux. Il avait de grands yeux jaunes cerclés de rouge, et se grattait la tête du bout de la patte.
«Je l’observais depuis au moins dix minutes, me demandant par où cet animal bizarre avait pu se glisser dans mon atelier, lorsque, relevant la tête, le voilà qui me dit:
«Comment, Cappelmans, tu ne me reconnais pas? Je suis pourtant l’âme de ton ami Van Marius!
«L’âme de Van Marius! m’écriai-je. Van Marius est donc mort?
«Oui, répondit-il d’un air mélancolique, c’est fini, mon pauvre vieux. J’ai voulu jouer la grande partie contre Hérode Van Gambrinus; nous avons bu deux jours et deux nuits sans désemparer. Le matin du troisième jour, comme la vieille Judith éteignait les chandelles, j’ai roulé sous la table! Maintenant, mon corps repose sur la colline d’Osterhaffen, en face de la mer, et je suis à la recherche d’un nouvel organisme… Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit: je viens te demander un service, Cappelmans!
«Un service! Parle…. Tout ce qu’un homme peut faire, je le ferai pour toi!
«A la bonne heure! reprit-il, à la bonne heure! j’étais sûr que tu ne me refuserais pas. Eh bien donc, voici la chose. Tu sauras, Andreusse, que j’étais allé à l’Anse des Harengs, tout exprès pour finir la Pêche miraculeuse. Malheureusement, la mort m’a surpris avant que j’aie pu mettre la dernière main à cet ouvrage… Gambrinus l’a suspendu comme un trophée, au fond de sa taverne: cela me remplit d’amertume… Je ne serai content que lorsqu’il sera terminé, et je viens te prier de le finir. Tu me promets, n’est-ce pas, Cappelmans?
«Sois tranquille, Jan, c’est une affaire entendue.
«Alors, bonsoir!
«Et là-dessus, mon coq bat de l’aile, et traverse l’une de mes vitres, avec un bruit sec, sans faire le moindre éclat.»
Après avoir terminé ce récit bizarre, Cappelmans déposa sa pipe sur le bord de la fenêtre et vida sa chope d’un trait.
Nous restâmes longtemps silencieux, nous regardant l’un l’autre.
«Et vous croyez que ce coq noir était réellement l’âme de Van Marius? dis-je enfin au brave homme.
- Si je le crois! fit-il. C’est-à-dire que j’en suis sûr!
- Mais alors que pensez-vous faire, maître Andreusse?
- C’est bien simple; je vais partir pour Osterhaffen. Un honnête homme n’a qu’une parole: j’ai promis à Van Marius de terminer la Pêche miraculeuse, et je la terminerai coûte que coûte. Dans une heure, Van Eyckle borgne doit venir me prendre avec sa charrette.»
Puis s’arrêtant et me regardant d’un oeil fixe:
«Eh! fit-il, j’y songe… tu devrais m’accompagner, Christian; c’est une magnifique occasion de voir l’Anse des Harengs. Et puis, on ne sait ce qui peut arriver; je serais content de l’avoir près de moi.
- Je le voudrais bien, maître Andreusse; mais vous connaissez ma tante Catherine, elle ne consentira jamais.
- Ta tante Catherine… je vais lui signifier qu’il est indispensable pour ton instruction de voir un peu la côte. Qu’est-ce qu’un peintre de marines qui ne quitte jamais les environs de Leyde, qui ne connaît que le petit port de Katwyk? Allons donc, c’est absurde!:.. Tu viens avec moi, Christian, c’est entendu!»
Tout en parlant de la sorte, le digne homme passait sa large casaque rouge, et, me prenant ensuite par le bras, il m’emmena gravement chez ma tante.
Je ne vous raconterai pas tous les pourparlers, toutes les objections, toutes les répliques de maître Cappelmans pour décider ma tante
Catherine à me laisser partir avec lui. Le fait est qu’il finit-par l’emporter, et que deux heures plus tard nous roulions vers Osterhaffen. (…)


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Ein Kommentar zu “La Pêche miraculeuse (2)”

  1. Stan Lafleur
    9. August 2011 um 18:23

    - Aber, weit davon entfernt, mir zuzuhören, fing er mit klingender Stimme einen bacchischen Gesang an, was jedesmal damit endete, daß er den Hahnenschrei nachahmte. Das war sein Lieblingsspaß, den Hahnenschrei zu imitieren. In der Trinkstube, zum Beispiel, wenn sein Glas leer war, fuchtelte er, anstatt wie jeder normale Mensch auf den Tisch zu klopfen, mit den Armen und stieß sein Kikeriki aus, bis er einen neuen Humpen vor sich hatte.
    - Seit langem schon sprach Marius mir von seinem Meisterwerk: Der Wunderfisch. Er hatte mich die ersten Skizzen sehen lassen, und ich war von ihnen begeistert; bis er eines schönen Morgens plötzlich aus Leiden verschwand, und seitdem niemand mehr etwas von ihm gehört hatte.
    An dieser Stelle entfachte Cappelmans etwas verträumt erneut seine Pfeife und fuhr fort:
    - Gestern Abend war ich im Goldenen Weinkrug, gemeinsam mit Dr. Römer, Eisenlöffel und fünf oder sechs alten Kameraden. Gegen zehn Uhr, ich weiß den Anlaß nicht mehr, fing Römer an gegen die Kartoffel zu wettern, indem er erklärte, sie sei die Geißel der menschlichen Gattung; daß seit der Entdeckung der Kartoffel die Ureinwohner Amerikas, die Iren, die Schweden, die Holländer, und allgemein alle Völker, die viele Spirituosen trinken, anstatt wie andere auch ihre Rolle auf der Welt auszufüllen, sich auf den Nullzustand reduziert finden würden. Diese Dekadenz schob er auf den Kartoffelschnaps, und während ich mir das alles anhörte, kam mir – aufgrund welcher speziellen Geistesregung weiß ich nicht – van Marius in den Sinn: – Armer Kerl! sagte ich zu mir selbst, was wird er wohl gerade machen? Ob er sein Meisterwerk fertiggestellt hat? Warum zum Teufel läßt er nichts von sich hören?
    - Als ich so nachsann, betrat der Nachtwächter Zelig den Raum, um uns zu ermahnen, daß es Zeit sei, die Beize zu verlassen: es schlug gerade Elf. – Ich kehrte etwas bedrückt nachhause zurück. dann legte ich mich hin und schlief ein.
    - Aber nur eine Stunde später waren die Fenster bei Brigitte, der Näherin gegenüber, hell erleuchtet. Sie rief: – Feueralarm! Ich will auf die Straße rennen, öffne die Augen, und was sehe ich? Einen großen schwarzen Hahn, der sich auf einer Staffelei mitten in meinem Atelier niedergelassen hat.
    In weniger als einer Sekunde waren die Gardinen der verrückten Alten abgebrannt und erloschen von selbst. Jedermann lief lachend hinzu… Aber der schwarze Hahn blieb stur auf seinem Platz, und genau wie der Mond zwischen den Rathaustürmen schien, so schien mir auch dieses Tier nicht anders zu können. Er hatte große rotumringte gelbe Augen, und kratzte sich den Kopf mit den Krallen.
    - Ich beobachtete ihn mindestens zehn Minuten und fragte mich, woher das bizarre Tier in mein Atelier geraten sein konnte, als es mich, erhobenen Kopfes, ansprach:
    - Wie, Cappelmans, erkennst Du mich nicht? Ich bins, die Seele Deines Freundes van Marius!
    - Die Seele von van Marius! rief ich aus. Van Marius ist also tot?
    - Ja, antwortete er ein wenig melancholisch, das ist vorbei, mein armer Freund. Ich wollte im großen Match gegen Herodes van Gambrinus antreten; zwei Tage und zwei Nächte haben wir getrunken ohne einzuhalten. Am Morgen des dritten Tages, als die alte Judith die Kerzen löschte, bin ich unter den Tisch gerollt. Nun ruht mein Körper auf dem Hügel von Osterhaffen; mit Meerblick; und ich suche nach einem neuen Organismus… Aber darum geht es hier nicht: ich möchte Dich um einen Gefallen bitten, Cappelmans!
    - Ein Gefallen! Sprich… Ich werde alles für Dich tun, wozu ein Mensch in der Lage ist!
    - Wunderbar! antwortete er, wunderbar! ich war mir sicher, daß Du mich nicht abweisen würdest. Also gut, zur Sache. Du weißt, Andreusse, daß ich ganz eilig zur Heringsbucht aufgebrochen war, um den Wunderfisch fertigzustellen. Leider hat der Tod mich überrascht, bevor ich letzte Hand an das Werk anlegen konnte. Gambrinus hat es hinten in seiner Beize wie eine Trofäe aufgestellt: das erfüllt mich mit Bitternis. Ich werde nicht zufrieden sein, bis es fertiggestellt ist und ich bitte dich, es zu beenden. Das versprichst Du mir doch, Cappelmans?
    - Sei ganz beruhigt, Jan, das ist abgemacht!
    - Dann schönen Abend!
    - Und hierüber schlug mein Hahn mit den Flügeln und flog mit einem trockenen Geräusch, ohne das geringste Aufhebens, durch eines meiner Fenster.
    Nachdem er diesen seltsamen Bericht beendet hatte, legte Cappelmans die Pfeife auf dem Fensterbrett ab und leerte seinen Humpen in einem Zug.
    Lange blieben wir still, und schauten einer den anderen an.
    - Und Sie glauben, daß dieser schwarze Hahn wirklich van Marius` Seele war? sagte ich schließlich zu dem tapferen Mann.
    - Ja, das glaube ich. Was soviel heißt wie: ich bin mir dessen sicher.
    - Aber was gedenken Sie nun zu unternehmen, Meister Andreusse?
    - Ganz einfach. Ich gehe nach Osterhaffen. Ein Ehrenmann hat nur sein Wort: ich habe van Marius versprochen, den Wunderfisch fertigzumalen, also werde ich ihn fertigmalen, koste es, was es wolle. In einer Stunde wird der einäugige van Eyckle kommen und mich in seinem Wagen mitnehmen.
    Er hielt inne und schaute mich festen Blickes an:
    - Ah, ich hab davon geträumt… du solltest mich begleiten, Christian; das ist eine großartige Gelegenheit, die Heringsbucht zu sehen. Und dann weiß man nie, was passieren kann; es würde mich freuen, dich in der Nähe zu wissen.
    - Würde ich gern, Meister Andreusse, aber Ihr kennt meine Tante Kathrine, sie wird niemals zustimmen.
    - Deine Tante Kathrine… der werde ich erklären, daß es für deine Lehre erforderlich ist, ein wenig die Küste zu sehen. Was ist ein Marinemaler, der niemals die Gegend um Leiden verläßt, der den kleinen Hafen von Katwijk nicht kennt? Das ist doch absurd! Du kommst mit mir, Christian, soviel steht fest.
    So weiter redend, warf der ehrwürdige Herr seinen roten Kasack über, packte mich beim Arm und zog mich geradenwegs zu meiner Tante.
    Ich werde Ihnen nicht von all den Fürsprachen, Einwürfen und Antworten erzählen, die Meister Cappelmans anwandte, um meine Tante zu überzeugen. Katherine ließ mich mit ihm abreisen. Tatsächlich fuhren wir zwei Stunden später bereits Richtung Osterhaffen.

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